Quelques heures après l’annonce du changement de nationalité de Tony Yoka, le président de la Fédération française de boxe, Dominique Nato, a fait part de son étonnement au micro de RMC Sport. D’après le dirigeant, le champion olympique de Rio 2016 lui a uniquement révélé qu’il allait changer de fédération, mais pas combattre sous les couleurs de la République démocratique du Congo aux JO 2028.

Quand avez-vous appris le changement de nationalité sportive de Tony Yoka?

Il m’a appelé. Mais ce n’est pas un changement de nationalité. Il a dit qu’il changeait de fédération, qu’il se licenciait, c’est ce qu’il m’a dit en tous les cas. Il m’a laissé un message pour me le dire en amont de ce qu’il allait déclarer à la presse, moi, il m’a juste dit qu’il changeait de fédération parce qu’on lui faisait les facilités à la fédération congolaise pour la suite de son parcours. Il ne change pas de passeport, à moins qu’il n’ait pas tout dit, mais il n’y a pas de changement de nationalité.

Même de nationalité sportive, pour vous, il n’y a pas de changement?

Nationalité sportive, non. Il y a la nationalité et puis l’appartenance à une fédération. Il dit que, comme d’autres boxeurs français, il va se licencier. Il y en a qui se licencient au Luxembourg, il y en a qui se sont licenciés à Monaco, et lui, pour convenance personnelle, il s’est licencié au Congo.

Et comment vous avez réagi à ça, quand vous l’avez appris?

Je lui ai répondu que de toute façon, il resterait notre champion du monde et notre champion olympique, quoi qu’il arrive. On ne peut pas l’empêcher… C’est comme si vous me dites, Christian Mbili, il est au Canada, il boxe pour le Canada, il est champion du monde professionnel. On ne peut pas empêcher les boxeurs d’aller se licencier, d’exercer leur libre circulation des droits des personnes. C’est les boxeurs professionnels, donc ils vont là où il y a un plan de carrière qui se propose à eux.

Pour vous, ça ne remet pas en cause son patriotisme, son titre olympique avec la France?

Non, non, non, non, c’est pas parce qu’on va se licencier… c’est comme les joueurs de football qui s’expatrient, on n’en fait pas tout un plat. Ce sont des sportifs professionnels. Donc ce n’est pas remettre en cause leur nationalité, là c’est autre chose, c’est deux choses différentes, échanger de nationalité pour aller faire les Jeux olympiques avec un autre pays, ça c’est une chose, échanger d’appartenance à une fédération pour tous les footballeurs professionnels qui sont licenciés dans des clubs en Angleterre, en Espagne et autres, c’est comme le plus célèbre Mbappé, il joue au Real Madrid, parce que son plan de carrière se passe là-bas, parce qu’il a un accompagnement financier peut-être supérieur à ce qu’il pouvait avoir ailleurs, mais il reste en équipe de France.

De ce qu’on comprend, l’objectif de Tony Yoka, c’est de faire les JO 2028 avec la RDC…

Ce n’est pas ma lecture. De là à faire les Jeux avec un autre pays, c’est autre chose.

Il ne vous a pas dit que son objectif c’était de faire les Jeux avec la RDC?

Non.

Et si c’était le cas, comment vous réagiriez?

Alors je ne sais pas les positions dans ce domaine-là de la Fédération Internationale, de la World Boxing, parce qu’il y a des règles, on ne peut pas changer de pays pour faire les Jeux, mais bon, là on n’en est pas aux Jeux.

Il m’a uniquement parlé d’un changement d’affectation au niveau de la licence. Il s’est licencié en République démocratique du Congo. On n’en est pas encore aux Jeux olympiques. Je suis méfiant avec les infos qui viennent comme ça. Sincèrement, j’ai apprécié qui m’appelle pour me prévenir avant de prendre sa décision officiellement dans la presse, de la diffuser dans la presse. Donc oui, il reste champion olympique pour la France, quoi qu’il arrive.

Parce que le ministre des Sports de la RDC a dit: “Porter le drapeau congolais sur le ring avec une licence nationale, former l’élite de demain via une académie de boxe dédiée, viser l’or olympique pour la RD Congo, promouvoir la marque RD Congo, cœur de l’Afrique sous le volet sportif.” Il parle bien de viser l’or olympique pour la RD Congo…

Oui, viser l’or olympique… Là, par contre, il va falloir qu’il change de nationalité. Mais on n’en est pas là.

Il ne vous a pas dit ça?

Non. Sincèrement, je vois mal comment, en si peu de temps, il pourrait… C’est de la communication. Je ne dis pas qu’on doute de la communication qui vient d’Afrique, mais ça fait beaucoup d’informations. Le message que j’ai eu, c’est “je prends une licence au Congo. Je ne prendrai pas une licence à la Fédération”, mais comme d’autres boxeurs. Il ne faut pas tout extrapoler. Quand on a affaire à des champions comme Tony, qui ont été champions olympiques, champions du monde amateurs, il y a quand même dix ans…

Si jamais il faisait ce changement de nationalité sportive et qu’il concourait pour la RD Congo en 2028, comment réagiriez-vous?

Je ne m’inscris pas dans les hypothèses. Je reste sur les réalités. Je m’en tiens à ce qu’il m’a dit. Il m’a dit qu’il changeait de fédération. Il se licenciait au Congo. On reste là. Après, si jamais ça se précisait pour une raison ou pour une autre, je suis prêt à aborder le problème. Pour le moment, on n’en est pas là. Ça me paraît… Sincèrement, on mélange tout au niveau de la communication du ministère congolais. Je n’ai pas toutes les informations. Je n’ai pas tout le dossier en main. Mais à mon avis, il y a eu un projet sportif intéressant qui lui a été proposé. Mais de là à extrapoler et partir déjà en 2028… Avant 2028, il faut faire les qualifications. Il faut changer de nationalité. Sincèrement, j’ai du mal à imaginer ce scénario.

Mais s’il changeait de nationalité sportive, est-ce que pour vous, ça remettrait un peu en cause quelque chose?

Ça ne remettrait pas en cause ce qu’il a fait. On ne peut pas lui enlever le titre de champion olympique qu’il a été pour la France, quoi qu’il arrive.

Est-ce que vous le comprendriez, vous, qu’il veuille représenter la RDC en 2028?

On n’en est pas là. D’ici 2028, il va se passer beaucoup de choses. Là, il est sur plutôt une filière professionnelle, de boxeur professionnel. Il veut être champion du monde. Il n’a jamais déclaré qu’il voulait être champion olympique. D’ailleurs, il aurait pu le faire pour les Jeux de Paris. Il ne l’a pas fait. Il était engagé sur une filière professionnelle. Je ne sais pas ce qui se passe dans la tête des gens. Je ne suis pas dans leurs affaires. Je vois ça comme un projet sportif sur le plan boxe pro important. Après, les choses évoluent dans un sens ou dans l’autre. Il faut que ce soit dans les règles. On ne peut pas changer de nationalité comme ça.

Comment ça se passe pour changer de nationalité sportive?

Ça dépend des règles de la World Boxing. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a une nouvelle fédération qui gère la boxe olympique. Ce n’est plus l’IBA, c’est la World Boxing. Les règles établies pour le changement de nationalité, on n’a pas encore tous les éléments.

S’il se remettait à la boxe olympique, comment se passe la transition? Est-ce que ce n’est pas trop dur de quitter le monde professionnel pour se remettre à la boxe olympique?

Il y en a eu d’autres qui l’ont fait. Parmi les gens qui ont fait les Jeux olympiques, il y avait plusieurs boxeurs professionnels qui avaient des résultats chez les professionnels. Après, c’est comme si vous couriez le 800 mètres et que vous vouliez concourir au 100 mètres aux Jeux olympiques.

Qu’est-ce que la RDC pourrait plus lui apporter?

Il n’y a que lui qui pourra vous répondre. Je pense que s’il a fait un choix, c’est qu’il avait un projet de carrière, un projet d’organisation. Comme en France, il n’y a plus de diffuseurs, son diffuseur qui était Canal+ s’est retiré. Il y a peut-être à entrevoir un schéma qui aille vers l’organisation de certains combats que peut-être le ministère congolais accompagnera. Je pense que c’est un problème de gestion de carrière.

Propos recueillis par Camille Beaurain