**Maltraitances en crèche : le bras de fer d’une lanceuse d’alerte avec la Ville de Paris**
**Eugénie a récemment raconté à un juge d’instruction le « harcèlement moral » qu’elle estime avoir subi, pendant des années, quand elle était directrice de crèche municipale et qu’elle rapportait, auprès de sa hiérarchie, des négligences ou maltraitances subies par les tout-petits.**
Depuis la mort d’un bébé intoxiqué dans une crèche privée le 22 juin, des voix s’élèvent pour dénoncer les conditions de travail dans certains établissements, aboutissant parfois à l’irréparable. Et Eugénie* n’est quant à elle pas mécontente que les langues se délient enfin : à 38 ans, cette Francilienne se vit comme une lanceuse d’alerte ayant tenté, depuis plusieurs années, de briser le tabou des maltraitances en crèche.
En arrêt maladie depuis plus de huit mois, cette infirmière puéricultrice de formation, ancienne directrice de crèche publique, vit un bras de fer sans fin avec la mairie de Paris. Après le dépôt d’une plainte contre X pour « harcèlement moral », classée sans suite en avril dernier, Eugénie s’est depuis constituée partie civile et a été récemment entendue par un juge d’instruction parisien.
Son combat est le produit d’une histoire qui commence en 2016. Nommée directrice d’une crèche collective municipale du XVe arrondissement de Paris, elle constate dès son arrivée de nombreux dysfonctionnements : absence d’un projet d’établissement, manquements en matière d’hygiène et de sécurité, mauvaises conditions d’accueil des enfants handicapés, vols de nourriture destinée aux enfants, pratiques inadaptées du personnel.
Elle tente d’y mettre un terme à l’aide de formations, de rappels des obligations professionnelles et de rapports disciplinaires à sa hiérarchie. À l’époque, des parents constatent quelques améliorations. Voyant, en parallèle, la situation s’envenimer avec son équipe, Eugénie demande à plusieurs reprises un entretien avec sa hiérarchie – demande restée sans réponse.
Ces alertes étaient loin d’être isolées. Ces derniers mois, Mediapart a rencontré ou interrogé plusieurs parents et agent·es qui racontent des humiliations et violences exercées, au sein de cette crèche, entre 2016 et 2018.
Ainsi, Sophie* se souvient encore de l’odeur d’excrément, des cris et de la brutalité. De 2016 à 2017, les auxiliaires de puériculture qui s’occupent de son fils prennent pour habitude de le surnommer « voyou » et de lui mettre du scotch sur la bouche lorsqu’il n’est pas sage, affirme Sophie. Voire de le priver de nourriture au motif, par exemple, qu’il n’aurait « pas voulu mettre son bavoir tout seul ». Son âge ? À peine un an. Cette jeune mère culpabilise d’abord, avant de découvrir que son enfant n’est pas seul dans cette situation.
Au printemps, face aux grèves répétitives des agent·es, c’en est trop pour les parents. À l’initiative de Virginie*, ils se rencontrent et partagent leur expérience. Encore des sanglots dans la voix cinq ans après, la mère de famille confie son désarroi de l’époque face à « l’absence de réponse de la part de la mairie de Paris » et de sa direction des familles et de la petite enfance (DFPE), qu’elle alerte dès avril 2017 des « problématiques de dossiers de malveillance / maltraitance au sein de la crèche », et du « non-remplacement du personnel ». Elle décide vite de retirer son enfant pour l’inscrire dans une structure privée.
À l’été 2017, c’est au tour de Sophie d’envoyer un courriel long de trois pages à la cheffe du pôle Famille-petite enfance de la mairie de Paris. « Les enfants sont couverts de bleus, de blessures, morsures, [ont des] dents cassées […]. De nombreux parents s’en plaignent. » Elle y décrit cette scène aussi : « J’ai une fois vu une professionnelle prendre la température d’une petite fille de façon très brutale, lui écartant les jambes de force pour lui introduire le thermomètre dans l’anus, sans douceur, alors que la petite fille hurlait et se débattait. » Si Sophie n’a pas alerté plus tôt, c’est aussi que certains parents craignaient « que leurs enfants puissent devenir une cible ».
Quelques jours plus tard, elle est reçue à la direction des familles et de la petite enfance, qui consigne son témoignage. Mais, interrogé aujourd’hui sur les suites données à cette rencontre, le service communication de la Ville de Paris ne répond pas, se contentant de rappeler la procédure en cas d’alerte : les faits sont remontés au sein d’une cellule spécifique qui « procède en fonction de la situation à un signalement […] au procureur ».
>Elle tente d’y mettre un terme à l’aide de formations, de rappels des obligations professionnelles et de rapports disciplinaires à sa hiérarchie.
Ce sont là les seuls moyens dont elle disposait en tant que directrice? Les sanctions disciplinaires ne peuvent provenir que de la hiérarchie?
mediapart ne le précise pas, sans doute par soucis de concision, mais l’enfant mort a été intoxiqué par un produit semblable au destop. pas de la nourriture mal préparée, pas de la peinture au plomb de locaux vétustes, non. Du destop, qui lui a été administré volontairement par un membre du personnel.
Juste une question : ils recrutent comment les puéricultrices ? Je suis curieux là…
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**Maltraitances en crèche : le bras de fer d’une lanceuse d’alerte avec la Ville de Paris**
**Eugénie a récemment raconté à un juge d’instruction le « harcèlement moral » qu’elle estime avoir subi, pendant des années, quand elle était directrice de crèche municipale et qu’elle rapportait, auprès de sa hiérarchie, des négligences ou maltraitances subies par les tout-petits.**
Depuis la mort d’un bébé intoxiqué dans une crèche privée le 22 juin, des voix s’élèvent pour dénoncer les conditions de travail dans certains établissements, aboutissant parfois à l’irréparable. Et Eugénie* n’est quant à elle pas mécontente que les langues se délient enfin : à 38 ans, cette Francilienne se vit comme une lanceuse d’alerte ayant tenté, depuis plusieurs années, de briser le tabou des maltraitances en crèche.
En arrêt maladie depuis plus de huit mois, cette infirmière puéricultrice de formation, ancienne directrice de crèche publique, vit un bras de fer sans fin avec la mairie de Paris. Après le dépôt d’une plainte contre X pour « harcèlement moral », classée sans suite en avril dernier, Eugénie s’est depuis constituée partie civile et a été récemment entendue par un juge d’instruction parisien.
Son combat est le produit d’une histoire qui commence en 2016. Nommée directrice d’une crèche collective municipale du XVe arrondissement de Paris, elle constate dès son arrivée de nombreux dysfonctionnements : absence d’un projet d’établissement, manquements en matière d’hygiène et de sécurité, mauvaises conditions d’accueil des enfants handicapés, vols de nourriture destinée aux enfants, pratiques inadaptées du personnel.
Elle tente d’y mettre un terme à l’aide de formations, de rappels des obligations professionnelles et de rapports disciplinaires à sa hiérarchie. À l’époque, des parents constatent quelques améliorations. Voyant, en parallèle, la situation s’envenimer avec son équipe, Eugénie demande à plusieurs reprises un entretien avec sa hiérarchie – demande restée sans réponse.
Ces alertes étaient loin d’être isolées. Ces derniers mois, Mediapart a rencontré ou interrogé plusieurs parents et agent·es qui racontent des humiliations et violences exercées, au sein de cette crèche, entre 2016 et 2018.
Ainsi, Sophie* se souvient encore de l’odeur d’excrément, des cris et de la brutalité. De 2016 à 2017, les auxiliaires de puériculture qui s’occupent de son fils prennent pour habitude de le surnommer « voyou » et de lui mettre du scotch sur la bouche lorsqu’il n’est pas sage, affirme Sophie. Voire de le priver de nourriture au motif, par exemple, qu’il n’aurait « pas voulu mettre son bavoir tout seul ». Son âge ? À peine un an. Cette jeune mère culpabilise d’abord, avant de découvrir que son enfant n’est pas seul dans cette situation.
Au printemps, face aux grèves répétitives des agent·es, c’en est trop pour les parents. À l’initiative de Virginie*, ils se rencontrent et partagent leur expérience. Encore des sanglots dans la voix cinq ans après, la mère de famille confie son désarroi de l’époque face à « l’absence de réponse de la part de la mairie de Paris » et de sa direction des familles et de la petite enfance (DFPE), qu’elle alerte dès avril 2017 des « problématiques de dossiers de malveillance / maltraitance au sein de la crèche », et du « non-remplacement du personnel ». Elle décide vite de retirer son enfant pour l’inscrire dans une structure privée.
À l’été 2017, c’est au tour de Sophie d’envoyer un courriel long de trois pages à la cheffe du pôle Famille-petite enfance de la mairie de Paris. « Les enfants sont couverts de bleus, de blessures, morsures, [ont des] dents cassées […]. De nombreux parents s’en plaignent. » Elle y décrit cette scène aussi : « J’ai une fois vu une professionnelle prendre la température d’une petite fille de façon très brutale, lui écartant les jambes de force pour lui introduire le thermomètre dans l’anus, sans douceur, alors que la petite fille hurlait et se débattait. » Si Sophie n’a pas alerté plus tôt, c’est aussi que certains parents craignaient « que leurs enfants puissent devenir une cible ».
Quelques jours plus tard, elle est reçue à la direction des familles et de la petite enfance, qui consigne son témoignage. Mais, interrogé aujourd’hui sur les suites données à cette rencontre, le service communication de la Ville de Paris ne répond pas, se contentant de rappeler la procédure en cas d’alerte : les faits sont remontés au sein d’une cellule spécifique qui « procède en fonction de la situation à un signalement […] au procureur ».
>Elle tente d’y mettre un terme à l’aide de formations, de rappels des obligations professionnelles et de rapports disciplinaires à sa hiérarchie.
Ce sont là les seuls moyens dont elle disposait en tant que directrice? Les sanctions disciplinaires ne peuvent provenir que de la hiérarchie?
mediapart ne le précise pas, sans doute par soucis de concision, mais l’enfant mort a été intoxiqué par un produit semblable au destop. pas de la nourriture mal préparée, pas de la peinture au plomb de locaux vétustes, non. Du destop, qui lui a été administré volontairement par un membre du personnel.
Juste une question : ils recrutent comment les puéricultrices ? Je suis curieux là…
Je pose la question, quand même : à quel moment des choses pareilles ça ne finit pas en drame ? Ici malheureusement un enfant en a été victime. Mais admettons des parents apprennent un traitement pareil de leur enfant, ils n’imaginent pas que certains pourraient ne pas se contenter d’une petite lettre de plaintes mais directement s’occuper de la puéricultrice façon *Walker Texas Ranger* ? heureusement en France nous avons la **Justice ™ ©** qui fait bien son travail.