
Olivia Grégoire aurait supervisé la production d’articles sous faux profils lorsqu’elle était cadre d’iStrat, selon d’anciens salariés

Olivia Grégoire aurait supervisé la production d’articles sous faux profils lorsqu’elle était cadre d’iStrat, selon d’anciens salariés
3 comments
> **Olivia Grégoire aurait supervisé la production d’articles sous faux profils lorsqu’elle était cadre d’iStrat, selon d’anciens salariés**
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> Florian Gouthière
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> La ministre déléguée aux PME affirme n’avoir été «en aucun cas responsable des contenus qui étaient rédigés» par l’entreprise d’intelligence économique. Une version contestée par d’anciens rédacteurs du cabinet, dont «CheckNews» a recueilli le témoignage.
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> «Une des plus grandes entreprises de manipulation de l’information intervenue en France ces dernières années» : c’est ainsi que Mediapart , [dans un article publié le 27 juin](https://www-mediapart-fr.bnf.idm.oclc.org/journal/france/270622/operation-intox-une-societe-francaise-au-service-des-dictateurs-et-du-cac-40) , résumait l’oeuvre de la société française Avisa Partners, dont le nom a changé plusieurs fois au cours de la dernière décennie (elle se nommait iStrat jusqu’en 2015). Cette société offre en effet à ses clients une prestation tout à fait particulière : publier sur des plateformes à forte audience ( Huffington Post, le Club de Mediapart, Journal du Net , Le Plus, etc.) de multiples billets de blogs et tribunes servant leurs intérêts, signés par des profils fictifs et en apparence vierges de tout conflit d’intérêts (membres d’ONG, consultants indépendants, citoyens engagés…). Des pratiques connues de longue date, détaillées dans plusieurs articles de presse [depuis 2013](https://www.journaldunet.com/ebusiness/crm-marketing/1127145-le-plus-l-express-et-le-jdn-victimes-d-une-intox-a-grande-echelle/) , mais dont l’ampleur reste probablement encore à documenter.
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> Quelques semaines avant l’article de Mediapart , le trimestriel Fakir [publiait le témoignage](https://www.fakirpresse.info/moi-journaliste-fantome-au-service-des-lobbies) d’un ancien rédacteur travaillant pour Avisa Partners. Il y expliquait le processus de production de contenus sous faux nez, et certains de ses scrupules… En pied de l’article publié sur le site du journal, un commentaire a attiré l’attention de plusieurs lecteurs : «On s’est rendu compte, peu après la parution de l’article dans notre édition papier ( Fakir n°103) que iStrat, l’agence de lobbying numérique, a été codirigée de juin 2013 à 2014 par… Olivia Grégoire, l’actuelle porte-parole du gouvernement !» Nourrissant ainsi des interrogations sur le rôle joué à iStrat par celle qui est désormais ministre déléguée, en charge des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme.
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> [En septembre 2013](https://www.journaldunet.com/ebusiness/crm-marketing/1127342-operation-d-intox-sur-internet-numericable-vivarte-et-neuf-autres-marques-impliquees/) – époque où Olivia Grégoire était directrice associée d’iStrat – le Journal du Net (JDN) rapportait déjà le cas de nombreuses tribunes signées par de faux «consultants indépendants, senior analyst, experts», conçues à l’initiative d’un cabinet, rétrospectivement identifié comme iStrat [dans un article de 2015](https://www.journaldunet.com/ebusiness/le-net/1148396-plongee-au-coeur-d-istrat-manipulateur-de-wikipedia-et-des-sites-medias/) . Sollicitée fin juin par CheckNews sur son rôle exact au sein d’iStrat, la ministre nous a répondu par la voix de son chargé de communication : «Olivia Grégoire a été directrice associée du développement de la clientèle au sein d’iStrat pendant un an, de mars 2013 à avril 2014, en charge du développement, c’est-à-dire en charge de la mise en relation de prospects avec les équipes d’iStrat et donc en aucun cas responsable des contenus qui étaient rédigés.» Sans lien avec nos questions, il nous a été précisé «[qu’]Olivia Grégoire n’a d’ailleurs jamais été concrètement associée au capital de cette entreprise».
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> **«C’était elle qui était par-dessus mon épaule pour être sûr que l’article allait convenir à son client»**
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> L’actuelle ministre déléguée n’était-elle vraiment «en aucun cas responsable des contenus qui étaient rédigés» ?? CheckNews est entré en relation avec plusieurs anciens employés d’iStrat présents à l’époque où elle assurait ses missions au cabinet. Et ces personnes qui ont accepté de relater cet épisode de leur carrière nous livrent un récit différent. «J’étais rédacteur au cabinet iStrat à l’époque où Olivia Grégoire était directrice associée» , nous explique Stéphane (1). «J’étais un rédacteur «maison» – je n’étais pas freelance – je travaillais dans leurs locaux, et tous les jours je voyais Matthieu Creux, Arnaud Dassier (directeurs d’iStrat à l’époque) et Olivia Grégoire. Elle a été recrutée comme directrice associée, et devait passer directrice au même rang que Creux et Dassier lorsqu’elle aurait atteint un certain chiffre d’affaires, en apportant de nouveaux clients à la structure.» Selon lui, «Olivia Grégoire n’était pas seulement au courant de ce qui se faisait, mais parmi les clients pour lesquels nous avons travaillé, il y avait les siens. Je me rappelle, typiquement, de l’entreprise Vivarte (qui travaille dans le prêt-à-porter), qui était son client. Et c’était elle qui était par-dessus mon épaule pour être sûr que l’article allait convenir à son client.» Un autre ex-rédacteur, Camille (1), nous livre un témoignage analogue?: «Je ne sais pas si, au moment où elle est arrivée, Olivia Grégoire était au courant de la façon dont nous travaillions là-bas. Mais après son arrivée, clairement, évidemment, elle savait ce que nous faisions, et nos méthodes?! Il n’y a pas d’ambiguïté là-dessus?: par rapport aux clients qu’elle apportait, c’est elle qui supervisait directement ce qui se faisait, et elle rendait compte au client de ce qui était produit. Même si elle n’est pas restée longtemps, elle a eu un rôle actif dans la société.» Contactée jeudi matin pour obtenir une réaction à ces témoignages, Olivia Grégoire n’a pas donné suite, à l’heure où nous publions.
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> Les anciens rédacteurs ou rédactrices avec qui nous avons pu échanger confirment que les pratiques du cabinet, tels que décrits dans Fakir , Mediapart , ou d’autres articles de presse depuis 2013, sont «parfaitement fidèles à la réalité». «Je corrobore à 100 % ce qui a pu être dit dans les articles parus fin juin : c’est exactement comme cela que les choses se passaient» , commente ainsi Stéphane, qui apporte quelques précisions sur les activités des rédacteurs «maison» . «A l’époque où je travaillais, nous étions six rédacteurs sur site (dont un rédacteur anglophone, bientôt rejoint par un second). La production d’articles [publiés sous fausse identité] représentait, à ma connaissance, l’essentiel de ce qui se faisait à iStrat. C’était au moins 90 % des activités. Des rédacteurs pouvaient également être chargés de choses plus classiques, comme réaliser une veille hebdomadaire détaillée de ce qui se disait en ligne sur un client (revue de presse, analyse qualitative des commentaires les concernant sur Internet, etc.). L’ensemble des rédacteurs se partageaient une vingtaine de clients. Tout le monde participait – il n’y avait pas un client réservé à untel ou unetelle. Il s’agissait souvent de contrats où il y avait pas mal d’articles à écrire, il y avait un effet de volume qui était visé, ne serait-ce que d’un point de vue du référencement en ligne. On produisait donc beaucoup, c’était facilement un article par jour et par personne. Même si ça n’était pas toujours des choses très élaborées.»
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> Mais, note-t-il, sur les sites qu’ils alimentaient, le travail consistait aussi à «glisser des articles parfaitement neutres entre ceux rédigés pour le compte de clients, dans le but évident de ne pas attirer l’attention, de brouiller les pistes.»
Hésitez pas à lire l’article de Fakir qui en parle, c’est vraiment intéressant
https://www.fakirpresse.info/moi-journaliste-fantome-au-service-des-lobbies
Et elle vient de perdre son poste de Porte Parole du Gouvernement Borne… pour devenir Ministre déléguée chargée des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme