Pour un droit à l’attachement des enfants placés

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  1. *Analyse*

    À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, samedi 20 novembre, une charte, rédigée à partir des besoins exprimés par des enfants, va être diffusée dans les établissements de protection de l’enfance. Plusieurs dispositions mettent en exergue, sans le nommer, l’importance d’un droit à l’attachement.

    Ce samedi 20 novembre, une « Charte des droits des enfants protégés à l’aide sociale à l’enfance », sera diffusée par le secrétariat d’État. Ce texte atypique a été rédigé par Gautier Arnaud-Melchiorre, un ancien enfant placé, après avoir entendu 1 500 jeunes accueillis en famille d’accueil ou en foyer.

    Plusieurs dispositions concernent, sans le nommer, un droit à l’attachement, à un peu d’affection au sein de l’institution. Ainsi, parmi les premiers droits revendiqués figure celui de *« compter sur quelqu’un, compter pour quelqu’un »*.

    **« Développer le sentiment d’exister »**

    Ce constat ne surprend pas Marc Chabant, directeur du développement de la Fondation Action enfance. *« Un des problèmes majeurs de ces enfants est leur isolement social »*, avance-t-il.

    Pour s’en convaincre, il a organisé un sondage auprès de 450 enfants accueillis à la fondation. À la question *« Sur combien d’adultes pouvez-vous compter ? »*, 48 % ont répondu *« zéro ou un »*. À titre de comparaison, la même question, posée à 150 collégiens de troisième, non placés, donne la réponse suivante : *« Entre 5 et 6 »*, explique le responsable.

    Depuis, la Fondation Action enfance a mis au cœur de sa pédagogie un travail sur le capital social des enfants. *« Nous tentons d’organiser des parrainages, du mentorat, pour qu’ils puissent trouver de l’aide, mais aussi développer le sentiment d’exister aux yeux d’adultes »*, explique encore Marc Chabant. Au quotidien, dans les villages d’enfants de la fondation, les éducateurs peuvent s’autoriser à faire un bisou du soir, à prendre les enfants dans les bras, par exemple.

    **« Il faut revoir la formation »**

    Pourtant, ce type d’approche se heurte à de fortes réticences au sein de l’Aide sociale à l’enfance, qui prône la distance professionnelle, a constaté Gauthier Arnaud-Melcchiore. Ainsi, certaines familles d’accueil se voient retirer les enfants qui sont jugés trop attachés à elles.

    Fabienne Quiriau, présidente de la Cnape, une fédération d’associations, confirme ce constat et appelle à un changement de mentalité. *« Il faut revoir la formation des travailleurs sociaux*, suggère-t-elle. *Actuellement, on leur apprend que la distance est le seul moyen pour eux de faire face aux situations compliquées auxquelles ils sont confrontés. On leur dit aussi que c’est la seule façon pour ne pas prendre la place des parents dans le cœur de l’enfant. »*

    **« La distance est à la limite de l’erreur professionnelle »**

    Pourtant, *« la distance peut être à la limite de l’erreur professionnelle quand on travaille en protection de l’enfance »*, estime de son côté le pédopsychiatre Romain Dugravier, chef de service à l’hôpital Sainte-Anne à Paris et membre du comité « 1 000 jours », spécialiste reconnu de la théorie de l’attachement. Selon lui, cette notion devrait, au contraire, être la boussole des travailleurs sociaux puisqu’elle est indispensable pour bien grandir. Il rappelle que ce constat a été dramatiquement mis en lumière dans les années 1950, lors de la crise de « l’hospitalisme ». À l’époque, les bébés abandonnés placés en pouponnière dépérissaient alors même qu’ils étaient nourris et soignés, faute de rencontrer le regard d’un adulte. *« Tout a changé le jour où ces bébés ont été bercés et pris dans les bras »*, explique le médecin.

    De la même façon, les enfants placés, qui ont vécu des traumatismes doivent pouvoir exister dans le regard d’un ou plusieurs adultes. *« Cela n’a rien à voir avec une concurrence affective avec les parents*, martèle-t-il. *Il s’agit d’entourer l’enfant d’adultes suffisamment prévisibles, dont il sait qu’ils répondront à ses besoins. Le projet d’une famille d’accueil, par exemple, doit être d’aider l’enfant à faire ce type d’expériences rassurantes, qui lui feront comprendre qu’il peut s’appuyer sur autrui. »* Ce qui ne signifie pas oublier ses parents.

  2. Quoi ? Un article de fond et en plus sur un sujet de société qui ne soit pas lié à l’immigration un weekend.

    Plus sérieusement, le sujet est loin d’être évident.

  3. C’est un truc auquel je pense un peu. J’ai une famille, un enfant, probablement d’autres suivront, mais ma situation, stable, avec des personnes bienveillantes, je sais que tout le monde ne peut pas en profiter. Et je me dis y’a tellement de gamins qui souffrent de leur situation familiale que y’a peut être moyen de faire quelque chose.

    Peut être quand mes enfants auront grandit. En tout cas c’est sur que si un jour je me porte volontaire (loin d’être acté, j’en n’ai jamais parlé à ma femme, ni à personne, c’est juste un sentiment que je pourrais faire quelque chose), et qu’on me demande de garder de la distance professionnelle avec l’enfant, je vais peut être y re-reflechir avant de sauter le pas…

  4. Ce qui m’énerve avec ce genre de trucs, les chartes, les nouvelles mesures etc, c’est que c’est du vent. C’est déjà inscrit dans la loi, notamment de 2007, que les personnes qui s’occupent des enfants à l’ASE doivent faire en sorte de permettre aux gosses de maintenir le lien avec leurs amis/famille/cercle social malgré le placement. Cela implique de permettre au gamin de sortir, de pouvoir téléphoner, etc. En pratique, pleins d’educs s’en cognent un peu parce que de toute façon osef et qui va venir reelement se plaindre ?

    Bref c’est le fonctionnement en lui même qui veut ça, manque d’effectif et de temps pour pouvoir faire de l’individuel et vraiment s’occuper du gosse, ce qui fait qu’on traite les enfants comme du bétail la plupart du temps c’est toujours “faut faire avec le collectif” sauf que c’est pas une colonie de vacances et 95% du temps (stats à la louche) les enfants ont pas du tout choisi de finir en foyer ou en IME, etc.

  5. La solution n’est vraiment pas évidente et beaucoup plus complexe qu’il n’y parait

    Je connais bien le milieu de l’ASE et des familles d’accueils / foyers qui pour l’immense majorité accomplissent un travail de Titan pour essayer de sauver ces enfants et leur donner une chance dans la vie.

    En revanche, j’ai encore du mal à saisir pourquoi on renvoi le week end ou les vacances certains de ces enfants dans un contexte familial extrêmement difficile voir dangereux (enfant battu, inceste et je vous en passe des biens plus sordides croyez moi..). On détruit en l’espace de quelques jours tout le travail que l’on essaye d’accomplir. J’en ai déjà vu des dizaines revenir de chez leurs parents le regard livide, ne décrochant pas un mot ou s’effondrant en pleurs toute une soirée et ça fend le cœur.

    J’ai pas la solution miracle, mais du cas par cas doit être appliqué ça c’est sûr, et au contraire si la relation est toxique le lien devrait être rompu ou alors sous étroite surveillance (visites médiatisés accompagné d’un éduc spé par ex) jusqu’à ce qu’on estime qu’il puisse être rétabli petit à petit, pour le bien être de l’enfant avant tout. Cela doit aussi s’accompagner d’un suivi chez les parents qui est très faible voir inexistant la plupart du temps et l’ASE est en retard de ce côté là.

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