A mon avis, Macron a définitivement fait une croix sur les DOM-TOM. Il sait qu’il pourra rien faire pour récupérer les voix d’outre-mer.
>**Les Outre-mer chez Darmanin à l’Intérieur: «Ça confirme le mépris que nous dénonçons depuis des années»**
>Karine Lebon, députée de la Réunion (Nupes), dénonce la bascule des Outre-mer sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, une première depuis 2012.
>Cela faisait dix ans. Dix ans que des gouvernements Ayrault à Borne, en passant par Valls, Cazeneuve ou Philippe, les Outre-mer bénéficiaient d’un ministre de plein exercice. Depuis ce lundi et le remaniement tant attendu post-législatives, ce n’est plus le cas : les territoires ultramarins basculent sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Jean-François Carenco, ancien préfet et président depuis 2017 de la Commission de régulation de l’énergie, devient donc ministre délégué en charge des Outre-mer auprès de Gérald Darmanin, dont le portefeuille est élargi.
>Pour Karine Lebon, députée de la Réunion siégeant à l’Assemblée au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (Nupes), cette décision est un «recul historique» symbole du «mépris» d’Emmanuel Macron pour les Outre-mer.
>**Le ministère des Outre-mer passe sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Qu’en pensez-vous ?**
>Depuis 2012, les Outre-mer bénéficiaient de ministères de plein exercice. Là, on revient à une situation que nous n’avons plus connue depuis Nicolas Sarkozy, avec un patronage du ministère de l’Intérieur. C’est évidemment, pour nous, un recul historique. Ça ne fait que confirmer une forme de mépris que nous dénonçons depuis des années, avec une approche sécuritaire de nos problèmes, loin des enjeux sociaux, économiques et institutionnels qui sont minorés.
>Il y a dans nos territoires une urgence sociale décuplée par rapport à l’Hexagone, avec un taux de pauvreté et de chômage bien plus élevé. Les Réunionnais, pour parler du territoire que je connais le mieux, attendent beaucoup de ce quinquennat en termes de pouvoir d’achat. Notre insularité nous cause des problèmes d’isolement et d’éloignement, on dépend beaucoup de la politique extérieure et des importations alors que le coût du fret augmente et se répercute sur le consommateur. On a besoin de solutions. Et tout ce qui compte pour le gouvernement c’est que nos territoires restent calmes. On nous demande de nous tenir à carreau.
>**Avant cela, Yaël Braun-Pivet s’était vite désintéressée de son ministère pour briguer la présidence de l’Assemblée…**
>36 jours. Elle est restée en poste uniquement 36 jours. On avait bien compris, dès sa nomination, que les Outre-mer étaient pour elle un lot de consolation alors qu’elle rêvait du perchoir, quand bien même elle disait dans les médias avoir obtenu «le plus beau portefeuille qui soit». Evidemment, en 36 jours elle n’a pas particulièrement brillé par ses actions en faveur des Ultramarins. Et en plus, ce poste lui a servi de marchepied pour servir ses ambitions personnelles. C’était très difficile pour nous de voir une ministre qui ne s’intéressait absolument pas à nos territoires. On a vécu ça, une fois de plus, comme une marque de mépris. On a l’impression que pour ce gouvernement, aucun Ultramarin n’est digne d’occuper ce poste.
>**Un Ultramarin ministre des Outre-mer aurait donc été pour vous préférable ?**
>On dit souvent qu’on est différents, que les Outre-mer sont unies dans la diversité. Nous sommes effectivement très différents, mais nous avons aussi des réalités communes. Entre Ultramarins, on se comprend, mais on a l’impression que le gouvernement ne nous comprend pas. Ça pose un vrai problème car, ministre après ministre, tous brillent par leur manque de connaissances sur les Outre-mer, avec une déconnexion de la réalité. Ils peuvent apprendre des choses sur des dossiers mais ils ne sentent pas la réalité du terrain qui, elle, ne s’apprend pas. Si encore des Ultramarins avaient été nommés à des postes importants, qui correspondent à des problématiques qui nous concernent au quotidien, comme le logement par exemple, on pourrait se sentir considérés et écoutés. Mais ce n’est même pas le cas. On a le sentiment d’être tout simplement ignorés.
>«Vous acceptez ce qui est décidé depuis l’Hexagone ou on envoie des forces pour rétablir l’ordre.»
>**Jean-François Carenco, le nouveau ministre délégué des Outre-mer, a malgré tout été préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon (1996-1997) et de Guadeloupe (1999-2002).**
>Oui, on peut dire qu’il connaît déjà un peu nos territoires, c’est une petite progression. Mais ça reste un profil techno. J’aurais préféré quelqu’un qui est resté en lien avec les Outre-mer ces vingt dernières années, car quand même, en deux décennies, nos territoires ont évolué. Et un Ultramarin aurait été bien plus apprécié par la population ultramarine de manière générale.
>**En plus d’un ministre de plein exercice issu des Outre-mer, qu’est-ce que le gouvernement pourrait faire pour améliorer la relation avec les territoires ultramarins ?**
>En 2018, la crise des gilets jaunes avait été très forte à la Réunion, l’île était complètement paralysée pendant deux à trois semaines. Annick Girardin, qui était ministre à l’époque, était venue en urgence. Elle n’avait pas apporté de solutions incroyables, mais elle nous avait écoutés. C’est quelque chose que nous n’avons plus eu depuis. Pendant la crise sanitaire, aucune communication n’était réellement engagée. Quand Olivier Véran et Sébastien Lecornu s’étaient rendus aux Antilles, ils avaient tout de suite brandi la menace de l’indépendance et de l’autonomie.
>Cette approche sécuritaire, sans dialogue, se confirme avec la délégation des Outre-mer au ministère de l’Intérieur : «Vous acceptez ce qui est décidé depuis l’Hexagone ou on envoie des forces pour rétablir l’ordre.» On ne veut pas entendre les spécificités de nos territoires, on ne veut pas écouter les Ultramarins. Il faut commencer par écouter, même s’il n’y a probablement pas de solution miracle pour améliorer tous nos problèmes. Ecouter la population permettrait de mettre fin au mépris et de rétablir un dialogue. Et ce dialogue doit se faire sans menace derrière, pas comme ça a été le cas pendant la crise sanitaire, sinon ce n’est plus un dialogue mais un chantage.
Macron aurait très bien pu les rattacher à la Cohésion des Territoires, mais non, il fallait absolument confirmer la peur latente des DOM-TOM : l’Etat ne considère leurs problèmes et revendications que sous un angle policier/répressif.
Une opposante critique le gouvernement, rien de nouveau sous le soleil
Je suis guadeloupéen et aujourd’hui je ne me sens pas français
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A mon avis, Macron a définitivement fait une croix sur les DOM-TOM. Il sait qu’il pourra rien faire pour récupérer les voix d’outre-mer.
>**Les Outre-mer chez Darmanin à l’Intérieur: «Ça confirme le mépris que nous dénonçons depuis des années»**
>Karine Lebon, députée de la Réunion (Nupes), dénonce la bascule des Outre-mer sous la tutelle du ministère de l’Intérieur, une première depuis 2012.
>Cela faisait dix ans. Dix ans que des gouvernements Ayrault à Borne, en passant par Valls, Cazeneuve ou Philippe, les Outre-mer bénéficiaient d’un ministre de plein exercice. Depuis ce lundi et le remaniement tant attendu post-législatives, ce n’est plus le cas : les territoires ultramarins basculent sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Jean-François Carenco, ancien préfet et président depuis 2017 de la Commission de régulation de l’énergie, devient donc ministre délégué en charge des Outre-mer auprès de Gérald Darmanin, dont le portefeuille est élargi.
>Pour Karine Lebon, députée de la Réunion siégeant à l’Assemblée au sein du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (Nupes), cette décision est un «recul historique» symbole du «mépris» d’Emmanuel Macron pour les Outre-mer.
>**Le ministère des Outre-mer passe sous la tutelle du ministère de l’Intérieur. Qu’en pensez-vous ?**
>Depuis 2012, les Outre-mer bénéficiaient de ministères de plein exercice. Là, on revient à une situation que nous n’avons plus connue depuis Nicolas Sarkozy, avec un patronage du ministère de l’Intérieur. C’est évidemment, pour nous, un recul historique. Ça ne fait que confirmer une forme de mépris que nous dénonçons depuis des années, avec une approche sécuritaire de nos problèmes, loin des enjeux sociaux, économiques et institutionnels qui sont minorés.
>Il y a dans nos territoires une urgence sociale décuplée par rapport à l’Hexagone, avec un taux de pauvreté et de chômage bien plus élevé. Les Réunionnais, pour parler du territoire que je connais le mieux, attendent beaucoup de ce quinquennat en termes de pouvoir d’achat. Notre insularité nous cause des problèmes d’isolement et d’éloignement, on dépend beaucoup de la politique extérieure et des importations alors que le coût du fret augmente et se répercute sur le consommateur. On a besoin de solutions. Et tout ce qui compte pour le gouvernement c’est que nos territoires restent calmes. On nous demande de nous tenir à carreau.
>**Avant cela, Yaël Braun-Pivet s’était vite désintéressée de son ministère pour briguer la présidence de l’Assemblée…**
>36 jours. Elle est restée en poste uniquement 36 jours. On avait bien compris, dès sa nomination, que les Outre-mer étaient pour elle un lot de consolation alors qu’elle rêvait du perchoir, quand bien même elle disait dans les médias avoir obtenu «le plus beau portefeuille qui soit». Evidemment, en 36 jours elle n’a pas particulièrement brillé par ses actions en faveur des Ultramarins. Et en plus, ce poste lui a servi de marchepied pour servir ses ambitions personnelles. C’était très difficile pour nous de voir une ministre qui ne s’intéressait absolument pas à nos territoires. On a vécu ça, une fois de plus, comme une marque de mépris. On a l’impression que pour ce gouvernement, aucun Ultramarin n’est digne d’occuper ce poste.
>**Un Ultramarin ministre des Outre-mer aurait donc été pour vous préférable ?**
>On dit souvent qu’on est différents, que les Outre-mer sont unies dans la diversité. Nous sommes effectivement très différents, mais nous avons aussi des réalités communes. Entre Ultramarins, on se comprend, mais on a l’impression que le gouvernement ne nous comprend pas. Ça pose un vrai problème car, ministre après ministre, tous brillent par leur manque de connaissances sur les Outre-mer, avec une déconnexion de la réalité. Ils peuvent apprendre des choses sur des dossiers mais ils ne sentent pas la réalité du terrain qui, elle, ne s’apprend pas. Si encore des Ultramarins avaient été nommés à des postes importants, qui correspondent à des problématiques qui nous concernent au quotidien, comme le logement par exemple, on pourrait se sentir considérés et écoutés. Mais ce n’est même pas le cas. On a le sentiment d’être tout simplement ignorés.
>«Vous acceptez ce qui est décidé depuis l’Hexagone ou on envoie des forces pour rétablir l’ordre.»
>**Jean-François Carenco, le nouveau ministre délégué des Outre-mer, a malgré tout été préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon (1996-1997) et de Guadeloupe (1999-2002).**
>Oui, on peut dire qu’il connaît déjà un peu nos territoires, c’est une petite progression. Mais ça reste un profil techno. J’aurais préféré quelqu’un qui est resté en lien avec les Outre-mer ces vingt dernières années, car quand même, en deux décennies, nos territoires ont évolué. Et un Ultramarin aurait été bien plus apprécié par la population ultramarine de manière générale.
>**En plus d’un ministre de plein exercice issu des Outre-mer, qu’est-ce que le gouvernement pourrait faire pour améliorer la relation avec les territoires ultramarins ?**
>En 2018, la crise des gilets jaunes avait été très forte à la Réunion, l’île était complètement paralysée pendant deux à trois semaines. Annick Girardin, qui était ministre à l’époque, était venue en urgence. Elle n’avait pas apporté de solutions incroyables, mais elle nous avait écoutés. C’est quelque chose que nous n’avons plus eu depuis. Pendant la crise sanitaire, aucune communication n’était réellement engagée. Quand Olivier Véran et Sébastien Lecornu s’étaient rendus aux Antilles, ils avaient tout de suite brandi la menace de l’indépendance et de l’autonomie.
>Cette approche sécuritaire, sans dialogue, se confirme avec la délégation des Outre-mer au ministère de l’Intérieur : «Vous acceptez ce qui est décidé depuis l’Hexagone ou on envoie des forces pour rétablir l’ordre.» On ne veut pas entendre les spécificités de nos territoires, on ne veut pas écouter les Ultramarins. Il faut commencer par écouter, même s’il n’y a probablement pas de solution miracle pour améliorer tous nos problèmes. Ecouter la population permettrait de mettre fin au mépris et de rétablir un dialogue. Et ce dialogue doit se faire sans menace derrière, pas comme ça a été le cas pendant la crise sanitaire, sinon ce n’est plus un dialogue mais un chantage.
Macron aurait très bien pu les rattacher à la Cohésion des Territoires, mais non, il fallait absolument confirmer la peur latente des DOM-TOM : l’Etat ne considère leurs problèmes et revendications que sous un angle policier/répressif.
Une opposante critique le gouvernement, rien de nouveau sous le soleil
Je suis guadeloupéen et aujourd’hui je ne me sens pas français