Parité, équilibre politique, « cas » Abad… Macron et Borne face au casse-tête du remaniement

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  1. Inflation, Covid-19, hôpitaux… Alors que les dossiers brûlants s’accumulent, l’exécutif tarde à remanier l’équipe gouvernementale après sa déconvenue aux élections législatives. Sa réponse pourrait intervenir lundi ou mardi.

    Par Alexandre Lemarié
    Publié aujourd’hui à 03h49, mis à jour à 12h46
    Temps deLecture 6 min.

    Le changement, c’est (encore) maintenant. Moins d’un mois et demi après l’annonce d’un premier gouvernement, l’équipe mise en place le 20 mai doit déjà être remaniée.

    Alors qu’à l’époque, Emmanuel Macron avait tardé à officialiser la nomination de sa première ministre, Elisabeth Borne, et à dévoiler la liste des vingt-trois ministres et quatre secrétaires d’Etat, le président de la République doit revoir le casting. Un sujet qui a été au cœur des échanges entre les deux têtes de l’exécutif, vendredi 1er juillet, afin que Mme Borne fasse un compte rendu de ses échanges avec les chefs de file de l’opposition ces derniers jours, et présente au chef de l’Etat des propositions sur « la composition d’un nouveau gouvernement d’action ». Quitte à donner l’impression d’être embourbé dans des questions de ressources humaines, alors que les dossiers chauds (inflation, Covid-19, hôpitaux) se multiplient ?

    « Il est urgent d’agir », a reconnu le locataire de l’Elysée, le 30 juin, en marge du sommet de l’OTAN, à Madrid. « Il est normal que l’action prenne en compte des choix de nos compatriotes et qu’elle se fasse en bon ordre », a-t-il poursuivi. Comprendre : l’exécutif doit tenir compte de la déconvenue enregistrée aux élections législatives et des nouveaux équilibres à l’Assemblée nationale, où la première ministre, sous pression, doit prononcer sa déclaration de politique générale mercredi 6 juillet.

    Avant ce discours très attendu, le remaniement devrait intervenir « en toute cohérence » lundi ou mardi, selon la porte-parole du gouvernement, Olivia Grégoire. L’annonce pourrait intervenir dès lundi matin, selon une source au sommet de l’Etat. « Ce sera dans les prochaines heures », a indiqué la cheffe de file des députés macronistes, Aurore Bergé, dimanche matin, sur RTL. Ce remaniement vise d’abord à remplacer les trois ministres qui se sont inclinés aux législatives : Amélie de Montchalin à la transition écologique et à la cohésion des territoires, Brigitte Bourguignon à la santé, et Justine Benin, secrétaire d’Etat à la mer. Toutes doivent quitter leurs fonctions, en conformité avec la règle selon laquelle un membre du gouvernement battu aux législatives ne peut se maintenir à son poste. A celles-ci s’ajoute la ministre des outre-mer, Yaël Braun-Pivet, élue à la présidence de l’Assemblée nationale, mardi.

    La parité, « un gros sujet »
    Outre ces changements « obligatoires », une dizaine de ministres délégués et de secrétaires d’Etat doit être nommée pour occuper des portefeuilles non pourvus lors de la première vague. Cela concerne notamment le logement, les transports, la biodiversité ou la ruralité… Avec des renforts notamment attendus à Bercy pour le numérique, la souveraineté industrielle ou le tourisme. De vingt-sept membres, le gouvernement va donc passer à un effectif bien plus conséquent. Avec un casse-tête : comment respecter la parité, alors que les quatre ministres en partance sont des femmes ? Un défi considéré comme « un gros sujet à gérer » au sein de la majorité. Car dans les noms qui circulent pour prendre leur place, on retrouve essentiellement… des hommes.

    Pour le ministère de la santé, le profil cité avec le plus d’insistance reste celui de Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau, qui préside la Fédération hospitalière de France (FHF) depuis 2011. Elu député de Seine-et-Marne aux législatives sous les couleurs d’Horizons, le parti d’Edouard Philippe, M. Valletoux est « clairement » le favori, selon un responsable macroniste, pour prendre la suite de Brigitte Bourguignon sur ce secteur, qui fait partie des « urgences » du gouvernement, à la veille d’un été redouté dans les hôpitaux en raison du manque de personnel.

    D’autres noms sont également cités, comme ceux du député Les Républicains (LR) des Hauts-de-Seine Philippe Juvin et du président (LR) de région Jean Rottner. Ou encore celui du maire (Horizons) de Reims (Marne), Arnaud Robinet. S’il se dit « pleinement mobilisé » au service de sa ville et dans son mandat de vice-président de la région Grand Est, ce dernier ne dirait pas non. « Les enjeux de santé publique, compte tenu de mon parcours professionnel et de mes responsabilités au sein de la FHF, m’ont toujours passionné et je considère qu’il y a beaucoup à faire dans ce domaine », confie M. Robinet.

    Yannick Jadot, une potentielle « grosse prise »
    A la transition écologique, deux scénarios sont évoqués : soit confier à l’actuelle ministre Agnès Pannier-Runacher le portefeuille de sa collègue démissionnaire, ce qui la verrait cumuler la transition énergétique et écologique. Soit convaincre une figure de la lutte contre le réchauffement climatique de rejoindre le gouvernement.

    Les macronistes rêvent de parvenir à attirer le candidat écologiste à la présidentielle, Yannick Jadot, considéré comme une potentielle « grosse prise », susceptible de crédibiliser l’ambition du chef de l’Etat dans ce domaine. La volonté de séduire le député européen ne date pas d’aujourd’hui : depuis le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, en septembre 2018, les stratèges de la majorité citent son nom à chaque remaniement. En vain.

    Sauf qu’aujourd’hui, le contexte est jugé plus favorable par le camp présidentiel, qui estime M. Jadot en voie de marginalisation dans son propre parti, depuis le rapprochement d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avec La France insoumise (LFI). « Veut-il rester sur la touche pendant cinq ans ? C’est la question qu’il doit se poser », fait mine de s’interroger un responsable macroniste, en soulignant que M. Jadot n’est « pas si éloigné » de la majorité sur les sujets de l’Europe, de la laïcité ou de l’économie de marché.

    Ses récents propos, lorsqu’il a dit « ne fermer la porte à rien », en réponse à une éventuelle participation à un gouvernement de coalition, ont été remarqués par les soutiens du chef de l’Etat. Son entourage estime que les appels du pied des macronistes n’ont « rien de nouveau », en soulignant que « la nouveauté » serait que le gouvernement « fasse davantage de choses pour l’écologie ».

    Autre casse-tête à trancher : le maintien – ou non – de Damien Abad comme ministre des solidarités, alors que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour tentative de viol après la plainte d’une femme le visant pour des faits qui se seraient déroulés en 2010.

    Si Elisabeth Borne souhaite profiter du remaniement pour se séparer de celui qu’elle considère en privé comme « un boulet », reste à voir si M. Macron sera sur la même ligne, lui qui s’est toujours refusé à limoger un membre du gouvernement mis en cause mais pas condamné en justice. Visée par trois plaintes, dont deux pour viol, la secrétaire d’Etat chargée du développement et de la francophonie, Chrysoula Zacharopoulou, pourrait également faire les frais du changement de casting.

    « On a zéro cible à prendre à droite »
    L’exécutif devra également veiller au dosage politique, afin de servir ses deux alliés du MoDem et d’Horizons, qui s’estiment pour l’instant sous-représentés au gouvernement. Le parti centriste et celui de M. Philippe n’ayant pour l’instant qu’un seul représentant au gouvernement, de nouveaux profils issus de leurs rangs devraient être promus.

    Alors que François Bayrou a multiplié les critiques contre le gouvernement ces derniers jours, afin de montrer son pouvoir de nuisance et sa volonté d’être mieux traité, les noms de plusieurs élus MoDem – à l’instar de l’ex-secrétaire d’Etat Sarah El Haïry ou du député des Yvelines Jean-Noël Barrot – circulent pour entrer au gouvernement. De même du côté d’Horizons, avec notamment ceux de M. Valletoux et M. Robinet.

    Alors que M. Macron a exclu la possibilité de nouer un accord avec le Rassemblement national (RN) et LFI, reste enfin à voir si des personnalités « d’ouverture » feront leur entrée au gouvernement, en échange de l’appui de leurs troupes à l’Assemblée nationale pour permettre au camp présidentiel d’atteindre la majorité absolue. Dans son entretien à l’Agence France-Presse (AFP), le 25 juin, le chef de l’Etat avait évoqué un nouveau gouvernement pouvant comprendre des alliés « qui s’engageraient dans la durée au côté de la majorité présidentielle ».

    Si les macronistes espéraient un accord avec LR, ils ont finalement déchanté depuis les propos de leur président de groupe à l’Assemblée nationale, Olivier Marleix, excluant toute coalition. « On a zéro cible à prendre à droite. Cela ne marche plus », se lamente un responsable de la majorité. Mais l’exécutif ne désespère pas de parvenir à attirer de nouveaux talents. Les noms des élues LR Catherine Vautrin ou Christelle Morançais sont cités comme de possibles entrantes. « Le message des Français, c’est “travailler tous ensemble”, donc il faut tous venir à la table commune », souligne l’Elysée.

    Avec la volonté que la nouvelle équipe soit au complet lors du conseil des ministres qui doit avoir lieu la semaine prochaine, pour que le quinquennat reprenne sa marche en avant, avec l’examen prévu des textes sur le pouvoir d’achat et le contexte sanitaire en juillet, afin de faire face à l’inflation et à la recrudescence de l’épidémie de Covid-19. Et, qu’enfin, M. Macron puisse mettre un terme à l’impression de flottement et de surplace qui subsiste depuis sa réélection.

    Alexandre Lemarié

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