C’est une crise politique majeure, pour ce petit pays balte situé en première ligne de l’Otan. A seulement quelques mois des élections législatives en Lettonie, la Première ministre Evika Silina a présenté sa démission jeudi 14 mai, après que l’un de ses partenaires de coalition lui a retiré son soutien. Les tensions ont débuté ce week-end, lorsque la cheffe de la coalition gouvernementale de centre droit, au pouvoir depuis 2023, a décidé de renvoyer le ministre de la Défense Andris Spruds, à la suite de plusieurs incidents impliquant des drones ukrainiens – vraisemblablement destinés à frapper des cibles en Russie – qui se sont écrasés dans l’est de la Lettonie.
Si ces incidents n’ont fait ni victimes ni dégâts matériels significatifs, ils ont néanmoins révélé les faiblesses de la défense aérienne nationale, incapable d’intercepter un drone ayant pénétré son espace aérien avant qu’il ne s’écrase sur le territoire letton. Selon Evika Silina, Andris Spruds a ainsi perdu sa confiance et celle de la population, “la direction politique du secteur de la défense n’ayant pas tenu sa promesse d’assurer un ciel sûr au-dessus de notre pays”, a-t-elle déclaré. En réaction à son limogeage et face à la proposition de nommer un militaire pour lui succéder, le parti Progressiste d’Andris Spruds a alors annoncé qu’il cessait de soutenir le gouvernement, provoquant la démission de sa cheffe.
Un pays stratégique pour l’Otan
Ce vendredi 15 mai, le président Edgars Rinkevics a indiqué qu’il rencontrerait l’ensemble des partis représentés au Parlement afin de discuter des solutions possibles pour sortir de l’impasse politique, déclarant que le pays ne pouvait se permettre une période d’instabilité alors que les intentions de Vladimir Poutine envers l’Otan ressurgissent. La Lettonie est en effet considérée comme l’un des pays les plus stratégiques de l’organisation militaire transatlantique sur son flanc oriental, étant frontalière de la Russie et de la Biélorussie. Ces dernières années, elle a fortement augmenté ses dépenses militaires, qui devraient atteindre dès cette année presque 5 % de son PIB consacrés à la défense, soit l’objectif fixé par l’Otan pour 2035, dans le cadre de sa stratégie de dissuasion face à Moscou. Les autorités lettones ont également investi massivement dans les technologies liées à la guerre par drones, en soutenant plusieurs start-up développant des systèmes offensifs et défensifs.
Depuis le mois de mars, plusieurs drones ukrainiens dérivés depuis la Russie ont pénétré dans l’espace aérien de la Lettonie, mais aussi de la Lituanie et de l’Estonie. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a expliqué dimanche que ces incursions étaient “le résultat de la guerre électronique russe détournant délibérément les drones ukrainiens de leurs cibles en Russie”, tandis que Volodymyr Zelensky a pour sa part proposé d’envoyer des spécialistes en Lettonie, afin d’aider le pays à renforcer la protection de son espace aérien.
Une nouvelle attaque de drones russes
Pendant ce temps, les répercussions régionales de la guerre en Ukraine continuent de se faire sentir. Jeudi, la Hongrie a convoqué l’ambassadeur de Russie après une attaque de drones russes contre l’Ukraine qui a fait au moins six morts et conduit la Pologne à mobiliser des avions de chasse. Le nouveau chef du gouvernement hongrois, Péter Magyar, a adopté un ton très différent de celui de son prédécesseur Viktor Orban, réputé proche de Moscou.
Péter Magyar a indiqué que sa ministre des Affaires étrangères, Anita Orban, transmettrait à l’ambassadeur russe la “ferme condamnation” de Budapest face à l’attaque. Elle devait également demander “quand la Russie et Vladimir Poutine comptent enfin mettre fin à cette guerre sanglante commencée il y a plus de quatre ans”, rapporte le Guardian. Dans le même temps, la Pologne a fait décoller des avions de chasse, tandis que la Slovaquie a fermé sa frontière avec l’Ukraine “pour des raisons de sécurité”.