La confiance envers l’OTAN et ses 32 pays membres a notamment été confrontée aux menaces répétées du président des États-Unis, Donald Trump, de s’emparer du Groenland, un territoire semi-autonome du Danemark, qui est un des pays fondateurs de l’OTAN. Plus récemment, les remarques désobligeantes du président Trump sur les troupes de ses alliés de l’OTAN en Afghanistan ont suscité un autre tollé.

Alors que la pression sur le Groenland s’est calmée pour l’instant, les luttes intestines ont gravement compromis la capacité de la plus grande alliance de sécurité du monde à dissuader les adversaires, selon les experts.

«L’épisode est important parce qu’une ligne qui ne peut pas être franchie l’a été», a indiqué Sophia Besch du groupe de réflexion Carnegie Europe dans un rapport sur la crise au Groenland. «Même sans force ni sanctions, cette violation affaiblit l’alliance de manière durable.»

Ces tensions ne sont pas passées inaperçues en Russie, la plus grande menace de l’OTAN.

Toute dissuasion de la Russie repose sur la conviction du président Vladimir Poutine que l’OTAN ripostera s’il étend sa guerre au-delà de l’Ukraine.

«C’est un bouleversement majeur pour l’Europe, et nous l’observons», a reconnu la semaine dernière le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.

Remplir les coffres

Critiqués par les dirigeants américains depuis des décennies pour leurs faibles investissements en défense, et attaqués sans relâche par l’administration Trump, les pays alliés européens et le Canada ont convenu en juillet d’augmenter considérablement leur financement et de commencer à investir jusqu’à 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) dans la défense.

Ainsi, les alliés dépenseraient autant en défense que les États-Unis — environ 3,5 % de leur PIB d’ici 2035, et 1,5 % supplémentaire sur des projets liés à la sécurité, comme la modernisation des ponts, des aéroports et des ports maritimes.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a salué ces engagements comme un signe de la santé robuste et de la puissance militaire de l’OTAN. Il a récemment déclaré que c’est «fondamentalement grâce à Donald J. Trump si l’OTAN est plus forte qu’elle ne l’a jamais été».

Bien qu’une grande partie de son travail consiste à s’assurer que Donald Trump ne retire pas les États-Unis de l’OTAN et son financement, comme il l’a parfois menacé, ses flatteries envers le dirigeant américain ont parfois suscité de l’inquiétude. Par exemple, M. Rutte a ostensiblement refusé de commenter les menaces américaines sur le Groenland.

Article 5 en jeu

L’OTAN a été créée en 1949 pour contrer la menace que représentait l’Union soviétique pendant la guerre froide, et sa dissuasion repose sur une forte présence militaire américaine en Europe.

L’alliance est fondée sur le principe politique selon lequel une attaque contre un allié de l’OTAN doit être suivie d’une réponse de la part de tous — la garantie de sécurité collective inscrite à l’article 5 de son règlement.

Il repose sur la conviction que les territoires des 32 alliés doivent rester inviolés. Les desseins de Trump sur le Groenland attaquent donc ce principe, même si l’article 5 ne s’applique pas aux différends internes, car il ne peut être déclenché qu’à l’unanimité.

«Au lieu de renforcer nos alliances, les menaces contre le Groenland et l’OTAN sapent les propres intérêts de l’Amérique», ont écrit deux sénateurs américains, la démocrate Jeanne Shaheen et la républicaine Lisa Murkowski, dans un éditorial du New York Times.