Faut être vraiment bas du front parce qu’on peut résumer Janco a “*avec le nucléaire ça va faire très mal, sans le nucléaire ça va faire très très très mal*”.
Je pense que les gens l’apprécient car il n’a pas l’air d’un idéologue. On peut penser ce que l’on veut du personnage et de son talent pour l’autopromotion, à titre perso je n’aime pas beaucoup le culte des sauveurs mais il essaie d’être pragmatique. Il ne cache pas que la transition énergétique va faire mal et il dit que le nucléaire peut être sur la table des solutions, à chacun de décider et de peser le pour et le contre.
>Ils disent « Janco »
D’ailleurs vivement qu’on passe à “coco”. Et je rejette cette assertion, les vrais disent “JMJ”.
> « Ils parlent à des gens qui n’ont pas l’impression qu’on leur parle de décroissance »
Y a pas l’article en entier. Je suppose que c’est plutot qu’il parle à des gens qui ne veulent pas de la décroissance ou qui espere trouver un moyen de l’éviter. Je doute qu’à l’école des mines on ne comprenne pas ses presentations.
Parmi les recettes des influenceurs, celle qui consiste à partager des PowerPoint de deux heures bourrés de graphiques sur les énergies fossiles n’est pas la plus éprouvée. C’est pourtant de cette façon que Jean-Marc Jancovici s’est constitué un incroyable public. Le polytechnicien expert de l’énergie et du climat, connu pour ses positions en faveur du nucléaire, compte une cohorte de fans qui le suivent sur son site et sa chaîne YouTube, qui partagent ses interviews, achètent ses livres : Le changement climatique expliqué à ma fille (Seuil, 2009) ainsi que Le plein s’il vous plaît (Seuil, 2006, coécrit avec Alain Grandjean) se sont chacun écoulés à 35 000 exemplaires…
On les croise aussi bien lors d’une rencontre organisée par la Confédération paysanne à Nogent-le-Rotrou que dans l’auditorium de l’ESCP Business School ou encore sur LinkedIn, réseau professionnel habituellement consacré à l’autocongratulation. Ses posts nourris d’informations techniques et de sarcasmes sur le greenwashing provoquent quantité de discussions et sont suivis par 353 000 abonnés. Les jeunes ingénieurs (et leurs parents) qui constituent son fan-club ont découvert qu’on pouvait être inquiets sans être babas cool. Ils aiment que Jean-Marc Jancovici ne leur propose pas de vivre dans les bois mais leur déploie une sorte de business plan de la transition écologique.
**A quoi on les reconnaît**
Ils disent « Janco ». Ils ne sont pas arrivés à lui par sa place dans les médias classiques – la plupart d’entre eux ne savent même pas qu’il tient des chroniques sur RTL (où il a été imposé par M6) et à L’Express –, mais par ses huit cours en ligne donnés à l’Ecole des mines (une heure et demie chacun, suivi crayon et papier à la main) sur lesquels ils sont tombés « par le hasard de YouTube ». Ils ont ensuite tout regardé, les conférences de « Sciences Po 2019 » et de Centrale Nantes (qui dure trois heures), mais s’interdisent d’en visionner deux d’affilée de peur de plonger dans la dépression. Retrouver de vieux passages dans l’émission « C dans l’air » leur a donné l’occasion d’admirer « la cohérence » de « Janco ».
Désormais, quand de nouvelles vidéos de conférences sont mises en ligne, ils sautent l’exposé – qu’ils connaissent déjà – pour aller directement aux questions. Ils ont convaincu leurs pères (le fan-club de « Janco » est majoritairement masculin), pas mécontents de voir un discours d’ingénieur revenir à la mode. Ils s’appuient sur son ouverture au nucléaire pour affirmer qu’il n’est « pas sectaire ». Ils aiment dire qu’ils ne sont « pas d’accord avec tout », emploient souvent les mots « décarboner » et « ordre de grandeur » et comptent comme lui leur consommation d’énergie en « équivalent esclaves ». Ils peuvent admettre qu’ils ont déjà changé d’avis sur un sujet. Ils apprécient aussi l’économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud et le physicien au CEA Etienne Klein.
​
Comment ils parlent
Ils commencent leurs phrases par « c’est un des rares à ». « C’est avec lui que j’ai compris que le problème énergétique était plus important que ce que je croyais. » « Il est au-delà du brillant. » « Il est encore artisan dans sa façon de travailler. » « Le CO2 dans l’atmosphère, c’est lui qui me l’a fait comprendre. » « Sur le nucléaire, je crois qu’on l’a mal compris. » « C’est le Pablo Servigne des geeks. » « Il ne croit pas, il sait. » « Si ce sujet t’intéresse, va regarder cette conférence de Jancovici et tu y verras plus clair. » « Il a changé ma vision du monde. » « Il n’hésite pas à aller au bout de son raisonnement. » « Tout ce qu’il raconte, c’est cohérent et ça tient debout. » « Le sujet est tellement important que c’est pas grave qu’il ait mauvais caractère/qu’il soit provocateur. » « Il peut secouer des publics très différents. » « Ils parlent à des gens qui n’ont pas l’impression qu’on leur parle de décroissance. » « Tout ce qui se passe, il en parle depuis quinze ans. » « Il a plus contribué à la prise de conscience de la gravité de la situation que tous les partis réunis. » « C’est dommage qu’il ne prenne pas de stagiaire. »
Leurs grandes vérités
Les gens ont envie de savoir. On est arrivé au bout des énergies fossiles. La décroissance est inévitable. Jean-Marc Jancovici est très pédagogue.
Leurs questions existentielles
Qu’est-ce qu’on peut faire à notre échelle ? Pourquoi les choses bloquent ?
Leur Graal
L’inviter dans sa grande école pour une conférence et l’entendre critiquer l’enseignement ou les entreprises partenaires de l’école. Se fritter avec ceux qui l’accusent d’être un représentant du lobby nucléaire ou qui emploient le mot gourou.
La faute de goût
Avouer qu’assommé par le nombre de slides, on n’est pas allé au bout d’une présentation. Avouer que, depuis qu’on s’est inscrit à son think tank, The Shift Project, on reçoit beaucoup de mails.
5 comments
Faut être vraiment bas du front parce qu’on peut résumer Janco a “*avec le nucléaire ça va faire très mal, sans le nucléaire ça va faire très très très mal*”.
Je pense que les gens l’apprécient car il n’a pas l’air d’un idéologue. On peut penser ce que l’on veut du personnage et de son talent pour l’autopromotion, à titre perso je n’aime pas beaucoup le culte des sauveurs mais il essaie d’être pragmatique. Il ne cache pas que la transition énergétique va faire mal et il dit que le nucléaire peut être sur la table des solutions, à chacun de décider et de peser le pour et le contre.
>Ils disent « Janco »
D’ailleurs vivement qu’on passe à “coco”. Et je rejette cette assertion, les vrais disent “JMJ”.
> « Ils parlent à des gens qui n’ont pas l’impression qu’on leur parle de décroissance »
Y a pas l’article en entier. Je suppose que c’est plutot qu’il parle à des gens qui ne veulent pas de la décroissance ou qui espere trouver un moyen de l’éviter. Je doute qu’à l’école des mines on ne comprenne pas ses presentations.
Parmi les recettes des influenceurs, celle qui consiste à partager des PowerPoint de deux heures bourrés de graphiques sur les énergies fossiles n’est pas la plus éprouvée. C’est pourtant de cette façon que Jean-Marc Jancovici s’est constitué un incroyable public. Le polytechnicien expert de l’énergie et du climat, connu pour ses positions en faveur du nucléaire, compte une cohorte de fans qui le suivent sur son site et sa chaîne YouTube, qui partagent ses interviews, achètent ses livres : Le changement climatique expliqué à ma fille (Seuil, 2009) ainsi que Le plein s’il vous plaît (Seuil, 2006, coécrit avec Alain Grandjean) se sont chacun écoulés à 35 000 exemplaires…
On les croise aussi bien lors d’une rencontre organisée par la Confédération paysanne à Nogent-le-Rotrou que dans l’auditorium de l’ESCP Business School ou encore sur LinkedIn, réseau professionnel habituellement consacré à l’autocongratulation. Ses posts nourris d’informations techniques et de sarcasmes sur le greenwashing provoquent quantité de discussions et sont suivis par 353 000 abonnés. Les jeunes ingénieurs (et leurs parents) qui constituent son fan-club ont découvert qu’on pouvait être inquiets sans être babas cool. Ils aiment que Jean-Marc Jancovici ne leur propose pas de vivre dans les bois mais leur déploie une sorte de business plan de la transition écologique.
**A quoi on les reconnaît**
Ils disent « Janco ». Ils ne sont pas arrivés à lui par sa place dans les médias classiques – la plupart d’entre eux ne savent même pas qu’il tient des chroniques sur RTL (où il a été imposé par M6) et à L’Express –, mais par ses huit cours en ligne donnés à l’Ecole des mines (une heure et demie chacun, suivi crayon et papier à la main) sur lesquels ils sont tombés « par le hasard de YouTube ». Ils ont ensuite tout regardé, les conférences de « Sciences Po 2019 » et de Centrale Nantes (qui dure trois heures), mais s’interdisent d’en visionner deux d’affilée de peur de plonger dans la dépression. Retrouver de vieux passages dans l’émission « C dans l’air » leur a donné l’occasion d’admirer « la cohérence » de « Janco ».
Désormais, quand de nouvelles vidéos de conférences sont mises en ligne, ils sautent l’exposé – qu’ils connaissent déjà – pour aller directement aux questions. Ils ont convaincu leurs pères (le fan-club de « Janco » est majoritairement masculin), pas mécontents de voir un discours d’ingénieur revenir à la mode. Ils s’appuient sur son ouverture au nucléaire pour affirmer qu’il n’est « pas sectaire ». Ils aiment dire qu’ils ne sont « pas d’accord avec tout », emploient souvent les mots « décarboner » et « ordre de grandeur » et comptent comme lui leur consommation d’énergie en « équivalent esclaves ». Ils peuvent admettre qu’ils ont déjà changé d’avis sur un sujet. Ils apprécient aussi l’économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud et le physicien au CEA Etienne Klein.
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Comment ils parlent
Ils commencent leurs phrases par « c’est un des rares à ». « C’est avec lui que j’ai compris que le problème énergétique était plus important que ce que je croyais. » « Il est au-delà du brillant. » « Il est encore artisan dans sa façon de travailler. » « Le CO2 dans l’atmosphère, c’est lui qui me l’a fait comprendre. » « Sur le nucléaire, je crois qu’on l’a mal compris. » « C’est le Pablo Servigne des geeks. » « Il ne croit pas, il sait. » « Si ce sujet t’intéresse, va regarder cette conférence de Jancovici et tu y verras plus clair. » « Il a changé ma vision du monde. » « Il n’hésite pas à aller au bout de son raisonnement. » « Tout ce qu’il raconte, c’est cohérent et ça tient debout. » « Le sujet est tellement important que c’est pas grave qu’il ait mauvais caractère/qu’il soit provocateur. » « Il peut secouer des publics très différents. » « Ils parlent à des gens qui n’ont pas l’impression qu’on leur parle de décroissance. » « Tout ce qui se passe, il en parle depuis quinze ans. » « Il a plus contribué à la prise de conscience de la gravité de la situation que tous les partis réunis. » « C’est dommage qu’il ne prenne pas de stagiaire. »
Leurs grandes vérités
Les gens ont envie de savoir. On est arrivé au bout des énergies fossiles. La décroissance est inévitable. Jean-Marc Jancovici est très pédagogue.
Leurs questions existentielles
Qu’est-ce qu’on peut faire à notre échelle ? Pourquoi les choses bloquent ?
Leur Graal
L’inviter dans sa grande école pour une conférence et l’entendre critiquer l’enseignement ou les entreprises partenaires de l’école. Se fritter avec ceux qui l’accusent d’être un représentant du lobby nucléaire ou qui emploient le mot gourou.
La faute de goût
Avouer qu’assommé par le nombre de slides, on n’est pas allé au bout d’une présentation. Avouer que, depuis qu’on s’est inscrit à son think tank, The Shift Project, on reçoit beaucoup de mails.