Cette semaine, nous recevons Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité. Guerres en Ukraine et à Gaza, manifestations en Iran ou tensions entre les Vingt-Sept et les États-Unis, elle commente les multiples conflits et crises face auxquels l’UE doit réagir.

L’Europe se trouve chamboulée par les manœuvres géopolitiques de Donald Trump qui remettent en cause l’ordre mondial d’après-guerre. Hadja Lahbib, commissaire européenne à la gestion des crises et à l’égalité, définit son rôle comme le fait « d’anticiper les crises, qu’elles soient provoquées par des catastrophes naturelles, par des guerres ou par des attaques cyber ». 

« Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles »

La Commission européenne souhaite que chaque État membre mette au point un kit de survie accessible aux citoyens, contenant de la nourriture, de l’eau et des copies de documents d’identité importants en cas de crise. « Ces kits de survie sont déjà répandus et acceptés dans des pays comme la Suède, la Finlande ou le Danemark. Dans d’autres pays, comme la France, la Belgique ou l’Espagne, c’est plus difficile. Cela a provoqué certaines questions. On m’a demandé si nous n’avions pas peur de semer la panique. Je dirais plutôt le contraire. Plus nous sommes préparés et plus nous dormirons tranquilles car nous pourrons faire face, par exemple, à une fermeture pendant quelques heures de toute alimentation énergétique », détaille la commissaire européenne.

« L’objectif est de mettre à genoux la population »

L’Ukraine est victime de coupures d’électricité quotidiennes à cause des frappes russes sur ses infrastructures énergétiques. « C’est une stratégie très claire poursuivie par les Russes. Cela enfreint les règles du droit de la guerre. Il y a des règles à respecter. On ne vise pas les infrastructures vitales même en temps de guerre. L’objectif est de mettre à genoux la population. »

De nombreux habitants de Kiev se réfugient dans des trains afin d’avoir accès à des générateurs, notamment fournis par l’UE : « Depuis le début de la guerre, nous avons fourni à peu près 9 500 générateurs à l’Ukraine pour lui permettre de survivre. Depuis 2022, nous avons aidé l’Ukraine à hauteur d’environ 1,25 milliard d’euros. Et nous allons continuer », explique la commissaire, également en charge de l’aide humanitaire. 

« C’est une crise qui nous concerne tous »

Au début du mois, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé son président, Nicolas Maduro, l’accusant notamment de narcoterrorisme. Depuis, l’administration américaine travaille avec la présidente par intérim et entend prendre le contrôle des ressources pétrolières du pays. L’UE, qui prône l’intégrité territoriale et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, semble peu audible sur ce dossier. Hadja Lahbib regrette l’attitude des États-Unis : « Pendant des décennies, ils ont incarné cette force pour la liberté, pour la défense de la démocratie. Évidemment, il y a beaucoup d’amertume aujourd’hui. […] Ce n’est pas que Maduro avait une légitimité démocratique, certainement pas, mais ici, c’est le droit international et la Charte des Nations Unies qui sont remis en question. » Elle en appelle à l’autodétermination des Vénézuéliens : « Ce qui est important aujourd’hui, c’est que les Vénézuéliens aient le dernier mot. […] Ce sont eux qui m’intéressent. […] Ce qui m’inquiète, c’est le régime qui sera mis en place et comment finalement le droit à l’autodétermination des peuples sera garanti. » 

Les Vénézuéliens représentent la deuxième nationalité à déposer le plus grand nombre de demandes d’asile dans l’UE. « Il faut réduire la crise. Nous contribuons à l’aide humanitaire aux Vénézuéliens, aux pays limitrophes qui accueillent beaucoup de réfugiés, mais aussi en Europe. […] C’est une crise qui nous concerne tous. »

« Nous serons auprès des Iraniens dans l’aide humanitaire »

En Iran, la répression des manifestations par le régime au pouvoir a déjà causé des milliers de morts et plus de 10 000 arrestations. Si certains États membres ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour demander le respect de la liberté d’expression, l’UE est jugée trop timide par certains dans la condamnation de cette répression. « Nous envisageons des sanctions. Nous en avons déjà pris beaucoup, entre autres contre les Corps des Gardiens de la Révolution islamique », se défend la commissaire européenne.

Elle appelle à écouter les Iraniens : « Ce qui nous importe, c’est que le premier et le dernier mot reviennent au peuple iranien. […] Il y a une fatigue du régime qui étouffe les libertés fondamentales. […] Il y a un ras-le-bol général même si toutes les régions ne sont pas concernées donc il faut être extrêmement prudent. […] Nous demandons le droit à l’autodétermination des peuples […] Nous serons auprès des Iraniens dans l’aide humanitaire. »

« L’UE soutient le Danemark »

Une autre crise frappe les Vingt-Sept de plein fouet : la volonté de Donald Trump de s’emparer du Groenland, territoire autonome danois, pour des raisons de sécurité nationale. Alors que le Premier ministre groenlandais a affirmé que son peuple ne souhaite pas faire partie des États-Unis, le Danemark, membre de l’UE et de l’OTAN renforce sa présence militaire sur l’île. « L’UE soutient le Danemark. Elle est en empathie et en solidarité avec le peuple groenlandais », réitère la commissaire européenne Hadja Lahbib. Elle appelle à la désescalade : « C’est une situation sans précédent. Il faut être à l’écoute du Groenland et éviter la surenchère. »

« Pour l’accès à l’aide humanitaire, les 27 sont alignés »

L’UE a apporté une aide financière humanitaire de 1,6 milliard d’euros à Gaza depuis le 7 octobre 2023. Au point de passage de Rafah en Égypte, aux portes de Gaza, l’acheminement de l’aide humanitaire est cependant fortement restreint par Israël : « Elle doit y parvenir sans entrave. C’est une obligation qui incombe à l’État israélien, la puissance occupante. C’est une obligation inscrite dans les conventions de Genève dont Israël est partie prenante. C’est aussi le message qui a été adressé à plusieurs reprises par l’ensemble des 27 États membres. Si nous ne sommes parfois pas sur la même ligne quand il s’agit de ce conflit au Moyen-Orient, en ce qui concerne l’accès à l’aide humanitaire, nous sommes tous alignés. »

Elle appelle Israël à laisser entrer cette aide humanitaire dans l’enclave palestinienne : « Le cessez-le-feu prévoyait le passage d’environ 600 camions par jour, nous en sommes très, très loin. Il y a à peu près 250 camions qui entrent par jour à Gaza. C’est largement insuffisant. La crise humanitaire continue à s’aggraver. […] Israël doit respecter ses obligations », se risque-t-elle.