PA7, l’influenceur qui a détourné des millions d’«aides Covid», condamné à 7 ans de prison

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  1. RÉCIT – L’influenceur de 24 ans avait profité du «quoi qu’il en coûte» pour s’offrir une vie d’instagrammeur à Dubaï.

    Les dernières photos de PA7 sur Instagram le montrent souriant près d’une piscine fluorescente, ou tenant dans ses bras un dauphin, le visage rougi par le soleil. Les clichés ont été pris à Dubaï. Derniers vestiges d’une vie dispendieuse que le jeune homme a pu s’offrir, l’espace de quelques mois. «Le savoir coûte plus cher que l’argent», indique la légende de son profil sur le réseau social, suivie de «(En prison actuellement)», émoji chaînes.

    PA7, de son vrai nom Paul Antony, a connu l’ascension brutale et la chute, dans une affaire qui mêle détournement de fonds publics et escroquerie de l’État français. Car durant des mois, «l’influenceur» aux quelque 11.000 abonnés sur Instagram a instrumentalisé les «aides Covid» mises en place par l’État pour financer sa vie fantasmée de jeune fortune. A l’issue de quasiment une semaine de procès en juin, Paul Antony a été condamné ce mercredi à Paris à sept ans d’emprisonnement et 80.000 euros d’amende.

    Nous sommes en mars 2020, aux premières semaines de la crise sanitaire en France et du confinement quand le gouvernement annonce sa stratégie pour éviter le vacillement de l’économie : celle du «quoi qu’il en coûte», avec des aides massives aux entreprises touchées par la crise, par le biais d’un «fonds de solidarité». Dans l’urgence de la situation, l’État rend ces aides faciles d’accès, avec mesures de contrôles minimales. Paul Antony entrevoit la brèche. «J’ai un plan la famille c’est une dinguerie, réservé que pour l’élite de ma clientèle !!!! jusqu’à 300 000 euros en 27j», s’enthousiasme-t-il sur WhatsApp.

    Rêve dubaïote

    La stratégie de Paul Antony est simple : persuader ses followers qui ont un statut d’autoentrepreneur de le mettre à jour afin de faire croire qu’ils travaillent dans un secteur frappé par la crise sanitaire, et donc éligible aux aides. Les réponses qu’il reçoit dans la foulée sont au-delà des espérances. Selon les chiffres établis par l’enquête de l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF), 657 personnes auraient reçu par ce biais des versements de la part de l’État. Mais PA7 n’ébruite pas son filon gratuitement : à chaque dossier – frauduleux – d’aide ouvert, il aurait, selon l’accusation, encaissé une commission égale à 30 à 50% du montant total. Au total, le tribunal a estimé qu’il était lié à près de 700 demandes frauduleuses, pour 33,8 millions d’euros réclamés et 7,5 millions effectivement versés entre mars 2020 et juillet 2021. Soit, avec une commission d’environ 40%, plus de 3 millions d’euros pour «PA7», a précisé la présidente Isabelle Prévost-Desprez.

    Les attentes de PA7 sont allées croissant avec son niveau de vie. Dans un premier temps, abreuvé de commissions, il prend ses habitudes dans le sud-est de la France, à Cannes ou Monte-Carlo, où on l’aperçoit dans les boîtes de nuit et les hôtels de luxe. Puis PA7 décide de pousser un cran plus loin son fantasme d’influenceur, et prend un avion pour Dubaï. Le voilà dans les pas des stars de la téléréalité et des footballeurs, au volant de Ferrari de location, montre clinquante au poignet. Il dédie également trois stories à une soirée passée au restaurant de «Salt Bae», chef turc transformé en célébrité mondiale en raison de sa manière de saler la viande. PA7 se fait servir dans l’adresse dubaïote du chef sa célèbre côte de bœuf recouverte de feuilles d’or, déjà vue sur la table de Franck Ribéry, servie pour 1200 euros.

    «Bande très désorganisée»

    Le rêve dubaïote prend fin avec l’arrestation sur place de Paul Antony, qui y sera détenu pendant plusieurs semaines avant d’être transféré vers la France, grâce à un billet d’avion payé par sa mère. Celle-ci l’élevait seul depuis le départ de son père, lorsque Paul Antony avait treize ans. Le désormais fraudeur a quitté l’émirat avec une fortune bien amoindrie, et en laissant derrière lui son téléphone, soucieux de ne pas entraîner d’autres personnes dans sa chute. Cela n’a pas empêché les enquêteurs d’identifier des complices, dont plusieurs ont comparu simultanément.

    «Le trouble à l’ordre public, économique et social est extrêmement grave s’agissant de cette délinquance opportuniste (consistant) à piller les fonds publics par pur esprit de lucre», a déclaré la présidente du tribunal en rendant sa décision, parlant d’une «délinquance extrêmement lucrative et très organisée». Relevant une «absence totale de remise en cause», le tribunal a jugé que son «comportement», notamment au procès mi-juin, était «celui d’un individu profondément ancré dans la délinquance rémunératrice», avec un «risque majeur de réitération».

    Alors que cette affaire est l’une des premières à passer devant un tribunal en ce qui concerne les fraudes aux aides covid, son avocate Me Carole Foissy a regretté que «le tribunal [ait] voulu faire un exemple, il en a fait un exemple». Elle a aussi indiqué que l’opportunité de faire appel était à l’étude.

  2. Quel amateur, si on veux voler des millions tranquillement faut faire de la politique pas de l’instagram.

  3. C’est pas possible. C’est un influenceur, une star des réseaux. C’est donc forcément quelqu’un de bien.

    C’est un complot, c’est sur.

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