Un “crime environnemental et sanitaire”, a dénoncé le chef de l’État libanais Joseph Aoun le 4 février. Le Liban a annoncé préparer une plainte contre Tel-Aviv auprès du Conseil de sécurité des Nations unies, après cette énième violation israélienne de l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.
Des Casques bleus contraints de se retirer
Cet épandage aérien d’une substance – classé comme “cancérogène probable” par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) – n’a rien de fortuit. Il a même été annoncé préalablement par l’armée israélienne à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), dont les Casques bleus patrouillent dans le secteur, selon un communiqué onusien publié le 2 février. Les contingents de la Finul ont été priés de “s’éloigner et de s’abriter pendant neuf heures”, les forçant à annuler plus d’une dizaine d’opérations sur un tiers de la Ligne bleue, pendant que l’armée israélienne pulvérisait une “substance chimique non toxique”, une opération jugée “inacceptable” par l’Onu.
“Ce n’est pas la première fois que l’armée israélienne pulvérise des substances chimiques inconnues depuis des avions au-dessus du Liban”, souligne la Finul, qui fait part d'” inquiétudes” concernant les “effets sur les terres agricoles locales” et “son impact sur le retour à long terme des civils libanais et sur leurs moyens de subsistance”. Un retour déjà rendu impossible par l’ampleur des destructions causées dans les villages frontaliers par les bombardements intensifs de l’armée israélienne depuis octobre 2023 et l’ouverture d’un “front de soutien” à Gaza par le Hezbollah libanais.
Des récoltes perdues et un “écocide” dénoncé
Ces inquiétudes sont partagées par les ministères libanais de l’Agriculture et de l’Environnement qui s’alarment dans un communiqué conjoint des “dégâts causés à la production agricole” et à la “fertilité des sols”. “Les habitants ont commencé à voir du jaunissement de la couverture végétale, sous l’impact du glyphosate”, explique à La Libre Belgique la ministre de l’Environnement, Tamara el-Zein. “Cette pulvérisation va affecter les récoltes qui démarrent leur floraison en mars-avril et les moissons d’été”. Les récoltes d’hiver sont d’ores et déjà “perdues”.
Lors d’un Conseil des ministres vendredi, décision a été prise de demander au CNRS-Liban de recourir à une modélisation via des images satellites pour déterminer la surface exacte contaminée et le taux de concentration dans les sols et la végétation, conjugué aux conditions météo, pour effectuer un suivi dans le temps.
L’ONG Green Southerners, très active au sud-Liban, dénonce quant à elle une “politique israélienne de la terre brûlée” causant “des dégâts écologiques à long terme, élevés au rang d’écocide”. Un terme repris par Tamara el-Zein qui voit là “une forme d’intimidation envers le gouvernement libanais, en vue de plus de concessions et une stratégie prédéfinie visant à empêcher toute personne de vivre dans des conditions de vie normales dans la région.”
“Cela s’ajoute à l’écocide déjà démarré en octobre 2023, dénonce encore la ministre”, en espérant que la plainte déposée auprès des Nations unies rendra le monde “témoin” de ce qui se passe au Liban. “Jusqu’à novembre 2025, 8 700 hectares ont été brûlés par les frappes israéliennes, au moyen de phosphore blanc, de bombes incendiaires ou classiques.”
Le ministère de l’Environnement s’apprête à publier, avec le CNRS-Liban, un rapport gobal étayé expliquant les atteintes à l’écosystème et à la qualité de l’air, au sud Liban comme à Beyrouth, alors que les sols sont saturés de métaux lourds, comme le cadmium ou le plomb, à la suite des bombardements israéliens.