Double page dans Lib pour notre village préféré

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  1. https://www.liberation.fr/economie/social/village-de-lemploi-un-centre-de-formation-au-coeur-des-soupcons-20220612_JSP344UGXZG6VGD4NI7XYSO6YU/

    >**«Village de l’emploi»: un centre de formation au cœur des soupçons**

    >Une structure d’enseignement en informatique est accusée par des étudiants de délivrer des formations bâclées, et de dissuader les élèves de partir en leur faisant contracter des dettes. «Libération» a recueilli plusieurs témoignages.

    >Au début des années 2010, Bintou (1) rêve d’une reconversion dans l’informatique. Elle tombe sur la pub d’un centre de formation connu aujourd’hui sous le nom de «Village de l’emploi» : «L’annonce promettait une formation très rapide avec ensuite un emploi assuré.» Bintou postule et est invitée à un entretien collectif en banlieue parisienne. Une quinzaine de personnes reçoivent une présentation du centre, puis sont invitées à signer quelques documents. «Il y avait un contrat mais aussi une reconnaissance de dette de 10 500 euros. On s’engageait soit à la rembourser après la formation soit à travailler trois ans avec une entreprise qui est leur partenaire et qui allait alors payer pour nous notre formation. Comme tout le monde signait, j’ai signé aussi.» Elle le regrettera longtemps.

    >Pendant sa formation, elle déchante : «On nous donnait des documents techniques qu’on devait lire chacun de notre côté. C’était très compliqué pour moi de comprendre.» Tous les étudiants que nous avons interrogés nous ont décrit une formation reposant essentiellement sur du travail en autonomie. Mustapha, qui a intégré le centre de formation trois ans après Bintou, a reçu de nombreuses fiches techniques à lire seul. Noûr, qui a suivi la formation pendant six mois en 2021, décrit : «On était dans une salle, chacun avec son ordinateur, et on regardait des contenus à notre rythme. Un formateur était souvent là avec nous, mais il ne donnait pas de cours. Il répondait juste comme il pouvait quand on avait des questions.» Les responsables du Village de l’emploi présentent leur méthode comme révolutionnaire. Le codirecteur Ahmed Akrour assure : «Nous formons à des besoins précis pour permettre d’être opérationnel.» Me Ernest Sfez, qui a défendu le Village de l’emploi au cours de nombreuses procédures, confirme : «Former sur des points précis et déterminants du personnel qui n’a parfois pas de bagage informatique et arriver à combler à la fois des manques sur le marché de l’emploi et les failles de la formation universitaire, c’est une innovation.» Les dirigeants du Village de l’emploi nous ont transmis de nombreuses attestations signées par des étudiants et d’anciens étudiants satisfaits. A l’inverse, la majorité de ceux que nous avons contactés étaient mécontents ou déçus.

    >**«Je ne dormais quasiment pas»**

    >Une fois cette formation terminée, au bout de trois à neuf mois, les étudiants sont recrutables aux yeux du Village de l’emploi. Selon de nombreux témoignages, les formateurs préparent alors leurs étudiants à faire illusion. «On m’a dit de raconter que j’avais niveau bac+ 5 en informatique et cinq ans d’expérience. Tout était faux», se souvient Bintou. Mustapha décrit : «On nous apprenait à utiliser le bon jargon et à réciter des “speechs” sur de faux projets qu’on aurait menés. On nous préparait même à des questions pièges.» Dès sa première mission en entreprise, Mustapha est confronté aux lacunes de sa formation : «J’essayais de travailler la journée, et la nuit je cherchais des informations pour rattraper mon manque de connaissances. Je ne dormais quasiment pas. J’ai perdu beaucoup de poids, j’ai été mis sous calmants par mon médecin.»

    >Bintou a refusé de mentir et a quitté le centre de formation. Le Village de l’emploi l’a alors poursuivie pour qu’elle honore ses dettes. Des centaines d’étudiants sont ou ont été poursuivis, à qui l’on réclame des sommes de près de 20 000 euros. Philippe Tordjman, chargé des «processus métier» au Village de l’emploi, a calculé que le centre de formation a engagé des procédures contre 10% des 5 000 étudiants qu’il a formés. Il soutient que ceux-ci sont en tort, puisqu’ils ont quitté le centre après avoir suivi une partie au moins de la formation et, pour les étrangers, après avoir obtenu un titre de séjour grâce au Village de l’emploi. Il commente : «On se demande vraiment de quoi ces personnes peuvent se plaindre. La gratuité de notre formation est totale, ils atteignent rapidement un emploi, une carrière.» Il se dit victime d’un «réseau d’échange de faux témoignages».

    >Ahmed Akrour dit déplorer ces procédures : «Nous sommes contraints d’assigner en justice les étudiants qui ne payent pas pour les obliger à respecter leur contrat mais surtout pour stopper l’hémorragie de personnes intégrant la formation sans aucune intention d’honorer leurs engagements.»

  2. Ce soir à 20h30, retrouvez votre programme “Le village préféré des /r/français”, avec Stéphane Bern et Mathieu Sbai.

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