«Je suis sortie dépouillée et défigurée» : la garde à vue traumatisante de Margaux

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  1. Après son passage au commissariat à Paris, cette étudiante s’était retrouvée couverte de bleus et sa carte bancaire débitée de 547 euros. Mais seule l’escroquerie pourrait être jugée, pas les violences… À son grand dam.

    [Margaux avait passé 36 heures en garde à vue en mai 2019, elle en était ressortie sonnée et couverte de bleus, à plusieurs endroits de son corps. DR
    ](https://www.leparisien.fr/resizer/gctm9oyHzwBk5eE3b5WPpl1jlug=/932×582/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/DYUO4SUPF5AC3GOFEW2NOWAPCQ.jpg)

    *Par Louise Colcombet*

    *Le 9 juillet 2022 à 06h55*

    Des ecchymoses sur tout le corps, des genoux gonflés, deux yeux au beurre noir… et sa carte bancaire débitée de 547 euros. C’est dans ce piteux état que Margaux (le prénom a été modifié), alors âgée de 23 ans, était ressortie de garde à vue en mai 2019. Trois ans plus tard, l’étudiante ne décolère pas : à l’issue de l’enquête, seul un agent, qui a reconnu l’escroquerie, pourrait être jugé. Aucun pour les violences. « Une volonté d’enfumage et une décision incompréhensible », dénonce son avocat, Me Thibault Laforcade.

    Ce 30 avril 2019, la soirée dérape lorsque Margaux, qui fait la fête dans un club parisien, refuse de monter dans le véhicule des pompiers venus secourir son amie, malade. Son histoire personnelle l’a rendue « phobique », dit-elle, des hôpitaux. Elle se laisse finalement convaincre, mais tente ensuite de s’échapper, se rebelle, crache, distribue coups de pied et de poings. Devant son état d’ébriété et sa virulence, les policiers sont appelés. Ils l’embarquent pour la placer en cellule de dégrisement, puis en garde à vue.

    Elle en sortira au bout de 36 heures, sonnée et couverte de bleus, comme l’avait révélé Mediapart. Ce n’est pas tout : sa carte bleue ne passe plus. Margaux découvre alors un SMS pour un paiement sur un site de paris sportifs, et ses relevés bancaires confirment que des opérations frauduleuses (21 en tout) ont eu lieu… pendant sa garde à vue ! « Au départ, je n’y croyais même pas. Je me suis dit Ils n’ont pas osé quand même… ? »

    **Des scènes d’humiliations**

    Et si. Les comptes de paris en ligne sont en effet au nom de Souleymane D., adjoint de sécurité en poste cette nuit-là. Très vite, le jeune homme de 26 ans reconnaît et s’excuse. Il confesse une addiction au jeu et des problèmes d’argent, à tel point qu’il travaillait aussi en cachette comme livreur pour Deliveroo… De lui-même, il confie d’ailleurs avoir fait « beaucoup plus » que les six victimes recensées, dont il photographiait la carte bleue pendant leur garde à vue.

    Une mésaventure qui paraît pourtant bien secondaire aux yeux de la jeune femme. « Ce qui m’a traumatisée, c’est tout le reste ! Je fais encore des séances de kiné pour mes genoux, j’ai peur de tous les uniformes, jusqu’aux contrôleurs de la RATP… »

    À sa sortie de garde à vue, les souvenirs de Margaux sont encore flous, mais pour avoir déjà été victime d’un compagnon violent, elle a ce réflexe de photographier ses blessures : aux bras, aux poignets, à la cuisse, aux genoux… Et, surtout, ces deux coquards aux yeux. Elle dépose plainte, l’unité médico-judiciaire (UMJ) lui reconnaît six jours d’interruption totale temporaire (ITT).

    [Le genou gonflé de Margaux à la sortie de sa garde à vue](https://www.leparisien.fr/resizer/dTjONovviPQrXZT6uyEO1U0qNFE=/622×466/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/PRP4A4L3KNACHO77ZHRJN2ZA7Q.jpg)

    Six mois plus tard, lors de son procès pour les violences sur les pompiers, la présidente du tribunal tique d’ailleurs en découvrant les clichés. Une juge d’instruction, chose rare, est donc saisie pour enquêter sur le vol et les violences dénoncés par Margaux. Elle-même écope d’une amende de 900 euros, 70 heures de travail d’intérêt général avec obligation d’indemniser deux pompiers. « Leur boulot est difficile, et même s’ils n’avaient pas le droit de me forcer à venir avec eux, j’avais trop bu, je me suis mal comportée », assume-t-elle.

    Ce qu’elle ne pardonne pas, en revanche, ce sont ces scènes d’humiliations entre le commissariat du XVIIIe et celui du Xe où elle a transité – ce qui n’apparaît même pas dans la procédure. Elle y sera transférée pieds nus. Elle a aussi été promenée quasi-nue, robe relevée sur le visage, et traitée de « nouvelle Femen » par des policiers, hilares, au moment de la fouille. Souleymane D. se souvient d’elle en larmes, disant se sentir « violée » : son soutien-gorge et sa culotte lui ont été retirés de force. Le contractuel, remercié depuis l’affaire, avait d’ailleurs provoqué l’hilarité générale en clamant avoir vu sa « Schtroumpfette », surnom dont il sera ensuite affublé par ses collègues…

    **« Rien ne va dans cette procédure »**

    Pour justifier cette anecdote embarrassante, ceux-ci évoquent un « humour potache » et une culotte « sombre mais transparente ». Retirée ou pas, selon les versions. Et, pour la plupart, une fouille réalisée uniquement par des collègues féminines – c’est la loi. Mais ils réfutent toute insulte – « petite conne », « pauvre débile », « gogole » a relaté Souleymane D – tout en qualifiant Margaux « d’hystérique » et de « tarée » sur PV. « Je me suis retenu de lui en coller une », ose même l’un d’eux devant la juge. De même, ils nient l’avoir fait boire à quatre pattes dans une gamelle pour chiens, alors qu’elle suppliait pour avoir de l’eau. L’amie de Margaux, présente dans la cellule attenante, confirme pourtant tout cela, mais aussi ses yeux bouffis. Margaux lui avait alors confié avoir été frappée.

    Mais par qui ? L’étudiante ne s’en souvient plus, et la juge d’instruction, relevant qu’elle a croisé beaucoup de fonctionnaires cette nuit-là, conclut donc qu’on n’en sait rien. Idem pour l’affaire de la gamelle. La fouille intégrale « relève d’une analyse déontologique », estime-t-elle. Quant aux insultes, elles sont prescrites… « Les fonctionnaires affirment, sans rire, que ma cliente aurait fait un salto avant, menottée, pour expliquer ses coquards aux yeux ! Une expertise aurait permis de clarifier ça, mais non », enrage Me Laforcade. « Les traces relevées aux yeux n’ont pas trouvé d’explication », se contente en effet la juge.

    [«Les violences policières, je savais que cela existait. Mais jamais je n’aurais pensé y être confrontée au sein même d’un commissariat !», explique Margaux. DR
    ](https://www.leparisien.fr/resizer/_VqDJJd27ZpcQ2H-IN1nMPJB2ac=/622×466/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/leparisien/TQOQ6ZMOCVAERGUCM3MPMIGI34.jpg)

    « Ils me prennent pour Lara Croft ? ironise Margaux. Quand j’ai demandé ce que j’avais, car je pouvais à peine les ouvrir, le policier m’a dit : des cernes. Ils m’ont gardée exprès le temps que ça dégonfle. » Pour son avocat, « on est face à un effet de corps classique, avec un récit concerté et pourtant pétri de contradictions. Des personnes mentent mais on ne les confronte pas. Qui a réalisé la fouille, femmes ou hommes ? On ne sait pas… Ma cliente a été entendue en dernier, et l’instruction close le lendemain. Rien ne va dans cette procédure », tacle-t-il.

    « Je suis sortie de garde à vue dépouillée et défigurée, mais j’ai surtout l’impression qu’on se débarrasse du problème en jugeant le seul qui n’avait pas le statut de fonctionnaire, dénonce Margaux. Les violences policières, je savais que cela existait. Mais jamais je n’aurais pensé y être confrontée au sein même d’un commissariat ! » Contactée, l’avocate de Souleymane D. n’a pas souhaité s’exprimer.

  2. Bah, c’est simple, on vire tout le monde qui a bossé dans le commissariat ce soir-là. S’ils n’y ont pas participé, ils ont au moins négligé de porter à l’attention du procureur des faits délictueux. C’est motif de radiation.

    Et accessoirement, pas de vidéosurveillance ? Comme c’est surprenant… /s

  3. Encore une affaire où l’infâme « la police tue » se retrouve complètement mis en défaut.

  4. Oh ça va, au moins elle ne s’est pas faite violée.

    Est-ce qu’un CM de la police peut venir nous dire qu’en fait y’a que 2-3 pommes pourries mais que le ménage est fait correctement ?

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