Tensions à l’Elysée : la guerre secrète entre Emmanuel Macron et Alexis Kohler

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  1. **Tensions à l’Elysée : la guerre secrète entre Emmanuel Macron et Alexis Kohler**

    Histoire secrète des débuts chaotiques du deuxième mandat d’Emmanuel Macron, avec une campagne des législatives introuvable et un pays plus difficile que jamais à gouverner, rien n’ayant été réellement tranché au terme d’un interminable processus électoral. Récit des hésitations du président qui a tenté de séduire Christine Lagarde, laquelle a refusé à trois reprises Matignon, et se retrouve sous l’influence croisée de son épouse Brigitte et de son secrétaire général à l’Elysée, Alexis Kohler, plus Mazarin que jamais. Une situation qui provoque des tensions très fortes entre les deux hommes, alimentées par certains proches du chef de l’Etat, qui le poussent à se séparer de son bras droit.

    ***Marc Endeweld***

    ***13 Juin 2022, 16:31 18 mn lecture***

    Pour Emmanuel Macron, rien ne s’est passé comme prévu depuis le soir du second tour de la présidentielle. Alors que le plus jeune président de la Ve République a réussi le tour de force de se faire reconduire par les Français à l’Elysée pour un second mandat, sa faiblesse politique est apparue de plus en plus criante au fur et à mesure de l’avancée vers les élections législatives. Une situation inédite. La présidentielle fut-elle une victoire à la Pyrrhus ?

    De fait, l’axiome qui veut que les élections législatives qui sont organisées juste après la présidentielle ne sont là que pour entériner la victoire élyséenne a semble-t-il vécu. Élu face à la candidate d’extrême droite Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’a pas convaincu les Français sur un projet lisible. Résultat, comme aime le souligner Jean-Luc Mélenchon, le « mandat » d’Emmanuel Macron n’a pas été réellement tranché lors de la présidentielle. Et le leader de l’Union Populaire a réussi un « coup de force », comme le remarque un ancien conseiller du gouvernement, presque admiratif, en imposant dès l’entre-deux-tours de la présidentielle l’idée d’une éventuelle cohabitation en juin et finalement en déstabilisant fortement Emmanuel Macron au soir du 1er tour des législatives.

    **Un président tombé dans l’apathie**

    Mélenchon a imposé au passage son analyse sur la reconfiguration de la politique française autour de l’affrontement entre « trois blocs », analyse qui lui a permis l’autre tour de force de constituer un vrai Front Populaire rassemblant autour de lui la grande majorité des partis de gauche. Les mauvais sondages pour la majorité présidentielle et le bazar au Stade de France ont fait le reste. La dynamique politique s’est retrouvée clairement du côté de la NUPES avec des Français particulièrement inquiets de la situation économique en pleine guerre en Ukraine et de leur pouvoir d’achat.

    En quelques jours, le doute s’est emparé de la macronie. Dans les rangs macronistes, chacun y est allé de son hypothèse quant au comportement du président.

    « Macron a joué la démobilisation pour éviter une sur-mobilisation de la gauche. Mais cela a fini par lui jouer des tours », croit savoir l’un des fidèles du président.

    Un mélange d’apathie et d’atonie, teinté parfois de fébrilité. Emmanuel Macron a attendu le week-end dernier pour replonger dans l’arène politique et dénoncer les « extrêmes » après avoir multiplié les attentions en fin de présidentielle à l’égard des électeurs de Jean-Luc Mélenchon.

    Une incohérence qui ne manquera pas d’être relevée par les électeurs : « À un moment donné, est ce que l’acrobate ne tombe pas au milieu du trou ? », se demande justement un ancien conseiller de Matignon plutôt circonspect par ces dernières semaines. Il ajoute :

    « Il a fait un truc très dangereux en tendant la perche symbolique à la gauche en nommant Pap Ndiaye à l’Éducation Nationale. Car au premier tour de la présidentielle, l’électorat LR a voté utile, et Macron doit bien son élection à cet électorat de droite qui pourrait finalement avoir le sentiment d’être les dindons de la farce ».

    En attendant, l’heure est déjà grave :  poussé dans ses retranchements, le chef de l’État tout juste réélu a finalement été obligé de mouiller la chemise pour sauver les meubles aux élections législatives.

    **Christine Lagarde refuse trois fois Matignon**

    En réalité, le malaise autour d’Emmanuel Macron est plus profond que ne le laissent penser les réactions de son camp aux premiers résultats des législatives. Durant sept semaines, on a assisté au cœur de la macronie à une bataille homérique entre différents clans et acteurs. Tout commence dès le soir du second tour. Au pied de la tour Eiffel, on se souvient de la présence d’Edouard Philippe, de François Bayrou ou même de Manuel Valls. S’enclenche alors une attente interminable pour la nomination du nouveau gouvernement.

    « Si ça ne tenait qu’à Emmanuel Macron, il aurait reconduit Jean Castex après la présidentielle et même après les législatives. Jean ne faisait pas de politique. Il préparait des scénarios et laissait Macron choisir. En plus, c’était un bourreau de travail », assure l’ex conseiller de Matignon.

    Castex ne souhaitait pas être candidat aux législatives et Macron savait qu’il lui était nécessaire d’impulser un nouveau départ après sa réélection. Ce qui n’était pourtant pas prévu au soir du second tour, c’est que ce remaniement se transforme en chemin de croix. À commencer par le cabinet de Jean Castex :

    « Ça a été l’enfer pendant trois semaines. On était prêts pour partir le 25 et ça a traîné. C’était impossible de faire des déplacements, de faire des interventions, on a expédié les affaires courantes. Est-ce que cela a été le temps qui a été perdu ? Sur une campagne de six semaines, on en a gâché trois, mais pendant ce temps-là, Mélenchon est passé à l’offensive ».

    On l’a vu, ce gros moment de flottement pour Emmanuel Macron et ses troupes est alors présenté par certains proches du président comme une « stratégie » du Château, une manière d’endormir l’adversaire. Celui qu’on présente encore comme le « maître des horloges » jouerait alors avec les nerfs de tout le monde pour son plus grand bénéfice…

    En coulisses, c’est une toute autre histoire. D’abord parce que la constitution d’un nouveau gouvernement a été rendue plus difficile que prévu. D’abord, l’Élysée a subi plusieurs refus. C’est ainsi que Christine Lagarde, actuellement présidente de la Banque centrale européenne (BCE), dont le nom avait évoqué par la presse et le choix poussé par Nicolas Sarkozy, a refusé à trois reprises le poste de Matignon selon l’un de ses proches :

    « Elle a expliqué à l’Elysée que si c’était elle qui partait de la BCE, ce serait sûrement un Néerlandais qui la remplacerait, un faucon, adepte de l’orthodoxie budgétaire. L’équipe Macron pensait pouvoir recaser le ministre de l’Economie Bruno Le Maire ou le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau ! Ils ne savent même pas comment fonctionne la BCE… ».

    Si l’on en croit cette source, un peu plus d’une semaine avant la nomination effective du gouvernement, Emmanuel Macron a tenté le tout pour le tout en appelant directement Christine Lagarde… Plus généralement, l’Elysée a eu des difficultés pour trouver des profils de ministres acceptant de passer à la moulinette de la HATVP (Haute Autorité pour la transparence de la vie publique). Lors du précédent remaniement, la « fortune » du grand avocat Éric Dupond-Moretti avait été étalée dans la presse. L’épisode a laissé des traces !

  2. >l’Elysée a eu des difficultés pour trouver des profils de ministres acceptant de passer à la moulinette de la HATVP

    Faut imaginer le nombre de politiques qui ont des secrets à garder. Ça intéresserait surement le fisc d’avoir le nom de ceux qui ont refusé.

    L’article est sympa mais peut-être excessivement romancé, enfin j’espère. Sinon l’organisation du gouvernement et de l’Elysée va peut-être beaucoup changer parce que je vois pas comment il pourrait y avoir autant de conflits que ça de façon ouverte sans que des ministres ou des conseillers sautent dans les prochains mois.

  3. Merci pour le partage OP, toujours un plaisir de lire Marc Endeweld. C’est très intéressant de savoir qu’il y a de l’eau dans le gaz dans le couple Macron-Kohler.

    L’influence de Brigitte m’intriguera toujours, ça à l’air d’être un drôle de personnage.

  4. > À vrai dire, Emmanuel Macron a-t-il vraiment envie de gouverner la France pour les cinq à venir ? Le président sait que les nuages noirs ne cessent de s’accumuler, l’avenir proche semble une impasse.

    > « Si l’Allemagne réussit à imposer une montée des taux par la BCE, le “quoi qu’il en coûte” nous étrangle en deux mois », s’alarme un ancien des cabinets ministériels. « La cohabitation serait le moyen pour lui d’avoir une paix royale durant cinq ans à l’Elysée ».

    Ça expliquerait sa campagne des législatives.

  5. Passionnant. J’adore lire des articles sur des intrigues de couloir , bien plus important que des articles de fond sur les programmes politiques ou les actions de nos dirigeants

  6. On pensait qu’ils étaient comme cul et chemise ces deux là, on s’aperçoit en fait qu’on ne savait pas qui portait la chemise.

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