Motion de censure ou non : à l’Assemblée nationale, les oppositions prennent position

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  1. Après quelques frictions internes, la Nupes a annoncé le dépôt d’une motion de censure, mercredi, avant le discours de politique générale d’Elisabeth Borne. La droite et l’extrême droite, soucieuses d’apparaître « constructives », ne la voteront pas.

    Par Julie Carriat, Mariama Darame et Jérémie Lamothe
    Publié aujourd’hui à 05h37, mis à jour à 10h40
    Temps deLecture 4 min.

    Jean-Luc Mélenchon a commencé tôt sa journée, mardi 5 juillet. Le matin, l’ancien député « insoumis » des Bouches-du-Rhône est passé rue de l’Université, à Paris. Dans les bâtiments de l’Assemblée nationale, l’intergroupe de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) discutait du sujet du jour : la motion de censure annoncée la veille par La France insoumise (LFI) pour désavouer le gouvernement d’Elisabeth Borne.

    Le chef de file des « insoumis » ne s’en est pas mêlé. Pas directement, du moins. En revanche, il est venu parmi les siens, une demi-heure plus tard, pour un point de situation, un rappel presque. « On est l’opposition. L’opposition existe en s’opposant », a-t-il lancé devant les députés LFI. Pas question, donc, de rater l’occasion offerte par le discours de politique générale d’Elisabeth Borne ni de laisser passer le refus de la première ministre de solliciter la confiance des députés.

    Dès la veille et l’annonce du nouveau gouvernement, la volonté des « insoumis » de porter une motion de censure était claire. Avec 75 députés, ils pouvaient la déposer seuls, le nombre de signature nécessaire étant fixé à 58 élus. « Mme Borne, on ne maltraite pas la démocratie impunément. Nous vous ferons donc venir de force devant le Parlement. Dès ce mercredi, nous déposerons une motion de censure », avait lancé Mathilde Panot, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, lundi après-midi. Les autres partenaires de la Nupes étaient restés silencieux pour la plupart. D’autres, à l’instar de la députée socialiste Valérie Rabault, avaient marqué leur différence – « Je n’y suis pas favorable, avait dit l’élue du Tarn-et-Garonne sur LCP. Les motions de censure, quand elles ne sont pas votées, de facto, donnent la légitimité au gouvernement en place. »

    Eviter l’image d’une opposition systématique
    Toute la journée, mardi, les députés communistes, socialistes et écologistes ont temporisé. D’un côté, afin d’amender la motion de censure pour qu’elle soit compatible, aussi, avec leur positionnement politique, de l’autre, pour afficher la concorde et minimiser les désaccords. A la fin de la réunion du groupe de la gauche démocrate et républicaine (GDR), le député de Seine-Maritime Sébastien Jumel (Parti communiste français) annonce ainsi qu’il est « fort probable » que son groupe signe cette motion. Et d’ajouter : « On va attendre vraisemblablement que la première ministre parle. » C’est l’un des enjeux de la discussion, pour les socialistes aussi. Attendre la fin du discours de politique générale pour déposer la motion, c’est éviter l’image d’une opposition systématique, estiment-ils.

    Ecologistes et socialistes regrettent à mi-mot que LFI ait encore pris les devants dans cette séquence. Comme quand Jean-Luc Mélenchon avait proposé au pied levé de rassembler la Nupes dans un groupe unique. Devant la presse, le député de l’Essonne Jérôme Guedj (Parti socialiste, PS) le concède : « LFI a peut-être gardé les pratiques qui étaient celles de la période précédente où il s’agissait d’une autre situation… On peut appeler cela du rodage, et ça peut clasher, mais chacun doit un peu se sublimer. » Au sein du groupe socialiste, un vote est organisé, et la majorité se prononce pour le dépôt d’une motion. Dans les allers et retours entre les représentants des groupes, les « insoumis » font valoir leur position. Pour le député des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard (LFI), « cette motion questionne la légitimité démocratique de ce gouvernement qui refuse de se soumettre au vote du Parlement, pas le contenu de l’intervention d’Elisabeth Borne ».

    Le groupe LFI finit par l’emporter : le texte rebaptisé « motion de défiance » sera déposé mercredi 6 juillet, à 14 h 30, juste avant le discours de politique générale, annonce Mathilde Panot. Les représentants de la Nupes s’affichent unis. Des divergences des socialistes, il reste des nuances : « Cette motion ne présume pas du travail parlementaire », assure le président de leur groupe au Palais-Bourbon, Boris Vallaud. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure abonde : « Cela ne veut pas dire que nous voulons bloquer le Parlement. » Côté écologiste, Sandrine Rousseau dément l’idée d’une opposition systématique : « C’est le piège que nous tend Emmanuel Macron pour pouvoir dire que nous sommes la force de blocage du pays. »

    Indifférence de la coalition gouvernementale
    En face, c’est exactement ainsi que la droite et l’extrême droite dépeignent la Nupes. Toutes deux ont fait savoir qu’elles ne voteraient pas la motion. Il est « évident » que les députés du groupe Les Républicains (LR) auraient voté contre Elisabeth Borne si elle avait sollicité la confiance, assure le député de l’Aisne Julien Dive (LR). Pour autant, il s’opposera à la motion de censure. « Il faut se démarquer des oppositions de blocage », explique-t-il, se plaçant dans « une opposition de proposition ».

    Le Rassemblement national (RN), très occupé par son institutionnalisation, n’entend pas non plus s’opposer frontalement. S’il reconnaît qu’il aurait préféré « par égard pour le Parlement » qu’Elisabeth Borne se soumette à un vote de confiance, le vice-président de l’Assemblée, Sébastien Chenu (RN), l’a fait savoir mardi : le RN « n’est, au jour d’aujourd’hui, pas déterminé à voter la motion ». Depuis les législatives, le parti d’extrême droite entend se poser « en opposition déterminée mais constructive », selon les mots du député du Nord. « A chaque fois que nous nous opposerons, nous proposerons. L’urgence, ce n’est pas de renverser le gouvernement ou de bordéliser l’Assemblée nationale. L’urgence, c’est le pouvoir d’achat », a-t-il insisté devant les journalistes.

    Les macronistes, quant à eux, estiment échapper au pire en évitant l’échec d’un vote de confiance pour une motion de censure qui n’a que peu de chances d’aboutir. Pour eux, qui espèrent encore faire adopter un premier texte sur le pouvoir d’achat, il serait calamiteux d’acter leur état de majorité relative. Dans cette stratégie plus ou moins assumée, il s’agit de laisser les oppositions s’entredéchirer, afin de mieux occuper la place des « raisonnables » favorables au « compromis ».

    Mardi, la coalition gouvernementale accueillait presque avec indifférence la motion de censure de la Nupes. « LFI, son seul objectif c’est de mettre le feu au pays, à partir de là, elle va tout faire pour être en opposition frontale avec le président de la République », fustige le député de Moselle Ludovic Mendes (Renaissance).

    Les élus de la majorité ont longtemps prophétisé que les « insoumis » seraient seuls à signer la motion, ils regrettaient mardi que les socialistes et les écologistes s’y soient joints. Dans cette « partie de ping-pong entre l’extrême droite et l’extrême gauche » pour le rôle de premier opposant, le RN sortira gagnant, estime d’ailleurs M. Mendes. « LFI n’y gagnera rien, nous non plus, mais le RN oui. En termes de visibilité, en termes de positionnement, ils sont plus calmes, plus posés, ils ne sont pas dans le combat permanent et ils la jouent intelligemment. »

    Julie Carriat, Mariama Darame et Jérémie Lamothe

  2. Mouais, pas fan d’un dépôt de la motion avant qu’elle ait fait son discours. Ils auraient pu attendre l’inévitable prochain fiasco ou scandale et voilà

  3. Cette motion de censure c’est surtout pour tirer de nouveau la couverture sur eux en mode “vous voyez bien que LR/RN/Ensemble sont de mèche” vu que les signataires probables ne semblent pas dépasser la NUPES.

    Et comme avec eux, LFI en tête, il n’y a jamais de défaite sauf pour “le bloc bourgeois” même s’ils se prennent un mur eux-aussi, l’avenir de cette législature promet.

    Et je sens venir de là un bordel comparable dans 5 ans (voire moins?) si on fini avec un RN encore plus fort, avec une gauche qui continuera de beugler que “caylafotamacron” sans même se regarder dans une glace.

    Une belle brochette de guignols pour nous “diriger” et après, ça joue les étonnés sur le désamour des français pour la politique… Déprimant vous avez dit?

  4. Je trouve ça assez idiot : le seul résultat va être une légitimation de Borne. S’ils savent déjà que la motion va échouer, ça me semblerait plus profitable pour eux de s’abstenir.

  5. Rhalala.

    On parle de cette motion de censure comme un déni de démocratie. Comme une arme nucléaire qui heureusement est mis en minorité. Comme quelque chose d’exceptionnelle utilisée par les plus fous de la république…

    Alors qu’il y a eu 58 motions sous la 5ième : [https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/decouvrir-l-assemblee/motions-de-censure-depuis-1958](https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/decouvrir-l-assemblee/motions-de-censure-depuis-1958)

    Genre, c’est plutôt le fonctionnement normal de l’assemblée en vérité où l’opposition… **roulement de tambour** s’oppose. Incroyable. Du jamais vu en démocratie.

  6. Entendu ce matin aux infos :

    LFI a posé la motion pour montrer qu’ils étaient la seule vraie opposition, mais le PS et EELV se plaignaient en coulisses que ça avait été décidé coté LFI et qu’ils avaient du suivre.

    Certains aux PS pensaient que ça leur ferait démarrer la mandature sur un échec et une victoire de LREM. Cette dernière pourraient même présenter ca comme un vote de confiance pour Borne.

  7. Je rêve du jour où les politiques travailleront ensemble pour analyser, comprendre, et réaliser ce dont la France a envie et besoin

    Ce jour où ils passeront leur temps à réfléchir à améliorer leurs propositions au lieu de se tacler juste parce-qu’ils ont pas la même couleur de siège

    Que ça tourne en débats houleux, pourquoi pas, quand c’est des sujets compliqués c’est normal j’imagine. Par contre les actions et phrases de type « On est l’opposition. L’opposition existe en s’opposant », là non mais merde quoi

  8. Motion de censure avant la moindre mesure gouvernementale. J’ai du mal à comprendre le pourquoi.

  9. Quelqu’un peut m’expliquer comme si j’avais 5 ans c’est quoi une motion de censure ?

  10. > c’est l’un des enjeux de la discussion, pour les socialistes aussi. Attendre la fin du discours de politique générale pour déposer la motion, c’est éviter l’image d’une opposition systématique, estiment-ils.

    > Sandrine Rousseau dément l’idée d’une opposition systématique : « c’est le piège que nous tend Emmanuel Macron pour pouvoir dire que nous sommes la force de blocage du pays. »

    J’ai l’impression qu’on me prend pour un con. Tout ce que ça va leur rapporter c’est de mettre en évidence leur minorité absolue.

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