Dans la controverse où Francesca Albanese – rapporteuse spéciale pour les territoires palestiniens occupés – tient le premier rôle, je ne sais pas ce qui me choque le plus entre les propos qu’elle conteste avoir tenus et ceux qu’elle assume avec la plus grande décontraction.
Commençons par écarter l’hypothèse – pourtant passionnément plausible – que, après avoir accusé Israël (sans procès) des crimes les plus abjects, elle aurait désigné l’État hébreu comme étant « l’ennemi commun de notre humanité ». Retenons qu’elle le conteste, ce qui est une bonne nouvelle, même si l’on peut interroger ce démenti, qui prend la forme d’un revirement sur l’aile, lorsque l’on sait que la même Albanese retweetait en octobre dernier un message nous expliquant qu’« Israël est l’incarnation du mal » et en comparaison duquel « les ayatollahs ressembleraient à des Médecins sans frontières » !
Et si ce n’est Israël, quel est cet « ennemi commun de notre humanité » qu’il était urgent de dénoncer à Doha, dans un forum organisé par la chaîne qatarie Al-Jazira, avec en guest-star l’un des principaux leaders de l’organisation terroriste Hamas, Khaled Mechaal, et le funeste ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, Abbas Araghchi ?
Et là, sincèrement, depuis que j’ai entendu sa réponse, je me demande encore comment ses détracteurs comme ses défenseurs ne se sont pas tout de suite mis d’accord pour constater que la reformulation est pire que la première version. Et en se justifiant sur France 24, Albanese continue de creuser en soutenant qu’elle n’a fait que « condamner, comme l’ennemi commun, le système qui sout… euh, qui ne permet pas d’amener en justice et d’amener à une cessation des crimes d’Israël » (Albanese dans le texte). Un raisonnement ubuesque qui lui permet d’accuser Israël de commettre un apartheid et un génocide sans autre forme de procès ni condamnations et de qualifier d’« ennemi de l’humanité » un système qui ne le sanctionnerait pas. Pile, l’État hébreu perd, face… aussi.
« Lobby juif »
Mais alors, quel pourrait donc bien être ce fameux « système » à la solde d’Israël et qui serait suffisamment puissant pour empêcher ce pays d’être condamné pour crime d’apartheid et de génocide ? Serait-ce un système « abstrait » ou un système « en général » ? Non, non, il s’agit bien du « système économique, politique et financier », précise-t-elle benoîtement. Un système dont bénéficierait l’État juif pour échapper à la justice. Voilà, c’est simple : pour Albanese, l’ennemi commun, ce n’est pas Israël, c’est juste ce que tous les antisémites du monde appellent le « lobby juif ». À commencer par Albanese elle-même, qui le décrivait ainsi en 2014 : « L’Amérique et l’Europe, l’une subjuguée par le lobby juif, et l’autre par le sentiment de culpabilité de l’Holocauste. » Un an plus tard, la même enfonçait le clou de l’indécence en relayant un article complotiste expliquant que « la CIA et le Mossad sont derrière les attentats de Paris » !
Il aura fallu du temps, mais après les premières dénonciations de ses « biais antisémites » (doux euphémisme) par les États-Unis, la France, l’Autriche, l’Allemagne et la Tchéquie, rejoints par les Pays-Bas, la Hongrie et l’Italie, il semble que de plus en plus d’États souhaitent le départ de Francesca Albanese. D’autant que le secrétaire général de l’ONU, entre un message d’anniversaire à la République islamique d’Iran et une nomination à la vice-présidence de la commission du Développement social des Nations unies (toujours pour les mollahs), aurait quand même trouvé le temps de prendre ses distances avec sa rapporteuse (très) spéciale.
De son côté, Francesca Albanese bénéficie du soutien de nombreuses stars du show-business mais aussi de celui du Hamas, d’Annie Ernaux et de toute La France insoumise. À suivre.