Présidentielle 2022 : après une percée, la précampagne d’Eric Zemmour s’essouffle

30 comments
  1. **Le polémiste d’extrême droite a multiplié les outrances au point de crisper dans son propre camp. Son équipe peine à franchir le cap nécessaire à une candidature.**

    Eric Zemmour n’ira pas discourir à la Royal Institution of Great Britain, vendredi 19 novembre à Londres, mais dans la salle d’un hôtel Ibis – une déconvenue cruelle pour celui qui tient aux lieux patinés par l’histoire. La société savante britannique, née il y a deux cents ans pour promouvoir la science et placée sous le patronage du prince Charles, a annulé, après vérifications, la location de son amphithéâtre au candidat putatif, qui devait y tenir un meeting devant 300 sympathisants. « Toute personne voulant (…) inciter à la haine contre des personnes en raison de leur couleur de peau ou de leur croyance n’est pas la bienvenue », a déclaré Sadiq Khan, le maire de Londres.

    Même déboire à Genève, où 1 600 personnes ont signé une pétition en ligne contre la venue du polémiste d’extrême droite, prévue le 24 novembre. Il doit y donner une conférence avec l’avocat genevois Marc Bonnant, au bord du lac Léman, dans le parc des Eaux-Vives, qui appartient à la mairie. Mais l’édile de la ville suisse, Frédérique Perlier, a indiqué le 14 novembre qu’il n’était pas « le bienvenu » et qu’elle ne mettrait aucun lieu public à sa disposition, pour éviter que Genève ne soit « complice de la propagation de ses messages haineux ». La municipalité ne peut toutefois empêcher la conférence du probable candidat, qui devrait se tenir dans un lieu privé.

    Ces ratés ternissent la tournée d’Eric Zemmour, alors que le parquet a requis 10 000 euros d’amende à son encontre, mercredi 17 novembre, pour « complicité de provocation à la haine raciale » envers les mineurs étrangers isolés (qu’il avait qualifiés de « voleurs, assassins, violeurs » dans son talk-show sur CNews, en 2020). Malgré une percée fulgurante, l’ex-chroniqueur du Figaro ne se voit pas officialiser sa candidature avant la fin novembre, au risque de lasser ses soutiens. Dans son premier cercle, où l’on a l’œil rivé sur des sondages dénotant un léger recul, on s’alarme d’un « faux plat » en passe de devenir un « creux ». Même l’audience sur YouTube s’essouffle, de 415 000 internautes ayant visionné son meeting de Toulon, mi-septembre, à 160 000 pour celui de Bordeaux, deux mois plus tard.

    Le quasi-candidat a multiplié les outrances jusqu’à faire douter son camp. Le 13 novembre, il fait prévenir les chaînes de télévision puis se rend au Bataclan pour dénoncer l’immigration et accuser François Hollande de n’avoir « pas protégé les Français ». Cette récupération sur les lieux du massacre a suscité une très large indignation politique et la colère des associations de victimes. « Une faute », l’enfonce Marine Le Pen, en assurant qu’elle n’aurait « jamais » agi de la sorte. « Peut-être qu’il lui manque l’expérience de la vie », a désapprouvé Robert Ménard jeudi sur RMC, ajoutant que « ça finit par faire peur, les propos qu’il tient ».

    Auparavant, il y avait eu le salon Milipol consacré à la sécurité, le 20 octobre. Un acteur de la campagne avait proposé à Zemmour de se familiariser avec les armes en club de tir, ce qu’il avait décliné. Résultat, l’image reste du polémiste s’amusant à tenir en joue les journalistes, avec une arme de sniper certes non chargée : « Ça rigole plus là hein… Reculez ! » Le général Bertrand de La Chesnais, élu de Carpentras (Vaucluse) devenu son conseiller défense, s’agace, en privé, qu’il ait tenu le fusil comme on s’empare d’un jouet : « Il n’a pas mis le doigt sur la gâchette. » Ce détail pour le moins curieux a offusqué les milieux militaires pro-Zemmour.

    En parallèle, Marine Le Pen ne s’est pas effondrée au point d’être évincée de la course, incitant les amis politiques d’Eric Zemmour à ouvrir les parachutes. Alors qu’elle s’affichait avec lui à Budapest, Marion Maréchal s’en remet à la campagne qui « va être finalement une bonne manière de départager » l’un et l’autre, a-t-elle évacué dimanche sur CNews-Europe 1, ce qui lui « permettrait de ne pas choisir ». Jean-Marie Le Pen, sous le charme de Zemmour au point d’accabler sa fille en octobre, juge auprès du Télégramme qu’il a « brûlé ses cartes sans s’en rendre compte ». « Il n’est pas à la hauteur de l’événement », étrille le patriarche, en concédant que « Marine, elle, a quand même un certain métier » en raison de ses « cruels échecs » passés.

    Robert Ménard, qui couvrait Zemmour d’éloges à Béziers (Hérault), fustige les saillies de son « ami Eric », dont celle-ci, envoyée le 12 novembre à Marine Le Pen : « Elle, c’est les chats, moi, c’est les livres. » « C’est d’un mépris ! », s’est fâché Ménard, avant de marmonner que « ça augure mal » de la suite… Que Zemmour découvre qu’un bon mot de polémiste peut faire un boulet politique, Marine Le Pen en rit aux éclats. Longtemps silencieuse, la patronne du Rassemblement national n’hésite plus à moquer son orgueil : « Moi, je ne m’admire pas dans le miroir en disant : “Je suis la reine républicaine” ! » Avant d’ajouter que son rival aura froissé plus de 20 millions de propriétaires de chats…

    Pire, le dispositif Zemmour prend l’eau. L’organigramme devrait être officialisé d’ici à la fin novembre, mais peine à se remplir. En interne, des regards accusateurs se tournent vers la direction de campagne, ultracentralisée par Sarah Knafo. Les plus expérimentés redoutent une approche livresque de la politique, trop calquée sur la campagne d’Emmanuel Macron en 2016, avec la création de pôles thématiques et d’un parti qui conduit à distribuer, à la va-vite, des postes à des militants d’ultradroite.

    Quand le duo Zemmour-Knafo envisage une déclaration de candidature au Mont-Saint-Michel (Manche), symbole de l’identité nationale pendant la guerre de Cent Ans, les pragmatiques s’exaspèrent et plaident pour accélérer, alors que l’équipe peine à engranger les promesses de parrainages – elle en revendique environ 200. Tous s’en remettent à leur carte maîtresse : la capacité d’Eric Zemmour à faire glisser les polémiques… Du moins, pour un temps.

  2. Je trouve cet article assez fascinant parce qu’il montre le panier de crabes invraisemblable qu’est l’extrême droite française. Enfin je ne vais pas me plaindre qu’ils se tirent dans les pattes…

  3. Mon hypothèse se validera-t-elle?

    Zemmour était un vote de colère, de rejet, de gens ne l’ayant jamais vraiment écouté. Une fois qu’on l’entendra bien les gens se rendront compte de ce qu’il dit et feront marche arrière.

    PS: encore une fois j’entends parler du Z par ses opposants, il n’a même pas besoin de faire sa propre pub.

  4. Alors ça y est, plus d’argent pour financer des vues sur YouTube et des like sur Facebook et créer le soi-disant effet Zemmour? Ils vont remettre au pot à votre avis?

  5. Comme prévu.

    Pendant sa dynamique, ses fans exultaient et ses adversaires étaient un peu en panique.

    Mais maintenant il va passer 6 trèèèès long mois jusqu’à la présidentielle sans nouvelle cartouche à devoir assumer son profil de candidat hyper clivant.

  6. Voilà une excellente nouvelle. Ce type est un vrai pyromane et c’est vraiment pas ce dont on a besoin en France en ce moment. La campagne qui s’annonce promet d’être déjà bien assez dégueulasse et tendue même sans lui.

  7. Il a commencé sa campagne beaucoup trop tôt. Ca a même pas commencé qu’il y a déjà une forme de lassitude.
    Il a bien compris le principe qu’il n’y a pas de mauvaise publicité mais quand t’es dans la surenchère de déclarations outrancières tu finis bien par atteindre une limite que tu ne peux plus dépasser, même si tu t’appelles Zemmour.

    Il devrait se déclarer candidat dans les jours à venir mais sans que ça ne relance sérieusement sa dynamique; la primaire des républicains prenant le pas sur son actualité.

    J’suis persuadé qu’il aurait du enclencher sa dynamique beaucoup plus tard s’il voulait se donner une chance.

  8. Je serais pas surpris qu’en sortant de son créneau pour faire irruption sur la scène politique le mec se crame. Je veux dire que par un effet de saturation, la perte de son statut de commentateur extérieur etc finalement le personnage arrête de fasciner et que ça se ressente directement sur ses audiences. Le rêve ce serait que le mec passe du statut qu’il avait y a quelque mois à Youtubeur d’ED de seconde zone parcequ’il n’intéresse plus que son noyau dur. Bon je peux me planter complétement hein.

  9. Tête de pikachu surpris.

    Mais plus sérieusement – je pense qu’il s’empresserait de mettre fin à sa campagne à son faîte pour profiter du coup de pub (par exemple en prétendant être censuré pour écrire et vendre un bouquin), ou bien pour apporter un soutien à un autre candidat en restant dans une position confortable.

    En fait, il n’a peut-être pas du tout de stratégie. Plus con que ce que je pensais.

  10. Je pense pas qu’il allait/va vraiment de présenter. Pas en 2022 en tout cas. Je crois qu’il aime juste faire parler de lui et répendre ses idées, mais entre ça et vouloir vraiment gouverner il y a quand même une différence. Qu’il se positionne pour la tournée 2027 par contre, je le vois bien.

  11. C’est le problème lorsque l’on décide de cramer toute ses plus grosses cartouches pour faire une entré en fanfare dans la campagne. C’est pas un sprint, c’est un marathon.

  12. >Le général Bertrand de La Chesnais, élu de Carpentras (Vaucluse) devenu son conseiller défense, s’agace, en privé, qu’il ait tenu le fusil comme on s’empare d’un jouet : « Il n’a pas mis le doigt sur la gâchette. » Ce détail pour le moins curieux a offusqué les milieux militaires pro-Zemmour.

    Lunaire ce passage.

  13. Mouais, cela dit il a bien ouvert la fenêtre d’Overton vers la droite entre-temps. C’est plus une fenêtre, c’est une porte de grange.

    Résultat, pendant toute a campagne à venir Marine Le Pen pourra dire ce qu’elle veut, elle sera toujours “l’extrème-droite modérée” par rapport aux pétaineries de Zemmour. Et ça, ça pue du uc.

  14. Les médias sont ils sur le point de découvrir que la “montée spectaculaire” de Zemmour était *peut-être* corrélée avec la surmédiatisation dont il bénéficiait depuis septembre, et que maintenant qu’ils se sont lassés de lui et qu’ils en parlent beaucoup moins il “s’essouffle” ?

  15. Tiens donc, le discours antisémite et ouvertement raciste ne passe donc pas si facilement ?

    Il suffit de faire parler sur la France Vichy pour que tout s’écroule, mais ses fans refusent (sciemment ?) de le voir.

  16. > Le général Bertrand de La Chesnais, élu de Carpentras (Vaucluse) devenu son conseiller défense, s’agace, en privé, qu’il ait tenu le fusil comme on s’empare d’un jouet : « Il n’a pas mis le doigt sur la gâchette. »

    Je suis pas un expert des armes, mais c’est pas la discipline de base de jamais mettre le doigt sur la gâchette quand tu ne comptes pas tirer ?

  17. Il va falloir qu’il trouve d’autres propos provocateurs pour renouveler l’attention des médias.

  18. Mouais. J’ai cru plusieurs fois à la fin de la campagne de Trump en 2015 donc je me méfie.

  19. Beaucoup trop tôt. Beaucoup trop tôt ! Que pensent ses conseillers. A-t-il même des conseillers? Il aurait dû attendre plus longtemps.

  20. C’est sûr que quand on confond astroturfing, sondages, articles de média à but lucratif, commentaires de corrompus ou de chiens de garde avec information et réalité, on croit que Zemmour est autre chose qu’un phénomène médiatique. Alors que non. C’est dangereux quand même parce que les moutons sont prêts à voter pour les loups. Mais c’est toujours du vent. Nauséabond. Mais du vent.

  21. Mouais, ça a l’air de tenir à une fournée de sondages Opinionway cette histoire d’essoufflement. Chaque sondeur a ses recettes et ses biais (au sens statistique) et Zemmour est un candidat non testé.

    Je ne me réjouis pas tout de suite et je m’attend ~5% d’erreur sur son score.

  22. Je m’étais toujours dit que si il ne se présentait finalement pas, ce serait le troll ultime. On pourrait bien y arriver.

  23. L’effet mode commence à passer.

    Attention, car pour continuer à exister, Zemmour risque de devoir en faire toujours plus dans l’outrance un peu la manière de ce que fait continuellement Trump en Amérique.

  24. L’important c’est que ses bouquins se soient bien vendus le temps que ça a duré.

  25. Il a aucune envie d’être président et pas de programme de toutes façons. Il a utilisé ça comme tribune et on s’est empressé de la lui donner.

    Mais bon, Melenchon c’est la même à part qu’il a eu une vie pour pondre un truc qui ressemble à un programme. Les deux ont aucune envie de gagner, c’est bien trop confortable de critiquer sans rien faire

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