l’ironie…

10 comments
  1. En même temps ça fait des années qu’on nous que c’est la fin du monde et que le réchauffement climatique ou une guerre nucléaire va tous nous tuer. Faut pas s’étonner que les gens commences à y croire.

  2. Nous avons grandi dans une impasse.
    Cernés d’un réseau de petites phrases anxiogènes qui s’aggloméraient comme des narcotiques dans nos cerveaux en formation.

    Enfants, nous avons pris connaissance du monde en même temps que de sa fin imminente: pas un jour sans qu’on entende à la radio des nouvelles de ces deux sœurs morbides, Mme Dette et Mme Crise, dont les ombres dans nos têtes enflaient sans cesse.

    Finiraient-elles par exploser?

    Non: c’est le chômage, le trou de la Sécu et son acolyte de la couche d’ozone qui s’en chargeaient.

    Les tours aussi, le 11 Septembre.
    Dans nos têtes d’enfants saturées de ces traumatismes subliminaux, l’idée de l’Apocalypse naissait au début des années 2000.

    Au lycée, on nous avertit d’emblée que l’Histoire était finie.
    On nous expliqua que Dieu, le Roman et la Peinture étaient morts.
    Sur les murs des villes, on nous apprit que l’Amour l’était aussi.
    Nous n’en connaissions pas le visage que déjà, nous n’avions plus le droit d’y croire. Notre adolescence a passé comme ça, sans que jamais rien ne se passe.

    A l’université, nous nous découvrions «postmodernes» – dans les livres de Gilles Lipovetsky, d’Alain Finkielkraut, de Marcel Gauchet.
    La formule, ailleurs, revenait souvent, recouvrant indistinctement tout ce qu’il y avait de contemporain: on l’accompagnait généralement d’un sourire sarcastique, que nous imitions sans tout à fait le comprendre.
    On nous inculquait ce schéma ternaire «prémoderne, moderne, postmoderne», grille de lecture ou tenaille qu’on nous présentait comme neutre quand, insidieusement, celle-là avait déjà décidé pour nous qu’il n’y avait plus rien à faire. On était déjà à l’épilogue du récit mondial de l’humanité.

    L’hypothèse communiste?
    Un délire de pyromanes.

    Mai 1968?
    Une bataille de boules de neige.

    L’idéal du progrès ?
    On avait vu Hiroshima.

    Les utopies avaient toutes été ridiculisées, la poésie rendue barbare après Auschwitz, les rêves, n’en parlons pas.
    Nos ambitions se réduisaient au quart d’heure de gloire warholien, un éphémère, et puis s’en va.
    Avec les autres époques, nous avions le sentiment de ne plus tenir la comparaison.
    Français, nous étions saturés de rêves de gloire en même temps que divorcés de l’Histoire comme affligés d’un complexe d’infériorité à son égard.

    Toujours, et sans que nous n’ayons décidé quoi que ce soit, nous nous situions après, une génération de retardataires qui se sentaient tout petits en face des statues de pierre.
    Nous n’avions pas 20 ans mais nous arrivions trop tard.

    Une autre issue: regretter.
    Avec Muray, Dantec et les autres, pester contre l’homo festivus.
    Le jour fustiger les Bisounours, puis la nuit, pudiquement, rêver aux chevaleries d’avant.
    A l’extrême rigueur, enfin, agir à l’extrême. Devenir une bombe, prôner la haine de l’autre, exercer la terreur; à défaut de savoir comment s’y comporter, travailler à l’extermination du monde tel qu’il est. Une nouvelle triade de la résignation: celui qui disparaît, celui qui regrette, celui qui tue.

    Pour les autres, il reste l’oubli: la consolation des objets, l’anesthésie par les loisirs.
    De toutes ces figures possibles, nous ne nous reconnaissons dans aucune.
    Alors, à nouveau, que faire?

    A distance d’un théâtre politique dont on ne comprend plus la langue, nous aspirons à l’émancipation, quitte à consentir à une certaine précarité.
    Le système D s’ouvre, comme une alternative possible au salariat.
    Nos petites entreprises côtoient, et à nos yeux égalent, les grandes institutions.

    Dans les marges et grâce à Internet, nous explorons les micro-économies souples. Les intermédiaires sont court-circuités. Nous produisons et distribuons notre propre miel.
    Plus rien n’est entre nous et la musique: l’énergie et la foi suffisent pour la créer, un ordinateur pour la mixer et la distribuer tout autour du monde.

    Nous sommes cosmopolites mais pratiquons le local: dans des sphères restreintes et de fait habitables, nous façonnons des objets qui nous ressemblent, puis nous les partageons. Dans nos potagers numériques, nous cultivons les liens, IRL comme URL, échangeant nos enthousiasmes, nos connaissances et les nuances de nos vies intérieures.
    Partout, nous nous réapproprions nos heures.
    Par la conversation, nous prenons le temps d’inventer des mots nouveaux pour désigner des choses nouvelles.
    Nous sommes indépendants, multitâches et bricoleurs.
    Conscients de notre chance comme de l’effort à fournir, nous refusons le cynisme et la plainte.
    S’il faut manger des pâtes, nous les mangeons sans rechigner.
    S’il faut sacrifier les vacances, nous l’acceptons.
    Nous échangeons nos vêtements, nos logements, nos idées.

    Parvenu à un certain degré, le désespoir devient une panacée.
    Puisque tout est fini, alors tout est permis.
    Nous sommes après la mort, et une certaine folie s’empare de nous.
    Pareils à des ballons déjà partis trop haut, nous ne pouvons plus redescendre: dans un ciel sans repères, nous cherchons les nouvelles couleurs.
    Le monde est une pâte à modeler, pas cette masse inerte et triste pour laquelle il passe.
    Des futurs multicolores nous attendent.

    N’ayez pas peur, il n’y a plus rien à perdre.

    Nyx

  3. Je profite de ce sujet pour partager l’épiphanie que j’ai eu très récemment à ce sujet; au départ, j’étais très miné par tout ça, ça me démoralisait, mais plus maintenant, et si ça peut aider certains, autant partager.

    Voilà ma révélation: ça n’a aucune espèce d’importance, et ce pour deux raisons.

    – La première c’est qu’il ne faut pas regarder ce que l’on fait pour changer la donne, mais ce que l’on devrait faire. Beaucoup d’experts partagent leurs connaissances dans ce but, Jancovici par exemple pour ne citer que lui. Il explique bien qu’en 2020 nous sommes parvenus à baisser nos émissions comme nous devrions le faire. Mais nous avons également bien vu ce que ça représente. Faites l’expérience de penser qu’au lieu d’avoir des périodes très creuses (confinement) puis de reprises fébriles (déconfinement), ce processus est lissé sur 12 mois.

    J’en viens à la conclusion que ça ne se fera simplement jamais, ou alors pas sous la contrainte. Ça ne sert donc à rien de se bouffer les gencives pour quelque chose qui n’arrivera jamais.

    – La seconde, et c’est encore plus important, est une autre expérience de pensée: Si demain un cataclysme comme celui qui a éteint les dinosaures nous arrivait, et si une autre espèce intelligente voyait le jour exactement 65 millions d’années après cet événement, que resterait-il de nous ? On peut en avoir une bonne idée avec les vestiges que l’on peut visiter et qui n’ont que quelques milliers d’années, ou simplement combien de fossiles en bon état ont été retrouvés: il ne resterait pas grand chose.

    Pour donner un ordre d’idée, la Terre à 4,5 milliards d’années. Les dinosaures se sont éteints il y a 65 millions d’années. Compter jusqu’à un million à partir de maintenant et ne faisant que ça vous prendrait 2 semaines, contre 30 ans pour 1 milliard.

    Sauf que nous autres humains sommes particulièrement arrogants, et imaginer un futur de la planète sans nous ? Quelle idée.

    On parle bien de la sixième extinction, donc il y en a eu d’autres avant et il y en aura encore, tout comme il y a eu plusieurs ères glacières, ou d’autres avec une activité volcanique importante qui a élever drastiquement les températures.

    Donc ça n’a aucune importance.

    Cela ne veut pas dire que vous devez laisser couler l’eau du robinet, ou polluer comme un porc parce que vous le pouvez; je n’aime pas trop Aurélien Barrau, mais son exemple du “les lions n’écrasent pas des fourmis” pour exprimer que ce n’est pas parce qu’on a un pouvoir de nuisance que l’on doit nuire est parlant je trouve.

    Suivez vos convictions, agissez en accord avec elles, faites de votre mieux à votre échelle, pourquoi pas aller dans l’associatif par exemple. Mon épiphanie ne m’empêche pas d’agir, au contraire je suis beaucoup moins tétaniser par la peur, mais elle m’a permis de comprendre la finalité. Voir des espèces crever la gueule ouvert dans l’indifférence générale m’attriste toujours, c’est dommage d’emporter autant de diversité pour notre confort, mais y’a moyen d’aider un peu. Pour les oiseaux, avec des petits abris et de la bouffe quand la saison est dure pour eux par exemple.

    Je me doute bien que c’est imparfait, mais bon on fait ce qu’on peut pour avancer parfois.

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