La porte du hall de l’immeuble du 3 rue de Pornichet est percée d’un impact de balle. Ce jeudi 14 mai 2026, une fusillade dans le quartier Port-Boyer sur fond de trafic de drogue a coûté la vie à un adolescent de 15 ans. Deux autres jeunes garçons ont aussi été blessés, l’adolescent de 13 ans dont le pronostic vital était engagé hier soir est désormais hors de danger.
Ce vendredi matin, des policiers et des soldats de l’opération Sentinelle sont présents en bas des tours du quartier nantais. Le drame de jeudi suscite l’émotion, auprès des habitants dont le quotidien est rythmé, depuis plusieurs mois, par des épisodes de tirs. Entre tristesse, indignation et incompréhension, les riverains se sont livrés auprès d’actu Nantes. Réactions.
« J’ai très peur, j’en ai marre de vivre là », dit un petit garçon de 10 ans
En bas de la tour du 3 rue de Pornichet, l’émotion est toujours aussi vive au lendemain de la mort d’un adolescent de 15 ans. « C’était un garçon très calme qui ne faisait pas de conneries. Le petit faisait des sports de combat », confie Bilel, habitant du quartier des Dervallières, venu pour soutenir la famille de la victime qu’il connaît.
Sur son compte X, Johanna Rolland a annoncé l’ouverture d’une cellule d’aide et d’écoute psychologique pour les habitants du quartier dans les locaux du centre socioculturel. Ce vendredi matin, la maire de Nantes était aux côtés du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, en déplacement sur les lieux de la fusillade.
« Il y a de l’angoisse chez tous les locataires. Nous voulons que la maire et toutes les parties prenantes prennent les choses à bras-le-corps pour sécuriser le lieu car ça devient très très grave maintenant », dénonce Jean-Pierre, habitant du quartier depuis 2021.

Jean-Pierre, habitant du quartier depuis 2021, discute avec un policier. ©Laure Gentil / actu Nantes
La fusillade de jeudi soir n’est pas inédite dans le quartier du nord-est de Nantes. Depuis plusieurs mois, les épisodes d’intimidation liés à la convoitise d’un point de deal entraînent des épisodes de coups de feu. Récemment, le 10 mai, un homme a été blessé par des tirs dans le quartier. Une situation qui exaspère les riverains.
« Aujourd’hui, j’ai peur. J’ai demandé à déménager à plusieurs reprises. Je sors mon chien quatre fois par jour, à chaque fois j’ai peur de prendre une balle. On vit dans la peur », déplore une mère de famille* avec son fils de 10 ans.
« Ça m’inquiète, j’ai très peur. J’en ai marre de vivre là », confie le petit garçon de 10 ans. « Il dort avec moi maintenant », enchaîne la maman.
« Ils nous disent de fermer nos bouches »
Après ce drame, les parents de Port-Boyer sont réticents à laisser sortir leurs enfants dehors, de peur qu’ils soient victimes d’une balle ou bien accaparés par les trafiquants de drogue qui promettent de l’argent facile.
Dans le quartier, certains voisins confient que leurs enfants ont déjà été sollicités par des dealers pour « participer au business » et être rémunérés.
« Un parent devrait s’interroger si son enfant de 15 et 16 ans a de nouvelles baskets et achète d’autres choses alors qu’il ne travaille pas. Si les parents ferment les yeux, alors ils deviennent complices pour moi », affirme Bilel.
Au fil des années, des habitants historiques de Port-Boyer ont vu leur quartier devenir un lieu de villégiature pour les trafiquants. « Je connais Port-Boyer depuis 38 ans, mais avant ce n’était pas comme ça. Depuis une dizaine d’années, des gens dealent dans l’immeuble. La tour 3, c’est la pire. Si on dit quelque chose, on se fait taper », indique une voisine.

Ce vendredi 15 mai 2026, l’émotion est vive dans le quartier Port-Boyer, au nord-est de Nantes, après la mort d’un adolescent de 15 ans, tué lors d’une fusillade. ©Laure Gentil / actu Nantes
Outre les riverains, des professionnels de santé subissent la présence des dealers rue de Pornichet. C’est le cas de Brice, présent sur les lieux jeudi soir alors qu’il devait rendre visite à des patients. « Ils (les dealers, N.D.L.R.) nous disent de fermer nos bouches. Parfois, ils se réfugient dans les appartements car ils ont le double des clés », enrage le soignant.
Ce vendredi matin, les habitants rencontrés réclament plus de moyens pour assurer leur sécurité, même si certains, désabusés, se sentent abandonnés et ne croient plus en l’action des autorités.
« Vous venez ici car il y a un petit qui est mort, vous allez repartir et on va être oublié », souffle une habitante.
* Les personnes interrogées ont souhaité préserver leur anonymat.
Laure Gentil et Thomas Bernard
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