En Pologne, Roumanie et Hongrie, le parcours du combattant des Ukrainiennes pour accéder à une IVG

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  1. **En Pologne, Roumanie et Hongrie, le parcours du combattant des Ukrainiennes pour accéder à une IVG**

    **Comme aux États-Unis, l’accès à l’avortement est compliqué, voire interdit en Pologne, mais aussi en Roumanie et en Hongrie. Ces pays frontaliers de l’Ukraine hébergent plusieurs centaines de milliers de réfugiées de guerre ukrainiennes sur leur sol, qui n’ont parfois pas d’autre choix que d’avorter dans un autre pays.**

    Varsovie (Pologne), Bucarest (Roumanie).– « Souvent, les réfugiées ukrainiennes qui ont subi un viol et ont besoin d’une IVG se contentent de nous dire au téléphone : j’ai une grossesse non désirée. Quelqu’un m’a fait quelque chose, pouvez-vous m’aider ?… », explique Antonina Lewandowska, employée de Federa, la Fondation pour les femmes et le planning familial en Pologne.

    Cette militante pro-choix n’ose imaginer ce que ces femmes ont dû vivre en fuyant la guerre : subir un viol, possiblement perdre leurs proches et/ou tout ce qu’elles possédaient pour venir se réfugier dans un pays dont elles ignorent la langue… et dans lequel il est en réalité impossible d’accéder à une IVG pour viol.

    « L’avortement en cas de viol ou d’inceste est certes légal en Pologne mais il faut dénoncer le viol à la police et le procureur doit d’établir un document en attestant. Ensuite, il faut espérer que le médecin au sein de l’hôpital public n’activera pas sa clause de conscience. Et vous n’avez que 12 semaines : autant dire que pour les réfugiées ukrainiennes, c’est peine perdue ou presque », poursuit la vingtenaire.

    Et de fait, en Pologne, qui compte 38 millions d’habitant·es, seules quelques rares IVG ont lieu chaque année pour viol. Dans ce pays gouverné par les nationaux-conservateurs du parti Droit et justice (PiS) depuis 2015, l’IVG a été interdite en cas de graves malformations fœtales en 2021. Elle n’est depuis possible que lorsque la vie et la santé de la femme sont en danger ou si la grossesse résulte d’un viol – un accès qui, dans les deux cas, laisse à désirer, comme l’ont montré plusieurs décès tragiques de femmes à qui le corps médical a refusé une IVG.

    Les 3,5 millions de réfugié·es en provenance d’Ukraine qui ont transité par le pays (ils et elles sont 1,5 million à s’y être installé·es durablement) sont logé·es à la même enseigne que les Polonaises, qui, même en cas de viol, optent pour des avortements médicamenteux à domicile ou se rendent à l’étranger.

    Face à l’afflux de réfugiées ukrainiennes, Federa a recruté une gynécologue ukrainienne, elle-même exilée en Pologne, pour opérer une nouvelle ligne d’assistance. L’organisation a déjà permis à plusieurs Ukrainiennes d’invoquer une santé mentale dégradée, soit l’un des rares motifs permettant encore d’obtenir un avortement légal en Pologne, faisant intervenir l’avis de psychiatres.

    Federa n’est pas la seule : elle fait partie d’un vaste réseau de solidarité, déjà bien rodé en Pologne, facilitant l’accès à une IVG en toute sécurité. Avortement sans frontières, par exemple, une coalition regroupant six entités, est plus que jamais mobilisée. Elle compte un numéro SOS IVG en Pologne, qui permet d’orienter chacune selon ses besoins, et qui redirige souvent vers Women Help Women, une organisation enregistrée aux Pays-Bas, chargée de faire parvenir des moyens d’avortement médicamenteux (deux pilules) à domicile.

    « Avortement sans frontières a permis à 34 000 personnes en Pologne d’accéder à une IVG [entre octobre 2020 et octobre 2021 – ndlr] et nous allons aider beaucoup de femmes ukrainiennes, car malheureusement la Pologne ne fait rien quand il est question des droits reproductifs des femmes », témoigne Kinga Jelińska, à la tête de Women Help Women. « Le système est oppressif, mais il y a beaucoup d’innovations et des organisations très utiles », ajoute cette Polonaise installée aux Pays-Bas.

    Depuis le 24 février, Avortement sans frontières a déjà aidé près de 400 Ukrainiennes basées en Pologne à accéder à une IVG, dont plusieurs ont pu se rendre à l’étranger. Car au-delà de 12 semaines de grossesse, alors que les pilules abortives deviennent moins efficaces, c’est la seule option sans danger pour mettre fin à une grossesse non désirée.

  2. Pardonnez ma question ignorante mais, avant la guerre, était-il facile d’avoir une IVG en Ukraine?

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