**Inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution française : le virage à 180 degrés de la majorité**
**Alors que La République en marche a refusé d’inscrire le droit à l’avortement dans le marbre de la Constitution durant la précédente législature, elle opère désormais un changement de cap non sans arrière-pensée politique, mais salutaire face à la régression américaine.**
Ni « utile », ni « nécessaire ». C’est par ces mots que la députée de La République en marche (LREM), Yaël Braun-Pivet, rejetait, en juillet 2018, un amendement déposé par La France insoumise (LFI) destiné à inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement. « Il n’y a nul besoin de brandir des peurs relatives à ce qui se passe dans d’autres pays pour estimer que ces droits seraient menacés dans le nôtre, ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui », affirmait, au beau milieu de l’Assemblée nationale, la « marcheuse » pour justifier son refus.
Une ligne alors défendue en haut lieu, notamment par la ministre de la justice, Nicole Belloubet : « Vous proposez de garantir le droit à la contraception et à l’avortement dans le préambule de la constitution. Je ne suis pas certaine que ce soit le niveau de norme approprié pour garantir ces droits [qui] sont garantis par le code de la santé publique s’agissant de l’avortement », ajoutait ainsi la garde des Sceaux, déclenchant quelques remous sur les bancs à gauche de l’hémicycle.
Quatre ans plus tard, changement de braquet. Alors que la Cour suprême américaine annonçait, vendredi, un recul sans précédent du droit à l’avortement aux États-Unis, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance (ex-LREM) à l’Assemblée, a annoncé, samedi, qu’elle déposait une proposition de loi constitutionnelle pour « inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution ».
Objectif avancé : « Sécuriser [ce droit, puisque] malheureusement, rien n’est impossible et les droits des femmes sont toujours des droits fragiles qui sont régulièrement remis en cause », a-t-elle argué, samedi 25 juin, sur France Inter, désignant au passage l’extrême droite, qui a fait une arrivée remarquée au Palais-Bourbon, comme une menace potentielle : « Je vois dans les nouveaux députés installés depuis cette semaine, notamment du RN, des députés qui sont des opposants farouches à l’accès des femmes à l’IVG. »
L’adage est connu : seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Reste que ce soudain retournement de veste a de quoi surprendre. Durant la dernière législature, l’idée de faire de l’IVG un droit fondamental est ainsi revenue à plusieurs reprises sur la table des discussions parlementaires. À chaque fois, elle fut balayée d’un revers de main par la majorité en place.
Ce fut le cas en 2018, d’abord, avec le vote de l’amendement de La France insoumise, rejeté en bloc par la plupart des députés de LREM. Puis en 2019, par la voix du sénateur socialiste Luc Carvounas, auteur d’une proposition de loi sur le même thème, déposée symboliquement le 1er juillet, jour de la Panthéonisation de Simone Veil.
Le texte, là encore soutenu par l’ensemble de la gauche, ne sera jamais mis à l’ordre du jour et finira dans un tiroir. « L’ambiance, c’était “circulez, y a rien à voir” », raconte Luc Carvounas, aujourd’hui maire d’Alfortville, qui rappelle pourtant le contexte de « trumpisme » triomphant de l’époque.
Avec un président américain qui fera des émules y compris de ce côté-ci de l’Atlantique, entre les restrictions drastiques de l’IVG en Pologne, et l’ouverture des vannes à un discours ultra-conservateur en France, à commencer par celui d’Éric Zemmour – qui n’a toutefois jamais défendu publiquement l’abrogation de la loi Veil.
De son côté, Emmanuel Macron, n’a eu de cesse de jouer double jeu : réclamant, d’un côté, l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, se prononçant, de l’autre, contre l’allongement des délais légaux d’accès à l’IVG de douze à quatorze semaines – une proposition de loi qui sera finalement adoptée en février 2022.
C’est de la politique, tout est calculé. Ça étonne qui ?Ça sonne bien (la France bastion de liberté, bla blo blu), ça tombe à pic (ils vont arriver à avoir plus ou moins tout le monde derrière eux : même si dans ses rangs c’est la bronca, Le Pen fait de vagues bruits d’assentiment histoire de ne pas trop faire extrême), c’est une excellente savonnette pour les personnalités un peu entachées (kikoo Abad qui tweete à tour de bras depuis deux jours que oh là là, le droit des femmes c’est sacré), etc.
C’est juste de l’opportunisme, faut pas vraiment chercher plus loin.
Après il ne faut pas aussi oublier que pour changer la constitution il faut les 3/5eme du congrès et que le sénat est majoritairement à droite.
LERM devait s’allier avec la droite pour faire passer ce changement de constitution et je ne vois pas trop l’intérêt qu’aurait eu la droite là dedans.
Mais bon comme d’habitude l’opposition dépose des lois qui ne peuvent pas passer pour de plaindre qu’ils ne passent pas. C’est très classique.
Aujourd’hui avec ce qui se passe aux États-Unis ça change un peu la donne pour “forcer” la droite à voter l’inscription dans la constitution.
Pour le reste l’article de Mediapart est drôle. Il montre que c’est un calcul politique de la majorité sans mentionner qu’en 2018 c’était aussi un calcul politique de LFI.
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**Inscrire le droit à l’IVG dans la Constitution française : le virage à 180 degrés de la majorité**
**Alors que La République en marche a refusé d’inscrire le droit à l’avortement dans le marbre de la Constitution durant la précédente législature, elle opère désormais un changement de cap non sans arrière-pensée politique, mais salutaire face à la régression américaine.**
Ni « utile », ni « nécessaire ». C’est par ces mots que la députée de La République en marche (LREM), Yaël Braun-Pivet, rejetait, en juillet 2018, un amendement déposé par La France insoumise (LFI) destiné à inscrire dans la Constitution le droit à l’avortement. « Il n’y a nul besoin de brandir des peurs relatives à ce qui se passe dans d’autres pays pour estimer que ces droits seraient menacés dans le nôtre, ce n’est absolument pas le cas aujourd’hui », affirmait, au beau milieu de l’Assemblée nationale, la « marcheuse » pour justifier son refus.
Une ligne alors défendue en haut lieu, notamment par la ministre de la justice, Nicole Belloubet : « Vous proposez de garantir le droit à la contraception et à l’avortement dans le préambule de la constitution. Je ne suis pas certaine que ce soit le niveau de norme approprié pour garantir ces droits [qui] sont garantis par le code de la santé publique s’agissant de l’avortement », ajoutait ainsi la garde des Sceaux, déclenchant quelques remous sur les bancs à gauche de l’hémicycle.
Quatre ans plus tard, changement de braquet. Alors que la Cour suprême américaine annonçait, vendredi, un recul sans précédent du droit à l’avortement aux États-Unis, Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance (ex-LREM) à l’Assemblée, a annoncé, samedi, qu’elle déposait une proposition de loi constitutionnelle pour « inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution ».
Objectif avancé : « Sécuriser [ce droit, puisque] malheureusement, rien n’est impossible et les droits des femmes sont toujours des droits fragiles qui sont régulièrement remis en cause », a-t-elle argué, samedi 25 juin, sur France Inter, désignant au passage l’extrême droite, qui a fait une arrivée remarquée au Palais-Bourbon, comme une menace potentielle : « Je vois dans les nouveaux députés installés depuis cette semaine, notamment du RN, des députés qui sont des opposants farouches à l’accès des femmes à l’IVG. »
L’adage est connu : seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Reste que ce soudain retournement de veste a de quoi surprendre. Durant la dernière législature, l’idée de faire de l’IVG un droit fondamental est ainsi revenue à plusieurs reprises sur la table des discussions parlementaires. À chaque fois, elle fut balayée d’un revers de main par la majorité en place.
Ce fut le cas en 2018, d’abord, avec le vote de l’amendement de La France insoumise, rejeté en bloc par la plupart des députés de LREM. Puis en 2019, par la voix du sénateur socialiste Luc Carvounas, auteur d’une proposition de loi sur le même thème, déposée symboliquement le 1er juillet, jour de la Panthéonisation de Simone Veil.
Le texte, là encore soutenu par l’ensemble de la gauche, ne sera jamais mis à l’ordre du jour et finira dans un tiroir. « L’ambiance, c’était “circulez, y a rien à voir” », raconte Luc Carvounas, aujourd’hui maire d’Alfortville, qui rappelle pourtant le contexte de « trumpisme » triomphant de l’époque.
Avec un président américain qui fera des émules y compris de ce côté-ci de l’Atlantique, entre les restrictions drastiques de l’IVG en Pologne, et l’ouverture des vannes à un discours ultra-conservateur en France, à commencer par celui d’Éric Zemmour – qui n’a toutefois jamais défendu publiquement l’abrogation de la loi Veil.
De son côté, Emmanuel Macron, n’a eu de cesse de jouer double jeu : réclamant, d’un côté, l’inscription du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, se prononçant, de l’autre, contre l’allongement des délais légaux d’accès à l’IVG de douze à quatorze semaines – une proposition de loi qui sera finalement adoptée en février 2022.
C’est de la politique, tout est calculé. Ça étonne qui ?Ça sonne bien (la France bastion de liberté, bla blo blu), ça tombe à pic (ils vont arriver à avoir plus ou moins tout le monde derrière eux : même si dans ses rangs c’est la bronca, Le Pen fait de vagues bruits d’assentiment histoire de ne pas trop faire extrême), c’est une excellente savonnette pour les personnalités un peu entachées (kikoo Abad qui tweete à tour de bras depuis deux jours que oh là là, le droit des femmes c’est sacré), etc.
C’est juste de l’opportunisme, faut pas vraiment chercher plus loin.
Après il ne faut pas aussi oublier que pour changer la constitution il faut les 3/5eme du congrès et que le sénat est majoritairement à droite.
LERM devait s’allier avec la droite pour faire passer ce changement de constitution et je ne vois pas trop l’intérêt qu’aurait eu la droite là dedans.
Mais bon comme d’habitude l’opposition dépose des lois qui ne peuvent pas passer pour de plaindre qu’ils ne passent pas. C’est très classique.
Aujourd’hui avec ce qui se passe aux États-Unis ça change un peu la donne pour “forcer” la droite à voter l’inscription dans la constitution.
Pour le reste l’article de Mediapart est drôle. Il montre que c’est un calcul politique de la majorité sans mentionner qu’en 2018 c’était aussi un calcul politique de LFI.