**Le 16 juin marquera son trentième anniversaire mais l’heure n’est pas à la célébration à la direction du renseignement militaire. Si l’invasion russe a mis en évidence ses faiblesses, elle a aussi souligné la nécessité de la faire monter en puissance.**
C’est un trentième anniversaire en demi-teinte que s’apprête à fêter à huis clos, jeudi 16 juin, la direction du renseignement militaire (DRM). Alors que, jusqu’à présent et depuis sa création, le 16 juin 1992, au lendemain de la guerre en Irak, le service avait surtout acquis ses lettres de noblesse en se concentrant sur le contre-terrorisme, le conflit ukrainien l’a forcé à une brutale bascule d’effort. Une situation qui a engendré de vives tensions, notamment autour de la confiance à accorder au renseignement américain, au point d’aboutir à l’éviction, fin mars, du directeur de ladite DRM, le général Eric Vidaud.
Ce 16 juin, une cérémonie de prise d’armes devrait avoir lieu sur la base aérienne de Creil (Oise), où est affectée la majorité des effectifs de la DRM, en présence des anciens du service. C’est là, en lisière de forêt, à 65 kilomètres du siège de l’état-major des armées, à Paris, que se trouvent les principaux centres d’analyse spécialisés de la DRM (en imagerie, cyber, électromagnétique, etc.). Là aussi que sont pilotés et hiérarchisés les plans d’orientation des capteurs de renseignement aérien et satellitaire de la France, notamment les satellites CSO (imagerie) et Céres (électromagnétique).
Le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Thierry Burkhard, ne sera pas au rendez-vous. Mais, lors d’une visite à Creil, le 9 mai, à laquelle Le Monde a pu participer, il est venu rassurer à sa façon les 2 000 agents de la DRM sur leur bilan, tout en profitant de l’occasion pour se justifier à propos du départ du général Vidaud. « La DRM traverse une phase particulière, a-t-il admis lors d’un discours prononcé devant un parterre de civils et de militaires. J’ai des attentes fortes sur la fonction renseignement (…) votre travail n’est pas en cause, mais j’ai eu la perception qu’il fallait changer [de DRM]. »
**Davantage de moyens**
Le service était engagé dans une délicate transformation lorsque le conflit ukrainien a éclaté. Des changements liés à un problème ancien de turnover des effectifs, phénomène accru par la multiplication des conflictualités – hybrides, informationnelles, technologiques ou la réaffirmation des grandes puissances militaires.
Le général Burkhard a donc saisi cette visite du 9 mai pour annoncer des moyens supplémentaires : « J’ai demandé des efforts à votre profit, c’est en cours d’arbitrage », a-t-il assuré ce jour-là. « La guerre en Ukraine, c’est votre guerre », a-t-il conclu.
Quelques semaines plus tard, dans son bureau de Balard, à Paris, le Pentagone français, le nouveau patron de la DRM, le général Jacques Langlade de Montgros, nommé mi-avril, résume ce qu’il estime être désormais la mission principale du service : « La DRM doit contribuer à la liberté d’appréciation, de décision et d’action du chef d’état-major des armées [CEMA] et des armées. » En clair, être un outil spécialisé à disposition du CEMA pour qu’il puisse « jouer » pleinement son rôle de conseiller militaire du chef de l’Etat, en lui apportant une vision complémentaire de celle, plus politique, de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
« [Pas question pour autant de] singer la DGSE, nos missions sont totalement différentes », précise le général, alors qu’il existe parfois une rivalité entre la DRM et la DGSE. Mieux anticiper les capacités d’engagement militaire d’adversaires potentiels à partir de l’observation de marqueurs très pointus, produire plus de notes ou de cartes de renseignement exclusivement militaire pour faciliter des décisions, élaborer des dossiers d’objectifs… Autant de choses que le CEMA et sa nouvelle DRM souhaiteraient généraliser, selon le général de Montgros.
A 53 ans, ce dernier est un proche du général Burkhard qui cochait beaucoup de cases pour s’emparer du poste. Passé par le bureau des affaires réservées de l’ancien ministre des armées Hervé Morin, entre 2007 et 2010, il a ensuite été chef du bureau renseignement du centre de planification et de conduite des opérations, entre 2015 et 2017. Commandant de la 11e brigade parachutiste de Toulouse, entre 2019 et 2021, il était aussi, jusqu’au début de la guerre en Ukraine, à la tête de la très sensible mission de l’Union européenne en Centrafrique, où la Russie et le groupe paramilitaire Wagner règnent en maîtres.
>Pour dynamiser son service, le général de Montgros devra faire face à plusieurs défis de taille. Selon lui, l’un des plus importants passe par une meilleure centralisation de la production de la DRM. Notamment en faisant aboutir une organisation en « plateaux » centrés sur des zones géographiques ou des thématiques d’intérêt militaire, avec des équipes de spécialistes aux profils divers (analystes, spécialistes de la donnée, etc.). Le deuxième défi-clé, dit-il, est de surmonter le « mur de la donnée ». Soit la hausse exponentielle des informations recueillies via le renseignement d’origine cyber et l’accroissement des capacités des capteurs plus classiques, aériens et satellitaires notamment.
L’armée n’a t-elle pas déjà des “data scientist”, des “data analyst” et autres personnels spécialisés en fouille de données sur des gros volumes ?
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**Le 16 juin marquera son trentième anniversaire mais l’heure n’est pas à la célébration à la direction du renseignement militaire. Si l’invasion russe a mis en évidence ses faiblesses, elle a aussi souligné la nécessité de la faire monter en puissance.**
C’est un trentième anniversaire en demi-teinte que s’apprête à fêter à huis clos, jeudi 16 juin, la direction du renseignement militaire (DRM). Alors que, jusqu’à présent et depuis sa création, le 16 juin 1992, au lendemain de la guerre en Irak, le service avait surtout acquis ses lettres de noblesse en se concentrant sur le contre-terrorisme, le conflit ukrainien l’a forcé à une brutale bascule d’effort. Une situation qui a engendré de vives tensions, notamment autour de la confiance à accorder au renseignement américain, au point d’aboutir à l’éviction, fin mars, du directeur de ladite DRM, le général Eric Vidaud.
Ce 16 juin, une cérémonie de prise d’armes devrait avoir lieu sur la base aérienne de Creil (Oise), où est affectée la majorité des effectifs de la DRM, en présence des anciens du service. C’est là, en lisière de forêt, à 65 kilomètres du siège de l’état-major des armées, à Paris, que se trouvent les principaux centres d’analyse spécialisés de la DRM (en imagerie, cyber, électromagnétique, etc.). Là aussi que sont pilotés et hiérarchisés les plans d’orientation des capteurs de renseignement aérien et satellitaire de la France, notamment les satellites CSO (imagerie) et Céres (électromagnétique).
Le chef d’état-major des armées (CEMA), le général Thierry Burkhard, ne sera pas au rendez-vous. Mais, lors d’une visite à Creil, le 9 mai, à laquelle Le Monde a pu participer, il est venu rassurer à sa façon les 2 000 agents de la DRM sur leur bilan, tout en profitant de l’occasion pour se justifier à propos du départ du général Vidaud. « La DRM traverse une phase particulière, a-t-il admis lors d’un discours prononcé devant un parterre de civils et de militaires. J’ai des attentes fortes sur la fonction renseignement (…) votre travail n’est pas en cause, mais j’ai eu la perception qu’il fallait changer [de DRM]. »
**Davantage de moyens**
Le service était engagé dans une délicate transformation lorsque le conflit ukrainien a éclaté. Des changements liés à un problème ancien de turnover des effectifs, phénomène accru par la multiplication des conflictualités – hybrides, informationnelles, technologiques ou la réaffirmation des grandes puissances militaires.
Le général Burkhard a donc saisi cette visite du 9 mai pour annoncer des moyens supplémentaires : « J’ai demandé des efforts à votre profit, c’est en cours d’arbitrage », a-t-il assuré ce jour-là. « La guerre en Ukraine, c’est votre guerre », a-t-il conclu.
Quelques semaines plus tard, dans son bureau de Balard, à Paris, le Pentagone français, le nouveau patron de la DRM, le général Jacques Langlade de Montgros, nommé mi-avril, résume ce qu’il estime être désormais la mission principale du service : « La DRM doit contribuer à la liberté d’appréciation, de décision et d’action du chef d’état-major des armées [CEMA] et des armées. » En clair, être un outil spécialisé à disposition du CEMA pour qu’il puisse « jouer » pleinement son rôle de conseiller militaire du chef de l’Etat, en lui apportant une vision complémentaire de celle, plus politique, de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).
« [Pas question pour autant de] singer la DGSE, nos missions sont totalement différentes », précise le général, alors qu’il existe parfois une rivalité entre la DRM et la DGSE. Mieux anticiper les capacités d’engagement militaire d’adversaires potentiels à partir de l’observation de marqueurs très pointus, produire plus de notes ou de cartes de renseignement exclusivement militaire pour faciliter des décisions, élaborer des dossiers d’objectifs… Autant de choses que le CEMA et sa nouvelle DRM souhaiteraient généraliser, selon le général de Montgros.
A 53 ans, ce dernier est un proche du général Burkhard qui cochait beaucoup de cases pour s’emparer du poste. Passé par le bureau des affaires réservées de l’ancien ministre des armées Hervé Morin, entre 2007 et 2010, il a ensuite été chef du bureau renseignement du centre de planification et de conduite des opérations, entre 2015 et 2017. Commandant de la 11e brigade parachutiste de Toulouse, entre 2019 et 2021, il était aussi, jusqu’au début de la guerre en Ukraine, à la tête de la très sensible mission de l’Union européenne en Centrafrique, où la Russie et le groupe paramilitaire Wagner règnent en maîtres.
>Pour dynamiser son service, le général de Montgros devra faire face à plusieurs défis de taille. Selon lui, l’un des plus importants passe par une meilleure centralisation de la production de la DRM. Notamment en faisant aboutir une organisation en « plateaux » centrés sur des zones géographiques ou des thématiques d’intérêt militaire, avec des équipes de spécialistes aux profils divers (analystes, spécialistes de la donnée, etc.). Le deuxième défi-clé, dit-il, est de surmonter le « mur de la donnée ». Soit la hausse exponentielle des informations recueillies via le renseignement d’origine cyber et l’accroissement des capacités des capteurs plus classiques, aériens et satellitaires notamment.
L’armée n’a t-elle pas déjà des “data scientist”, des “data analyst” et autres personnels spécialisés en fouille de données sur des gros volumes ?