Ce sont des phrases qui ne passent pas. La réponse des membres du jury à la question d’un journaliste sur Israël et la bande de Gaza a provoqué une première polémique à la Berlinale. Jeudi, pendant la conférence de presse ayant précédé l’ouverture du festival, le jury avait été interrogé sur le soutien de l’Allemagne à Israël malgré son offensive dans la bande de Gaza.
« Nous devons rester en dehors de la politique », dont « nous sommes le contrepoids » et « l’opposé », avait renchéri Wim Wenders, Palme d’or à Cannes en 1984 avec Paris, Texas. « Nous poser cette question est un peu injuste », a aussi lancé la productrice polonaise Ewa Puszczynska, pour qui « chacun d’entre nous ici peut avoir d’autres préoccupations et prendre d’autres décisions ».
« L’histoire les jugera »
Des commentaires fustigés par l’écrivaine indienne Arundhati Roy, pour qui « entendre dire que l’art ne devrait pas être politique est sidérant ». « Ce qui s’est passé à Gaza, ce qui continue de s’y passer, est un génocide du peuple palestinien perpétré par l’Etat d’Israël […]. Si les plus grands cinéastes et les plus grands artistes de notre époque ne peuvent pas se lever pour le dire, qu’ils sachent que l’histoire les jugera », a dit l’écrivaine dans une déclaration transmise à l’AFP. Elle s’est par ailleurs dite « choquée et écœurée » par la réponse de Wim Wenders.
Arundhati Roy, 64 ans, lauréate en 1997 du prix Booker pour son roman Le Dieu des Petits Riens, est l’un des écrivains indiens contemporains les plus célèbres. Ses engagements militants en ont aussi fait une figure polarisante dans son pays. Elle a décidé d’annuler sa venue prévue au festival, où elle devait présenter en tant qu’invitée une version restaurée du film de 1989 In Which Annie Gives It Those Ones, dans lequel elle a joué et dont elle a écrit le scénario.
La Berlinale régulièrement ébranlée
La Berlinale a également confirmé le retrait de deux films restaurés d’une sélection annexe : Sad Song of Touha, de l’Egyptienne Atteyat Al Abnoudy, et The Dislocation of Amber, du Soudanais Hussein Shariffe, deux cinéastes aujourd’hui décédés. La Cimatheque, un centre de soutien au cinéma indépendant basé au Caire, et « les familles » des deux réalisateurs « ont décidé ensemble de se retirer du festival » en « solidarité » avec le cinéma palestinien, a expliqué la Cimatheque sur Facebook.
Interrogée par l’AFP sur les trois retraits, la direction du festival a dit vendredi soir « respecter ces décisions » et « regretter de ne pas les accueillir, car leur présence aurait enrichi le débat au sein du festival. »
En raison de sa responsabilité historique dans la Shoah, l’Allemagne est l’un des principaux soutiens d’Israël. Depuis l’attaque du Hamas contre Israël, le 7 octobre 2023 à partir de la bande de Gaza, le conflit n’a cessé d’ébranler la Berlinale, un festival perçu comme progressiste et soutenu par le gouvernement allemand.