RÉCIT – Le déclin des squales dans la région du Cap en Afrique du Sud semble lié à des attaques de mammifères marins.
Le 20 juin dernier, sur une plage à l’est de Gansbaai, dans la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud, la carcasse d’un grand requin blanc est retrouvée gisant sur des rochers. Une plaie béante sur la ceinture pectorale de l’animal, auréolée de profondes marques de dents, laisse supposer que son foie et son cœur ont été dévorés.
C’est ce que confirmera l’autopsie réalisée par l’équipe de Marine Dynamics Academy, une organisation sud-africaine regroupant plusieurs spécialistes de l’écosystème marin. Le suspect, ou plutôt les suspects, de cette attaque? Des orques, ou «killer whales» en anglais. Plus spécifiquement, Port et Starboard (babord et tribord), un duo d’orques mâles s’étant rendus célèbres pour leur exceptionnelle capacité à chasser le grand requin blanc, considéré à tort comme le plus grand prédateur des océans.
Après une attaque, les grands requins blancs n’apparaissaient pas pendant des semaines, ou des mois
Alison Towner, Biologiste marine
Depuis 2017, ce sont au total huit carcasses avec des blessures similaires qui ont été retrouvées sur les côtes australes de l’Afrique du Sud. Huit victimes confirmées, donc, pour ces tueurs en série dont le tableau de chasse est vraisemblablement beaucoup plus élevé: la majorité des carcasses ne s’échouant pas à terre.
Un phénomène nouveau
Tout commence en 2012, lorsque les deux comparses sont aperçus pour la première fois au large de Cape Point avant de disparaître pendant trois ans. Puis en 2015, près de False Bay, ils refont surface et sont observés en train de chasser des requins plat-nez. À partir de 2016, le duo s’installe au large de Gansbaai. «Et entre 2016-2017, cinq carcasses de requins sont retrouvées sur les côtes tandis que, dans le même temps, le nombre d’observation d’orques dans cette zone augmentait. Sur ces cinq carcasses, quatre n’avaient plus leur foie et un n’avait plus de cœur», décrit Alison Towner dans un article qu’elle a dirigé et publié le 30 juin dernier dans African Journal of Marine Science.
Biologiste marine spécialiste des requins, Towner a dirigé une étude pendant plus de cinq ans sur les effets que ces orques pourraient avoir sur la population des grands blancs. Et ses conclusions sont fascinantes: «Après une attaque, les grands requins blancs n’apparaissaient pas pendant des semaines, ou des mois. Ce à quoi nous semblons assister est une stratégie d’évitement que l’on peut observer chez les chiens-hyènes en Tanzanie lorsque les lions arrivent sur un territoire. En somme, plus les orques fréquentent un site, plus longtemps les grands blancs en restent éloignés.»
C’est la première fois que des prédations d’orques sur des grands requins blancs sont documentées dans cette région. Auparavant, cet événement extrêmement rare avait surtout été recensé en Californie. Pour comprendre ce nouveau phénomène, des balises ont été installées sur près d’une centaine de requins afin de suivre leur déplacement et de les corréler avec celui des orques. «Avant les prédations d’orques en 2017, le nombre de requins blancs observés à Gansbaai allait de 3 à 8 individus par jour», expliquent Towner et ses coauteurs. «Après la découverte de la première carcasse en janvier 2017, ce nombre a chuté à zéro.»
Les preuves contre Port et Starboard pourraient être qualifiées de circonstancielles dans un tribunal: les scientifiques n’ont jamais pu prendre les deux orques, surnommés ainsi en raison de l’orientation de leurs nageoires dorsales (l’une vers la droite, l’autre vers la gauche), la main dans le sac dans les huit cas en question. Mais les traces de dents, ainsi que leur modus operandi ne trompent pas. Les blessures retrouvées sur les carcasses de requins blancs, mais aussi sur des requins plat-nez ou des requins cuivres dans la zone, sont identiques et la consommation spécifique du foie indique un niveau de compétence de chasse bien particulier.
Au-delà des nouveaux éléments permettant de mieux comprendre les réseaux trophiques marins, les recherches d’Alison Towner fournissent également une explication à une autre question: pourquoi la population de grands requins blancs de Gansbaai, mais aussi de requins en général, a drastiquement chuté ces dernières années? Car cette décrue a eu des conséquences écologiques mais aussi économiques. «Depuis que les grands blancs ont fui les trois sites touristiques de Gansbaai, Mossel Bay et False Bay, beaucoup de sociétés de plongée ont dû fermer leurs portes», témoigne Steve Benjamin, zoologiste, guide et photographe sous-marin, fondateur du centre de plongée Animal Ocean installé dans la région depuis 2009. «Beaucoup essayent de continuer de proposer des safaris aquatiques autour d’autres espèces, mais elles ne suscitent pas la même attraction que le requin blanc.»
Si Port et Starboard sont les deux spécimens les plus reconnaissables et les premiers à avoir été observés, d’autres orques se sont depuis joints à eux en ciblant des grands blancs plutôt que leurs autres proies habituelles (manchots, phoques, dauphins). Des congénères auxquels les deux orques auraient pu apprendre leurs techniques de chasse. Et malgré les découvertes d’Alison Towner et de ses confrères, beaucoup d’interrogations subsistent. Comme les effets à long terme que cette émigration de requins pourrait avoir sur les autres espèces, ou encore ce qui a poussé les orques à investir la région et s’en prendre aux grands blancs. «Ce duo pourrait venir d’un morphotype rare réputé pour se nourrir de trois types requins», conclut Towner. Comment cette sous-espèce aurait développé cette habitude particulière? Le mystère demeure. Cette migration n’est pas non plus sans conséquences pour les humains: en s’évadant vers l’est, les requins investissent de nouveaux territoires. Et le 28 juin dernier à Plettenberg, à l’est de Gansbaai, un homme était retrouvé mort après avoir été attaqué par un grand blanc.
Sharknado c’est vraiment de la merde
Tueur s’accorde ici soit avec duo, soit avec orque.
Duo : masculin, singulier
Orque : féminin, pluriel (deux orques)
Non ?
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RÉCIT – Le déclin des squales dans la région du Cap en Afrique du Sud semble lié à des attaques de mammifères marins.
Le 20 juin dernier, sur une plage à l’est de Gansbaai, dans la province du Cap-Occidental en Afrique du Sud, la carcasse d’un grand requin blanc est retrouvée gisant sur des rochers. Une plaie béante sur la ceinture pectorale de l’animal, auréolée de profondes marques de dents, laisse supposer que son foie et son cœur ont été dévorés.
C’est ce que confirmera l’autopsie réalisée par l’équipe de Marine Dynamics Academy, une organisation sud-africaine regroupant plusieurs spécialistes de l’écosystème marin. Le suspect, ou plutôt les suspects, de cette attaque? Des orques, ou «killer whales» en anglais. Plus spécifiquement, Port et Starboard (babord et tribord), un duo d’orques mâles s’étant rendus célèbres pour leur exceptionnelle capacité à chasser le grand requin blanc, considéré à tort comme le plus grand prédateur des océans.
Après une attaque, les grands requins blancs n’apparaissaient pas pendant des semaines, ou des mois
Alison Towner, Biologiste marine
Depuis 2017, ce sont au total huit carcasses avec des blessures similaires qui ont été retrouvées sur les côtes australes de l’Afrique du Sud. Huit victimes confirmées, donc, pour ces tueurs en série dont le tableau de chasse est vraisemblablement beaucoup plus élevé: la majorité des carcasses ne s’échouant pas à terre.
Un phénomène nouveau
Tout commence en 2012, lorsque les deux comparses sont aperçus pour la première fois au large de Cape Point avant de disparaître pendant trois ans. Puis en 2015, près de False Bay, ils refont surface et sont observés en train de chasser des requins plat-nez. À partir de 2016, le duo s’installe au large de Gansbaai. «Et entre 2016-2017, cinq carcasses de requins sont retrouvées sur les côtes tandis que, dans le même temps, le nombre d’observation d’orques dans cette zone augmentait. Sur ces cinq carcasses, quatre n’avaient plus leur foie et un n’avait plus de cœur», décrit Alison Towner dans un article qu’elle a dirigé et publié le 30 juin dernier dans African Journal of Marine Science.
Biologiste marine spécialiste des requins, Towner a dirigé une étude pendant plus de cinq ans sur les effets que ces orques pourraient avoir sur la population des grands blancs. Et ses conclusions sont fascinantes: «Après une attaque, les grands requins blancs n’apparaissaient pas pendant des semaines, ou des mois. Ce à quoi nous semblons assister est une stratégie d’évitement que l’on peut observer chez les chiens-hyènes en Tanzanie lorsque les lions arrivent sur un territoire. En somme, plus les orques fréquentent un site, plus longtemps les grands blancs en restent éloignés.»
C’est la première fois que des prédations d’orques sur des grands requins blancs sont documentées dans cette région. Auparavant, cet événement extrêmement rare avait surtout été recensé en Californie. Pour comprendre ce nouveau phénomène, des balises ont été installées sur près d’une centaine de requins afin de suivre leur déplacement et de les corréler avec celui des orques. «Avant les prédations d’orques en 2017, le nombre de requins blancs observés à Gansbaai allait de 3 à 8 individus par jour», expliquent Towner et ses coauteurs. «Après la découverte de la première carcasse en janvier 2017, ce nombre a chuté à zéro.»
Les preuves contre Port et Starboard pourraient être qualifiées de circonstancielles dans un tribunal: les scientifiques n’ont jamais pu prendre les deux orques, surnommés ainsi en raison de l’orientation de leurs nageoires dorsales (l’une vers la droite, l’autre vers la gauche), la main dans le sac dans les huit cas en question. Mais les traces de dents, ainsi que leur modus operandi ne trompent pas. Les blessures retrouvées sur les carcasses de requins blancs, mais aussi sur des requins plat-nez ou des requins cuivres dans la zone, sont identiques et la consommation spécifique du foie indique un niveau de compétence de chasse bien particulier.
Au-delà des nouveaux éléments permettant de mieux comprendre les réseaux trophiques marins, les recherches d’Alison Towner fournissent également une explication à une autre question: pourquoi la population de grands requins blancs de Gansbaai, mais aussi de requins en général, a drastiquement chuté ces dernières années? Car cette décrue a eu des conséquences écologiques mais aussi économiques. «Depuis que les grands blancs ont fui les trois sites touristiques de Gansbaai, Mossel Bay et False Bay, beaucoup de sociétés de plongée ont dû fermer leurs portes», témoigne Steve Benjamin, zoologiste, guide et photographe sous-marin, fondateur du centre de plongée Animal Ocean installé dans la région depuis 2009. «Beaucoup essayent de continuer de proposer des safaris aquatiques autour d’autres espèces, mais elles ne suscitent pas la même attraction que le requin blanc.»
Si Port et Starboard sont les deux spécimens les plus reconnaissables et les premiers à avoir été observés, d’autres orques se sont depuis joints à eux en ciblant des grands blancs plutôt que leurs autres proies habituelles (manchots, phoques, dauphins). Des congénères auxquels les deux orques auraient pu apprendre leurs techniques de chasse. Et malgré les découvertes d’Alison Towner et de ses confrères, beaucoup d’interrogations subsistent. Comme les effets à long terme que cette émigration de requins pourrait avoir sur les autres espèces, ou encore ce qui a poussé les orques à investir la région et s’en prendre aux grands blancs. «Ce duo pourrait venir d’un morphotype rare réputé pour se nourrir de trois types requins», conclut Towner. Comment cette sous-espèce aurait développé cette habitude particulière? Le mystère demeure. Cette migration n’est pas non plus sans conséquences pour les humains: en s’évadant vers l’est, les requins investissent de nouveaux territoires. Et le 28 juin dernier à Plettenberg, à l’est de Gansbaai, un homme était retrouvé mort après avoir été attaqué par un grand blanc.
Sharknado c’est vraiment de la merde
Tueur s’accorde ici soit avec duo, soit avec orque.
Duo : masculin, singulier
Orque : féminin, pluriel (deux orques)
Non ?