**Loïk Le Priol et Romain Bouvier, en détention provisoire pour le meurtre en mars de l’ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburú, ont été condamnés mercredi à deux et trois ans de prison ferme pour avoir lynché un ancien responsable du GUD.**
Les deux militants d’extrême droite Loïk Le Priol et Romain Bouvier, en détention provisoire pour le meurtre en mars de l’ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburú, ont été condamnés mercredi, à Paris, à deux et trois ans de prison ferme pour avoir lynché en 2015 l’ancien responsable du GUD, un groupuscule d’extrême droite.
Leurs trois autres comparses ont été condamnés à des peines allant de deux ans avec sursis à cinq ans, dont deux ans ferme, le tribunal judiciaire de Paris retenant pour tous la circonstance aggravante de la préméditation.
**L’« altération du discernement » retenue pour Le Priol**
D’après l’AFP, les juges ont mis en regard les « motifs futiles » de cette « expédition punitive » avec la gravité des « violences physiques », de l’« humiliation » et les « répercussions considérables » dans la vie de la victime. Dans neuf vidéos publiées en 2016 par Mediapart que la justice a saisies, la victime avait en effet été filmée en train de subir des violences inouïes.
La peine, qui correspond aux réquisitions du parquet, prend toutefois en compte l’« altération du discernement » de Loïk Le Priol au moment des faits, reconnue par l’expertise psychiatrique, l’ex-commando marine ayant été rapatrié quelques mois plus tôt d’une mission dans les forces spéciales en raison d’un stress post-traumatique. Romain Bouvier, lui, décrit par la victime comme « un des plus violents », a écopé de la peine la plus lourde : cinq ans de prison dont trois ferme.
Leur condamnation est assortie d’une obligation de se soigner, de travailler et d’indemniser la victime pendant deux ans, ainsi que de l’interdiction de porter une arme pendant cinq ans.
***Nous republions ci-dessous le compte-rendu du procès du 1er juin dernier.***
Devant la 14e chambre du tribunal judiciaire de Paris, tous préviennent : il ne s’agira absolument pas de juger l’assassinat de Federico Aramburú, ce rugbyman argentin tué par balle le 19 mars dernier dans la capitale, et ses deux suspects principaux Loïk Le Priol et Romain Bouvier.
Ces deux figures de l’extrême droite sont réunies dans le box des prévenus, mercredi 1er juin, pour une autre affaire vieille de sept ans et révélée à l’époque par Mediapart. Avec eux, trois autres prévenus, Logan Djian, Kleber V. et Geoffrey L. comparaissent libres et doivent être jugés pour avoir passé à tabac en octobre 2015 Édouard Klein, l’ancien leader du Groupe union défense (GUD), un groupuscule d’extrême droite ultra-violent.
Les avocats de la défense ont bien tenté de demander le huis clos pour que la presse ne couvre pas le procès, mais la présidente rappelle « le principe fondamental » de la publicité des débats tout en promettant de « ne pas faire état de l’autre affaire ». Les cinq policiers cagoulés qui surveillent Loïk Le Priol et Romain Bouvier, la presse venue en nombre et les très nombreuses allusions des avocats de la défense eux-mêmes feront planer cette récente actualité pendant les dix heures qu’a duré l’audience.
La présidente du tribunal commence à prendre de longues minutes pour rappeler les faits de cette soirée du 8 octobre 2015 qui vaut aux cinq prévenus, âgés de 25 à 32 ans, d’être poursuivis pour « violences volontaires aggravées », « en réunion », « sous la menace d’une arme » et avec « préméditation ».
Elle commence par décrire les preuves de cette agression d’une violence inouïe : les neuf vidéos publiées en 2016 par Mediapart que la justice a saisies, mais qui ne seront pas toutes diffusées pour « préserver la dignité de la victime ». Sur ces huit minutes d’images, le jeune militant et ancien président du GUD, passé ensuite au FNJ, et absent à son procès, était violemment frappé, insulté, contraint de se déshabiller intégralement et de danser la Macarena.
Le menaçant d’un couteau sous la gorge, Loïk Le Priol, ancien militaire de la marine, radié depuis, lui avait lancé : « Tu sais que j’en ai buté plus d’un, des mecs, là-bas, tu le sais ? Le coupe-gorge, ça va très vite, tu le sais ? […] Lâche mon couteau, sinon je te plie la main. » Puis il l’avait menacé de publier la vidéo « sur YouTube, juste pour le plaisir, le jour où [il] parler[ait] ». La victime avait fini au sol, nue, en sang, et avait déposé plainte le lendemain.
Rapidement interpellés, les cinq prévenus reconnaîtront tous les faits en garde à vue. Mais deux éléments restent en suspens et apparaissent aujourd’hui comme les deux questions centrales : cette expédition punitive a-t-elle été préméditée et quel était son motif ?
**Minimisation et autoflagellation**
Sur les images qui montrent une victime dans un état second, les mêmes accusations reviennent en boucle entre chaque coup. Édouard Klein aurait « trop parlé ». « Tu vas payer pour tout ce que t’as dit », lui lance notamment Loïk Le Priol. « Maintenant, si ça t’a pas servi de leçon, on reviendra », prévient Logan Djian, le chef du GUD à l’époque, en lui assénant un coup de pied au visage et en le traitant de « petite salope ». Qu’a dit la victime qui finira avec 21 jours d’ITT et à qui ? La vidéo ne permettait pas de le dire. Ce procès non plus.
Loïk Le Priol, pantalon beige et petit pull clair, tête et voix basses, débute par des excuses pour la victime avant de tenter, pendant de longues minutes, de motiver son geste. « J’ai découvert que M. Klein, qui était un ami que j’avais toujours défendu, avait une version différente de certaines histoires qui avaient été portées à mes oreilles », explique-t-il. Selon lui, ces représailles s’expliqueraient pour trois raisons. Édouard Klein aurait frappé ses anciennes amies, Morgane C. et Diane S. Deux filles de deux figures de l’extrême droite.
Parce qu’il aurait menti et souhaité la mort d’une amie de Romain Bouvier. Et parce qu’il prenait de la drogue (cocaïne). Des comportements supposés « incompatibles » avec les valeurs défendues par le GUD. « J’étais choqué par ce comportement », ne cessera de répéter Loïk Le Priol qui, comme Romain Bouvier ou Logan Djian, jure que rien n’était prémédité. « Je voulais une simple confrontation, à un contre un comme au XIXe siècle, une sorte de combat codifié », témoigne-t-il. « Une justice privée ? », interroge la présidente. « Un duel pour laver l’affront et aller boire une bière après », corrige Le Priol : « Malheureusement, ça s’est pas du tout passé comme prévu, ça a dérapé. »
« Il parlait sur moi, faisait des choses à l’encontre de nos valeurs », embraye Logan Djian. « Je lui en voulais terriblement d’avoir frappé Morgane et d’avoir parlé de mon amie, blessée dans un grave accident, et d’avoir souhaité sa mort », poursuit Romain Bouvier. Les deux s’excusent aussi, nient toute préméditation, disent avoir radicalement changé et vouloir « tout assumer ».
Édouard Klein a-t-il été « puni » pour un comportement violent envers les femmes et pour son addiction à la cocaïne ? Sur les images, rien de tout cela n’est mentionné. Une vidéo, publiée par Mediapart et la seule diffusée à l’audience, rend aussi le tribunal sceptique sur l’absence de préméditation. Le groupe apparaît dans la rue et semble « répéter » la scène qui suivra. « Là, on arrive, donc là, grosse mise à l’amende, un peu comme j’avais fait… », dit celui qu’on croit être Logan Djian alors que la vidéo s’interrompt. De manière confuse, il prend ses distances avec lors de l’audience. Les avocats de la défense, eux, estiment que la vidéo n’étant pas horodatée, « rien ne prouve qu’elle a été prise juste avant l’agression ». Un axe de défense nouveau puisque aucun des prévenus n’avait contesté cette séquence devant la juge d’instruction.
Pendant les six premières heures de l’audience, tous les prévenus à l’exception de Geoffrey L., qui n’a pas pris part aux violences, ont fait profil bas. Tous n’ont cessé de s’excuser et de s’autoflageller. « Je me suis comporté d’une manière totalement indigne, sadique, et odieuse. J’ai honte de ce que j’ai fait », lâche Romain Bouvier, actuellement détenu à la prison de la Santé (Paris). « Je n’étais plus dans un raisonnement cartésien. J’avais de la haine et du dégoût, je vivais une grande période de désordre intérieur à cette époque », enchaîne celui qui était alors étudiant en droit à Assas. « Il y a eu un effet de groupe, l’alcoolémie et un effet tunnel », ajoute Loïk Le Priol, quand Logan Djian veut croire et faire croire qu’il était sans doute « jeune et bête ».
Le mec est d’ultra droite, son prénom est même pas français. Jpp 😂
C’est pas cher payé pour un meurtre.
Je n’aime pas la formulation du titre, “ancien du GUD”, comme si c’était un truc qu’on pouvais laisser derrière soit, un uniforme qu’on pouvais retirer. Je propose la solution Aldo Raine au problème.
Pendant une seconde j’ai cru que c’était pour le meurtre de Federico Martin Aramburu, mon sang n’a fait qu’un tour.
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**Loïk Le Priol et Romain Bouvier, en détention provisoire pour le meurtre en mars de l’ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburú, ont été condamnés mercredi à deux et trois ans de prison ferme pour avoir lynché un ancien responsable du GUD.**
Les deux militants d’extrême droite Loïk Le Priol et Romain Bouvier, en détention provisoire pour le meurtre en mars de l’ex-rugbyman argentin Federico Martin Aramburú, ont été condamnés mercredi, à Paris, à deux et trois ans de prison ferme pour avoir lynché en 2015 l’ancien responsable du GUD, un groupuscule d’extrême droite.
Leurs trois autres comparses ont été condamnés à des peines allant de deux ans avec sursis à cinq ans, dont deux ans ferme, le tribunal judiciaire de Paris retenant pour tous la circonstance aggravante de la préméditation.
**L’« altération du discernement » retenue pour Le Priol**
D’après l’AFP, les juges ont mis en regard les « motifs futiles » de cette « expédition punitive » avec la gravité des « violences physiques », de l’« humiliation » et les « répercussions considérables » dans la vie de la victime. Dans neuf vidéos publiées en 2016 par Mediapart que la justice a saisies, la victime avait en effet été filmée en train de subir des violences inouïes.
La peine, qui correspond aux réquisitions du parquet, prend toutefois en compte l’« altération du discernement » de Loïk Le Priol au moment des faits, reconnue par l’expertise psychiatrique, l’ex-commando marine ayant été rapatrié quelques mois plus tôt d’une mission dans les forces spéciales en raison d’un stress post-traumatique. Romain Bouvier, lui, décrit par la victime comme « un des plus violents », a écopé de la peine la plus lourde : cinq ans de prison dont trois ferme.
Leur condamnation est assortie d’une obligation de se soigner, de travailler et d’indemniser la victime pendant deux ans, ainsi que de l’interdiction de porter une arme pendant cinq ans.
***Nous republions ci-dessous le compte-rendu du procès du 1er juin dernier.***
Devant la 14e chambre du tribunal judiciaire de Paris, tous préviennent : il ne s’agira absolument pas de juger l’assassinat de Federico Aramburú, ce rugbyman argentin tué par balle le 19 mars dernier dans la capitale, et ses deux suspects principaux Loïk Le Priol et Romain Bouvier.
Ces deux figures de l’extrême droite sont réunies dans le box des prévenus, mercredi 1er juin, pour une autre affaire vieille de sept ans et révélée à l’époque par Mediapart. Avec eux, trois autres prévenus, Logan Djian, Kleber V. et Geoffrey L. comparaissent libres et doivent être jugés pour avoir passé à tabac en octobre 2015 Édouard Klein, l’ancien leader du Groupe union défense (GUD), un groupuscule d’extrême droite ultra-violent.
Les avocats de la défense ont bien tenté de demander le huis clos pour que la presse ne couvre pas le procès, mais la présidente rappelle « le principe fondamental » de la publicité des débats tout en promettant de « ne pas faire état de l’autre affaire ». Les cinq policiers cagoulés qui surveillent Loïk Le Priol et Romain Bouvier, la presse venue en nombre et les très nombreuses allusions des avocats de la défense eux-mêmes feront planer cette récente actualité pendant les dix heures qu’a duré l’audience.
La présidente du tribunal commence à prendre de longues minutes pour rappeler les faits de cette soirée du 8 octobre 2015 qui vaut aux cinq prévenus, âgés de 25 à 32 ans, d’être poursuivis pour « violences volontaires aggravées », « en réunion », « sous la menace d’une arme » et avec « préméditation ».
Elle commence par décrire les preuves de cette agression d’une violence inouïe : les neuf vidéos publiées en 2016 par Mediapart que la justice a saisies, mais qui ne seront pas toutes diffusées pour « préserver la dignité de la victime ». Sur ces huit minutes d’images, le jeune militant et ancien président du GUD, passé ensuite au FNJ, et absent à son procès, était violemment frappé, insulté, contraint de se déshabiller intégralement et de danser la Macarena.
Le menaçant d’un couteau sous la gorge, Loïk Le Priol, ancien militaire de la marine, radié depuis, lui avait lancé : « Tu sais que j’en ai buté plus d’un, des mecs, là-bas, tu le sais ? Le coupe-gorge, ça va très vite, tu le sais ? […] Lâche mon couteau, sinon je te plie la main. » Puis il l’avait menacé de publier la vidéo « sur YouTube, juste pour le plaisir, le jour où [il] parler[ait] ». La victime avait fini au sol, nue, en sang, et avait déposé plainte le lendemain.
Rapidement interpellés, les cinq prévenus reconnaîtront tous les faits en garde à vue. Mais deux éléments restent en suspens et apparaissent aujourd’hui comme les deux questions centrales : cette expédition punitive a-t-elle été préméditée et quel était son motif ?
**Minimisation et autoflagellation**
Sur les images qui montrent une victime dans un état second, les mêmes accusations reviennent en boucle entre chaque coup. Édouard Klein aurait « trop parlé ». « Tu vas payer pour tout ce que t’as dit », lui lance notamment Loïk Le Priol. « Maintenant, si ça t’a pas servi de leçon, on reviendra », prévient Logan Djian, le chef du GUD à l’époque, en lui assénant un coup de pied au visage et en le traitant de « petite salope ». Qu’a dit la victime qui finira avec 21 jours d’ITT et à qui ? La vidéo ne permettait pas de le dire. Ce procès non plus.
Loïk Le Priol, pantalon beige et petit pull clair, tête et voix basses, débute par des excuses pour la victime avant de tenter, pendant de longues minutes, de motiver son geste. « J’ai découvert que M. Klein, qui était un ami que j’avais toujours défendu, avait une version différente de certaines histoires qui avaient été portées à mes oreilles », explique-t-il. Selon lui, ces représailles s’expliqueraient pour trois raisons. Édouard Klein aurait frappé ses anciennes amies, Morgane C. et Diane S. Deux filles de deux figures de l’extrême droite.
Parce qu’il aurait menti et souhaité la mort d’une amie de Romain Bouvier. Et parce qu’il prenait de la drogue (cocaïne). Des comportements supposés « incompatibles » avec les valeurs défendues par le GUD. « J’étais choqué par ce comportement », ne cessera de répéter Loïk Le Priol qui, comme Romain Bouvier ou Logan Djian, jure que rien n’était prémédité. « Je voulais une simple confrontation, à un contre un comme au XIXe siècle, une sorte de combat codifié », témoigne-t-il. « Une justice privée ? », interroge la présidente. « Un duel pour laver l’affront et aller boire une bière après », corrige Le Priol : « Malheureusement, ça s’est pas du tout passé comme prévu, ça a dérapé. »
« Il parlait sur moi, faisait des choses à l’encontre de nos valeurs », embraye Logan Djian. « Je lui en voulais terriblement d’avoir frappé Morgane et d’avoir parlé de mon amie, blessée dans un grave accident, et d’avoir souhaité sa mort », poursuit Romain Bouvier. Les deux s’excusent aussi, nient toute préméditation, disent avoir radicalement changé et vouloir « tout assumer ».
Édouard Klein a-t-il été « puni » pour un comportement violent envers les femmes et pour son addiction à la cocaïne ? Sur les images, rien de tout cela n’est mentionné. Une vidéo, publiée par Mediapart et la seule diffusée à l’audience, rend aussi le tribunal sceptique sur l’absence de préméditation. Le groupe apparaît dans la rue et semble « répéter » la scène qui suivra. « Là, on arrive, donc là, grosse mise à l’amende, un peu comme j’avais fait… », dit celui qu’on croit être Logan Djian alors que la vidéo s’interrompt. De manière confuse, il prend ses distances avec lors de l’audience. Les avocats de la défense, eux, estiment que la vidéo n’étant pas horodatée, « rien ne prouve qu’elle a été prise juste avant l’agression ». Un axe de défense nouveau puisque aucun des prévenus n’avait contesté cette séquence devant la juge d’instruction.
Pendant les six premières heures de l’audience, tous les prévenus à l’exception de Geoffrey L., qui n’a pas pris part aux violences, ont fait profil bas. Tous n’ont cessé de s’excuser et de s’autoflageller. « Je me suis comporté d’une manière totalement indigne, sadique, et odieuse. J’ai honte de ce que j’ai fait », lâche Romain Bouvier, actuellement détenu à la prison de la Santé (Paris). « Je n’étais plus dans un raisonnement cartésien. J’avais de la haine et du dégoût, je vivais une grande période de désordre intérieur à cette époque », enchaîne celui qui était alors étudiant en droit à Assas. « Il y a eu un effet de groupe, l’alcoolémie et un effet tunnel », ajoute Loïk Le Priol, quand Logan Djian veut croire et faire croire qu’il était sans doute « jeune et bête ».
Le mec est d’ultra droite, son prénom est même pas français. Jpp 😂
C’est pas cher payé pour un meurtre.
Je n’aime pas la formulation du titre, “ancien du GUD”, comme si c’était un truc qu’on pouvais laisser derrière soit, un uniforme qu’on pouvais retirer. Je propose la solution Aldo Raine au problème.
Pendant une seconde j’ai cru que c’était pour le meurtre de Federico Martin Aramburu, mon sang n’a fait qu’un tour.
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