**Après neuf jours de températures anormalement élevées, l’Archipel est confronté à des pluies torrentielles.**
A peine sorti d’une vague de chaleur jamais observée depuis cent cinquante ans et d’une période de mousson écourtée, le Japon subit des pluies torrentielles. « Soyez prudents face aux risques de crues et de glissements de terrain. Méfiez-vous des fortes rafales de vent, de la foudre et des tornades », a averti, mercredi 6 juillet, l’agence de météorologie (JMA). L’alerte concerne l’est et le nord du pays. La région de Tokyo devait faire face à 180 millimètres de précipitations en vingt-quatre heures.
La veille, la JMA avait émis un message similaire pour d’autres régions : 200 mm de pluies sont tombés par exemple sur l’île d’Hachijojima, dans le sud de l’Archipel. Même les régions du nord, plus tempérées, ont subi de fortes pluies. Le tout alors que la tempête tropicale Aere provoque vents forts et pluies violentes le long de la côte pacifique, en direction du Nord-Est.
Ces perturbations suivent neuf jours de températures anormalement élevées sur l’ensemble de l’Archipel. Trente-cinq des 47 départements du Japon ont connu des niveaux record de chaleur. Isesaki, dans le département de Gunma (centre), a subi 40 degrés le 29 juin. Quatre jours plus tôt, la ville avait enregistré 40,2 degrés. Tokyo a souffert avec six journées de suite à plus de 35 degrés. Jamais, depuis le début en 1875 de l’enregistrement de ces données, le Japon n’avait connu de telles températures en cette période de l’année.
**Risque de pénurie d’électricité**
Le mois de juin est traditionnellement celui de la saison des pluies. Cette année, elle s’est terminée le 27 dans la région de Tokyo, avec vingt-deux jours d’avance par rapport aux normales saisonnières. Elle a aussi provoqué des précipitations inférieures aux années précédentes. La chaleur a eu des conséquences sanitaires. Selon l’Agence de gestion des catastrophes, le nombre de personnes hospitalisées pour des coups de chaleur a dépassé les 20 000, là aussi un record pour le mois de juin. Une cinquantaine de patients sont décédés.
Le gouvernement de Fumio Kishida a dû gérer par ailleurs un risque de pénurie d’électricité. Pour la première fois, il a appelé les entreprises et les particuliers à réduire leur consommation d’énergie de 15 heures à 18 heures. Il a annoncé le 1er juillet la distribution de « points » d’une valeur de 2 000 yens (14 euros) aux ménages participant à un « programme d’économie d’énergie » à l’échelle nationale, utilisables tels des bons d’achat. Il a même recommandé de ne plus porter le masque en extérieur ou pendant des périodes d’exercice physique. La plupart des Japonais continuent de le porter, dans la rue comme au bureau.
La canicule affecte également les réserves en eau à travers le pays. Le niveau du barrage de Sameura, dans le département de Kochi (ouest), ne dépassait pas fin juin 34,9 % de sa capacité, moins de la moitié de son niveau habituel à cette période de l’année.
D’après la JMA, le temps exceptionnellement chaud découle de la superposition sur l’Archipel de deux systèmes de hautes pressions. L’un émanait du Pacifique. L’autre était une extension vers l’est du système tibétain. Evoluant à des altitudes différentes, ils ont fini par se chevaucher. Un front puissant et stable s’est mis en place, empêchant la formation du moindre nuage.
Une autre cause de la vague de chaleur qui frappe l’Archipel est le phénomène La Niña, actif depuis l’automne 2021. Cet épisode se traduit par « des températures inférieures à la normale à la surface de l’océan, dans le Pacifique au niveau équatorial, entre la ligne de changement de date et la côte de l’Amérique latine. Au Japon, ce phénomène donne des étés plus chauds et des hivers plus froids », explique la JMA.
**Superposition de hautes pressions**
Takeshi Doi, spécialiste de la dynamique du climat à l’Agence japonaise des sciences et technologies marines et terrestres, ajoute à cela l’influence d’une phase négative du « dipôle de l’océan Indien » (DOI), c’est-à-dire une température supérieure à la normale à l’est de l’océan Indien et inférieure à l’ouest. Cette phase a été observée en juin. Le DOI, phénomène d’interaction entre l’océan et l’atmosphère, reste mal connu, car les études le concernant n’ont commencé qu’en 1985. Il aurait « une influence moindre que La Niña au Japon, mais la JMA estime qu’il joue un rôle non négligeable », précise le professeur Doi.
Les fortes chaleurs ne sont pas rares sur le territoire nippon, mais surviennent généralement en juillet et en août. Une telle superposition de hautes pressions a déjà été observée en juillet 2018 et en août 2020. Weathernews, société spécialisée dans l’information météorologique, attend des chaleurs étouffantes tout au long de l’été, avec, fin juillet et fin août, des vagues similaires à celle de juin.
Tout cela interroge sur l’impact du dérèglement climatique dans l’Archipel. Kazuhisa Tsuboki, professeur de météorologie à l’université de Nagoya, observe que l’actuel front pluvieux se situe plus au nord que d’habitude. Le chercheur va même jusqu’à avancer que « le temps de l’absence de saison des pluies à Hokkaido touche à sa fin ». La grande île se caractérisait jusque-là par un climat doux l’été et très froid l’hiver.
Ces analyses rejoignent les observations de la Société américaine de météorologie. Selon une étude de 2019 de cette institution, les typhons, fréquents au Japon, ont tendance à se former plus au nord qu’avant. Les auteurs constataient une « migration vers le pôle de la latitude de l’intensité maximum [des typhons] dans le nord-ouest du Pacifique », ce qui pourrait « influencer l’exposition aux dangers causés par les typhons ». Les régions jusque-là moins exposées, tels le centre, le nord et le nord-est du Japon, devraient l’être davantage. Le puissant typhon Hagibis d’octobre 2019 en fut un exemple. Il ravagea le centre et le nord-est de l’Archipel.
​
**Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance) Publié aujourd’hui à 10h43**
1 comment
**Après neuf jours de températures anormalement élevées, l’Archipel est confronté à des pluies torrentielles.**
A peine sorti d’une vague de chaleur jamais observée depuis cent cinquante ans et d’une période de mousson écourtée, le Japon subit des pluies torrentielles. « Soyez prudents face aux risques de crues et de glissements de terrain. Méfiez-vous des fortes rafales de vent, de la foudre et des tornades », a averti, mercredi 6 juillet, l’agence de météorologie (JMA). L’alerte concerne l’est et le nord du pays. La région de Tokyo devait faire face à 180 millimètres de précipitations en vingt-quatre heures.
La veille, la JMA avait émis un message similaire pour d’autres régions : 200 mm de pluies sont tombés par exemple sur l’île d’Hachijojima, dans le sud de l’Archipel. Même les régions du nord, plus tempérées, ont subi de fortes pluies. Le tout alors que la tempête tropicale Aere provoque vents forts et pluies violentes le long de la côte pacifique, en direction du Nord-Est.
Ces perturbations suivent neuf jours de températures anormalement élevées sur l’ensemble de l’Archipel. Trente-cinq des 47 départements du Japon ont connu des niveaux record de chaleur. Isesaki, dans le département de Gunma (centre), a subi 40 degrés le 29 juin. Quatre jours plus tôt, la ville avait enregistré 40,2 degrés. Tokyo a souffert avec six journées de suite à plus de 35 degrés. Jamais, depuis le début en 1875 de l’enregistrement de ces données, le Japon n’avait connu de telles températures en cette période de l’année.
**Risque de pénurie d’électricité**
Le mois de juin est traditionnellement celui de la saison des pluies. Cette année, elle s’est terminée le 27 dans la région de Tokyo, avec vingt-deux jours d’avance par rapport aux normales saisonnières. Elle a aussi provoqué des précipitations inférieures aux années précédentes. La chaleur a eu des conséquences sanitaires. Selon l’Agence de gestion des catastrophes, le nombre de personnes hospitalisées pour des coups de chaleur a dépassé les 20 000, là aussi un record pour le mois de juin. Une cinquantaine de patients sont décédés.
Le gouvernement de Fumio Kishida a dû gérer par ailleurs un risque de pénurie d’électricité. Pour la première fois, il a appelé les entreprises et les particuliers à réduire leur consommation d’énergie de 15 heures à 18 heures. Il a annoncé le 1er juillet la distribution de « points » d’une valeur de 2 000 yens (14 euros) aux ménages participant à un « programme d’économie d’énergie » à l’échelle nationale, utilisables tels des bons d’achat. Il a même recommandé de ne plus porter le masque en extérieur ou pendant des périodes d’exercice physique. La plupart des Japonais continuent de le porter, dans la rue comme au bureau.
La canicule affecte également les réserves en eau à travers le pays. Le niveau du barrage de Sameura, dans le département de Kochi (ouest), ne dépassait pas fin juin 34,9 % de sa capacité, moins de la moitié de son niveau habituel à cette période de l’année.
D’après la JMA, le temps exceptionnellement chaud découle de la superposition sur l’Archipel de deux systèmes de hautes pressions. L’un émanait du Pacifique. L’autre était une extension vers l’est du système tibétain. Evoluant à des altitudes différentes, ils ont fini par se chevaucher. Un front puissant et stable s’est mis en place, empêchant la formation du moindre nuage.
Une autre cause de la vague de chaleur qui frappe l’Archipel est le phénomène La Niña, actif depuis l’automne 2021. Cet épisode se traduit par « des températures inférieures à la normale à la surface de l’océan, dans le Pacifique au niveau équatorial, entre la ligne de changement de date et la côte de l’Amérique latine. Au Japon, ce phénomène donne des étés plus chauds et des hivers plus froids », explique la JMA.
**Superposition de hautes pressions**
Takeshi Doi, spécialiste de la dynamique du climat à l’Agence japonaise des sciences et technologies marines et terrestres, ajoute à cela l’influence d’une phase négative du « dipôle de l’océan Indien » (DOI), c’est-à-dire une température supérieure à la normale à l’est de l’océan Indien et inférieure à l’ouest. Cette phase a été observée en juin. Le DOI, phénomène d’interaction entre l’océan et l’atmosphère, reste mal connu, car les études le concernant n’ont commencé qu’en 1985. Il aurait « une influence moindre que La Niña au Japon, mais la JMA estime qu’il joue un rôle non négligeable », précise le professeur Doi.
Les fortes chaleurs ne sont pas rares sur le territoire nippon, mais surviennent généralement en juillet et en août. Une telle superposition de hautes pressions a déjà été observée en juillet 2018 et en août 2020. Weathernews, société spécialisée dans l’information météorologique, attend des chaleurs étouffantes tout au long de l’été, avec, fin juillet et fin août, des vagues similaires à celle de juin.
Tout cela interroge sur l’impact du dérèglement climatique dans l’Archipel. Kazuhisa Tsuboki, professeur de météorologie à l’université de Nagoya, observe que l’actuel front pluvieux se situe plus au nord que d’habitude. Le chercheur va même jusqu’à avancer que « le temps de l’absence de saison des pluies à Hokkaido touche à sa fin ». La grande île se caractérisait jusque-là par un climat doux l’été et très froid l’hiver.
Ces analyses rejoignent les observations de la Société américaine de météorologie. Selon une étude de 2019 de cette institution, les typhons, fréquents au Japon, ont tendance à se former plus au nord qu’avant. Les auteurs constataient une « migration vers le pôle de la latitude de l’intensité maximum [des typhons] dans le nord-ouest du Pacifique », ce qui pourrait « influencer l’exposition aux dangers causés par les typhons ». Les régions jusque-là moins exposées, tels le centre, le nord et le nord-est du Japon, devraient l’être davantage. Le puissant typhon Hagibis d’octobre 2019 en fut un exemple. Il ravagea le centre et le nord-est de l’Archipel.
​
**Par Philippe Mesmer (Tokyo, correspondance) Publié aujourd’hui à 10h43**