La polarisation politique est une tendance mondiale en constante progression. Radicalisation des positions, formation de blocs parfois irréconciliables au sein des Parlements… Une dynamique que la Suisse connaît elle aussi, depuis une vingtaine d’années.

La Suisse vit une polarisation politique depuis les années 1990-2000, période durant laquelle l’UDC a connu une forte poussée, jusqu’à atteindre le rang de parti numéro un dans le pays. De quoi faire de la Suisse un pays précurseur en matière de polarisation en Europe.

“La particularité en Suisse, c’est d’avoir, aux deux pôles de l’échiquier politique, de grands partis”, a commenté Pascal Sciarini, professeur en sciences politiques à Genève, mercredi dans La Matinale de la RTS. “Le plus grand parti de Suisse [l’UDC, ndlr] est un parti de droite dure. Le deuxième plus grand parti [le PS] est un parti de gauche très marqué”.

Le Parti socialiste suisse se situe par exemple plus à gauche que ses voisins allemands ou français. Même chose pour les Vert-e-s suisses, eux aussi plus à gauche que les autres partis écologistes européens. En parallèle, au sein du Vieux continent, il n’existe aucun parti au poids électoral aussi fort dans la durée que l’UDC qui soit autant à droite.

Des compromis difficiles

Malgré des partis très divisés, la polarisation ne s’accentue que légèrement en Suisse, d’après les travaux de politologues. Certains parlementaires ont néanmoins confirmé à la RTS une difficulté à trouver des accords interpartis.

Le conseiller national Damien Cottier (PLR/NE) souligne par exemple le manque de disponibilité des partis pour faire des compromis. Selon lui, ceux-ci sont parfois perçus comme des éléments qui les affaiblissent. La faute à une liberté de vote restreinte chez les parlementaires? Selon SmartMonitor, une plateforme qui observe les votes au sein du Parlement, un conseiller national moyen vote en effet dans 98% des cas en se conformant à la ligne de son parti.

Toutefois, avec ses deux chambres au pouvoir égal, sa démocratie directe et son poids donné aux minorités, le système politique suisse force les partis à s’entendre, ce qui contribue à ne pas polariser la Suisse encore davantage.

Bonne entente maintenue

En dépit de cette polarisation marquée, les élus s’entendent dans l’ensemble plutôt bien: “Sur un plan général, on peut dire que les rapports entre parlementaires sont excellents” souligne Olivier Feller, conseiller national PLR vaudois. Et “c’est nécessaire, parce que la moindre des décisions, même une décision de portée minime, est forcément le résultat d’une alliance entre deux groupes parlementaires”.

Beaucoup partagent l’avis d’Olivier Feller au sein du Parlement. Les personnes questionnées par la RTS reconnaissent ainsi une facilité à parler avec tout le monde. Sous la coupole, les relations sont plutôt sereines. La politique suisse est loin d’être dans une situation à l’américaine, où chacun s’accuse d’être un ennemi de la nation. Et ce malgré des posts cassants de parlementaires sur les réseaux sociaux, ou encore des communiqués de partis accusateurs.

Des réseaux sociaux mordants

Ce “jeu” numérique empoisonne-t-il les relations pour autant? “Lorsqu’on est sur les réseaux sociaux, on se bat pour l’attention des gens. Il faut un minimum de formules chocs”, convient le conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE). Cependant, poursuit l’élu, “lorsqu’on travaille au Parlement, il faut évidemment faire un travail politique qui est d’une autre nature. Là, ce travail se fait à ma connaissance toujours très bien”.

Plusieurs parlementaires confirment qu’une fois dans l’intimité du Parlement, la tendance à antagoniser ses partenaires est moindre.

Et Pascal Sciarini de conclure: “La polarisation en soi n’est pas forcément une mauvaise chose. C’est important qu’il y ait des différences politiques, parce que c’est ce qui permet aussi aux électeurs et électrices de faire leur choix”.

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Sujet radio: Elias Baillif

Texte web: OrJu