>Athènes a accusé lundi 27 juin Ankara d’avoir tenté d’envoyer durant les trois derniers jours sur les îles grecques en mer Égée près de 1130 migrants au total dont les bateaux «ont été repérés et repoussés à temps par les autorités portuaires grecques». «Des passeurs turcs ont tenté de débarquer sur les îles grecques environ 1130 réfugiés les trois derniers jours», a indiqué Yannis Plakiotakis, ministre grec de la Marine marchande et de la Politique insulaire.
À noter : la Turquie a reçu – à nouveau – 3,5 milliards d’euros pour la gestion de l’accueil des réfugiés il y a quelques mois de l’Union Européenne.
Une fois tous les 2-3 mois, ils tentent de renvoyer des migrants du côté grec, histoire de rappeler à l’UE ce qui arriverait si l’argent ne coule pas régulièrement à flots.
C’est à moitié illégal, mais-en-même-temps-pas-vraiment.
Le principe de “non-refoulement”, qui a été posé en 1933, renforcé en 1951, 1957 (pour l’Europe) 1967 et 1984, dit qu’un Etat n’a pas le droit de renvoyer des demandeurs d’asile vers un pays où ils risquent de subir des persécutions ou des traitements inhumains.
Le problème, c’est qu’il y a plusieurs interprétations de ce principe (le droit international des réfugiés, c’est une foire à l’interprétation, c’est pire que le Coran putain) :
– Dans l’interprétation la plus large, tu ne peux pas empêcher des gens de venir demander l’asile et expliquer pourquoi ils risquent des persécutions dans leurs pays. Si tu détermines qu’ils ne risquent rien, tu peux les renvoyer sans enfreindre le non-refoulement.
– Dans l’interprétation la plus stricte, seuls les gens qui demandent l’asile sont protégés par le non-refoulement. Donc [si tu les bloques avant qu’ils arrivent chez toi pour demander l’asile, ils ne sont pas demandeurs d’asile](https://www.meme-arsenal.com/memes/c44af3a6186cd28a2725daf4ad1bf563.jpg) et pas sujets au non-refoulement.
Alors forcément, les pays en première ligne des flux migratoires ont vite compris quelle interprétation adopter. Même si ça n’empêche pas ces mêmes pays de faire du vrai bon gros refoulement bien illégal (Cf Salvini et les 93 renvois privatisés en 2018).
Sinon, sur un autre sujet, le business de la migration à Istanbul est extrêmement bien organisé : Tu as des agents de hawala (des *hawaladars*) dans quasiment tous les pays de départ, notamment l’Afghanistan, la Syrie, le Bangladesh et le Yémen. Au moment de partir, tu leurs déposes de l’argent, selon le forfait que tu prends : Entre 3000$ et 4000$ pour arriver à Istanbul, 7000$ pour “passer en Europe” (= arriver en Grèce ou en Bulgarie) et 10 000$ pour avoir la garantie d’atteindre le pays de ton choix.
Une fois que tu es passé, tu envoies un message à ton hawaladar au pays, qui notifie un hawaladar à Istanbul qui verse l’argent au passeur, et le récupère du hawaladar d’origine.
Les traversées en bateau vers la Grèce, les migrants les appellent des “games”. On leur demande parfois : “Vous avez dû faire combien de games avant de passer ?”
“Game” parce qu’on “joue” au chat et à la souris avec Frontex ou les polices des pays européens, et parce qu’on joue avec sa vie à risquer de finir noyé dans l’Egée ou la mer Noire.
Quand tu paies ton passeur, t’as un forfait “jusqu’à un pays”, mais t’as aussi le forfait “3 games inclus, supplément après”. Le prix d’un game hors-forfait est entre 700 et 1200$, je crois.
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>Athènes a accusé lundi 27 juin Ankara d’avoir tenté d’envoyer durant les trois derniers jours sur les îles grecques en mer Égée près de 1130 migrants au total dont les bateaux «ont été repérés et repoussés à temps par les autorités portuaires grecques». «Des passeurs turcs ont tenté de débarquer sur les îles grecques environ 1130 réfugiés les trois derniers jours», a indiqué Yannis Plakiotakis, ministre grec de la Marine marchande et de la Politique insulaire.
À noter : la Turquie a reçu – à nouveau – 3,5 milliards d’euros pour la gestion de l’accueil des réfugiés il y a quelques mois de l’Union Européenne.
Une fois tous les 2-3 mois, ils tentent de renvoyer des migrants du côté grec, histoire de rappeler à l’UE ce qui arriverait si l’argent ne coule pas régulièrement à flots.
C’est à moitié illégal, mais-en-même-temps-pas-vraiment.
Le principe de “non-refoulement”, qui a été posé en 1933, renforcé en 1951, 1957 (pour l’Europe) 1967 et 1984, dit qu’un Etat n’a pas le droit de renvoyer des demandeurs d’asile vers un pays où ils risquent de subir des persécutions ou des traitements inhumains.
Le problème, c’est qu’il y a plusieurs interprétations de ce principe (le droit international des réfugiés, c’est une foire à l’interprétation, c’est pire que le Coran putain) :
– Dans l’interprétation la plus large, tu ne peux pas empêcher des gens de venir demander l’asile et expliquer pourquoi ils risquent des persécutions dans leurs pays. Si tu détermines qu’ils ne risquent rien, tu peux les renvoyer sans enfreindre le non-refoulement.
– Dans l’interprétation la plus stricte, seuls les gens qui demandent l’asile sont protégés par le non-refoulement. Donc [si tu les bloques avant qu’ils arrivent chez toi pour demander l’asile, ils ne sont pas demandeurs d’asile](https://www.meme-arsenal.com/memes/c44af3a6186cd28a2725daf4ad1bf563.jpg) et pas sujets au non-refoulement.
Alors forcément, les pays en première ligne des flux migratoires ont vite compris quelle interprétation adopter. Même si ça n’empêche pas ces mêmes pays de faire du vrai bon gros refoulement bien illégal (Cf Salvini et les 93 renvois privatisés en 2018).
Sinon, sur un autre sujet, le business de la migration à Istanbul est extrêmement bien organisé : Tu as des agents de hawala (des *hawaladars*) dans quasiment tous les pays de départ, notamment l’Afghanistan, la Syrie, le Bangladesh et le Yémen. Au moment de partir, tu leurs déposes de l’argent, selon le forfait que tu prends : Entre 3000$ et 4000$ pour arriver à Istanbul, 7000$ pour “passer en Europe” (= arriver en Grèce ou en Bulgarie) et 10 000$ pour avoir la garantie d’atteindre le pays de ton choix.
Une fois que tu es passé, tu envoies un message à ton hawaladar au pays, qui notifie un hawaladar à Istanbul qui verse l’argent au passeur, et le récupère du hawaladar d’origine.
Les traversées en bateau vers la Grèce, les migrants les appellent des “games”. On leur demande parfois : “Vous avez dû faire combien de games avant de passer ?”
“Game” parce qu’on “joue” au chat et à la souris avec Frontex ou les polices des pays européens, et parce qu’on joue avec sa vie à risquer de finir noyé dans l’Egée ou la mer Noire.
Quand tu paies ton passeur, t’as un forfait “jusqu’à un pays”, mais t’as aussi le forfait “3 games inclus, supplément après”. Le prix d’un game hors-forfait est entre 700 et 1200$, je crois.