**Tir mortel à Aulnay : la recherche d’une balle manquante révèle les pratiques douteuses des policiers**
Le 26 mars, lors d’une interpellation à Aulnay-sous-Bois, le policier Emmanuel N. a tué un automobiliste, Jean-Paul Benjamin. En recherchant une balle manquant à son chargeur, les enquêteurs ont découvert que le vestiaire du policier avait été vidé, en secret, par ses collègues. Sa conjointe, elle-même technicienne à la police scientifique, s’est également chargée de récupérer ses affaires.
À Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), lors d’une interpellation, le 26 mars, le policier Emmanuel N. a tué Jean-Paul Benjamin, un habitant de Sevran, d’une balle dans le dos. Ce fut la première personne tuée, cette année, par la police pour un refus d’obtempérer. Depuis, le policier de la brigade anticriminalité (BAC), Emmanuel N., a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et une instruction a été ouverte, le 1er avril.
Si la thèse de la légitime défense du policier a largement été mise à mal par les premiers éléments de l’enquête, une question demeure néanmoins : le policier a-t-il tiré une ou deux fois ? L’existence d’un deuxième tir mettrait définitivement fin à l’hypothèse d’un tir accidentel, initialement défendue par le policier avant qu’il prétende avoir voulu défendre sa vie ainsi que celle des passants.
Outre la munition dont l’ogive a été retrouvée dans le corps de la victime, une deuxième balle, absente du chargeur du policier, reste à ce jour introuvable. Cette balle manquante a fait l’objet d’un volet spécifique d’investigations de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête. Les recherches pour retrouver cette munition ont levé le voile sur de troublants agissements, non seulement des coéquipiers mais également de l’épouse de cet agent de la BAC, elle-même policière.
Deux des collègues du brigadier Emmanuel N. ont, sans en avertir ni les enquêteurs ni leur hiérarchie, pris le soin de vider le casier de son vestiaire et d’en apporter le contenu à son domicile. Ils lui ont également rendu visite à l’hôpital militaire de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où, dans un état de choc, il a été pris en charge le jour même des faits. Mais ces rencontres, comme toutes les autres visites dont le policier a pu bénéficier, en particulier celle de son collègue qui intervenait, à ses côtés, le jour des faits, n’ont pas été enregistrées par l’hôpital militaire. Son épouse a également pu le voir à plusieurs reprises et récupérer ses vêtements, qu’elle s’est chargée de nettoyer.
Le 26 mars, la camionnette, signalée volée, conduite par le livreur Jean-Paul Benjamin, 33 ans, est repérée par deux voitures de police. Le trafic est dense et dans l’attente de renforts, les policiers se tiennent à distance du véhicule lorsque l’un des agents de la BAC, Emmanuel N., décide, sans prévenir ses collègues, de procéder seul à l’interpellation. Bloqué par la circulation, son coéquipier Quentin H. gare leur voiture banalisée, Emmanuel N. en sort précipitamment et court une vingtaine de mètres pour atteindre la camionnette. En civil, sans son brassard « Police » (selon les premières exploitations des images de vidéosurveillance), il tente d’ouvrir la portière du conducteur, lequel démarre dans la direction opposée à la sienne.
Bien que la camionnette, à ce moment-là, ne présente aucun danger, le policier, positionné sur le côté et à plus de deux mètres, tire sur le conducteur, le blessant mortellement, d’une balle qui l’atteint dans le dos et touche l’aorte (l’artère principale qui vient du cœur) et le foie.
Après avoir prétexté un tir accidentel, cet agent de la BAC a déclaré avoir fait usage de son arme pour défendre sa vie et celle des passants. Mais selon la première exploitation de la vidéosurveillance, les enquêteurs sont catégoriques : « Aucun danger n’est visible au moment précis » du tir.
Lorsque l’IGPN inspecte le chargeur du brigadier Emmanuel N., elle découvre qu’il manque une deuxième munition. Sur la camionnette, la balistique relève l’impact d’une balle, derrière la portière du conducteur et dont l’ogive a été retrouvée dans le corps de la victime. À ce stade, impossible de savoir comment la vitre du conducteur a été brisée.
Les échanges radio entre les équipages de police mentionnent « des coups de feu ». Les images de vidéosurveillance révèlent qu’après avoir tiré, le policier « se penche vers le sol et semble ramasser quelque chose », selon les retranscriptions des enquêteurs. Aurait-il récupéré la douille d’une deuxième balle ? Interrogé sur ce geste, il dit n’en avoir « aucun souvenir ».
Le jour même, le policier est conduit à l’hôpital militaire de Saint-Mandé en état de choc. Alors qu’une enquête a été ouverte par le parquet pour « violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique (PDAP) », il n’est placé en garde à vue que quatre jours plus tard, le 30 mars, en raison de son état de santé. « Ce qui me permettait de lui rendre visite », précise son épouse, lors de son audition, avant d’ajouter qu’elle a pu le voir « tous les jours, du samedi [jour même des faits – ndlr] au mercredi suivant, jour de son interpellation ».
Cette technicienne de police scientifique s’est chargée de récupérer les vêtements de son mari, qu’elle a ramenés à leur domicile pour les laver. Elle assure, auprès des enquêteurs, n’y avoir retrouvé aucune cartouche, son mari lui ayant d’ailleurs « dit qu’il avait fait usage de son arme à une seule reprise ».
Il lui aurait également « répété que ce n’était pas un tir accidentel, qu’il y avait une dame avec une poussette qui traversait la route devant le camion ». Des affirmations démenties par les images de vidéosurveillance.
Naturellement, elle se souvient « très bien du pantalon » de son mari, l’ayant « ramené à la maison le dimanche ». Au cours de son audition, on apprend d’ailleurs que l’IGPN était bien informée qu’elle avait récupéré les vêtements de son époux et sans y voir là le moindre problème, et qu’elle lui a simplement demandé de rechercher, elle-même, la balle manquante. Les enquêteurs lui confiant ainsi leur propre mission, quatre jours après les faits, donc : « À votre demande », déclare-t-elle, « j’ai tout vérifié […], j’ai seulement retrouvé dans son pantalon son brassard “Police” ».
Mais ce n’est pas tout. Cette policière révèle, par ailleurs, que des collègues de son mari sont venus déposer à leur domicile un « sac contenant des affaires de police ». Cette « initiative » du « brigadier de son groupe, surnommé Bubu », a, selon elle, « surpris » son époux. Pourtant, comment pouvait-il ignorer cette démarche puisque son casier était fermé par un cadenas dont il avait le code ?
Cette invraisemblance n’interpelle pas l’IGPN, qui se contente des réponses de cette policière, y compris lorsqu’elle déclare que le but de cette initiative « était d’éviter que quelqu’un ne les vole ». Effets pourtant rangés dans un casier cadenassé, au sein du commissariat d’Aulnay-sous-Bois.
Qu’y avait-il de si précieux dans ce vestiaire ? « Je ne peux pas en dire plus », lance cette technicienne de la police scientifique, qui précise avec aplomb que c’est son mari qui, à son retour d’hospitalisation, s’est chargé de prendre le contenu du sac et de faire lui-même un rapport à sa hiérarchie. Sans hésitation, elle assure qu’il « a tout vérifié. Il n’y avait pas de cartouche dans le sac ».
Le 5 avril, Emmanuel N. a notamment restitué à sa hiérarchie un bâton télescopique, un casque, et cela « afin de prévenir tout risque de perte ou vol de matériel », estimant finalement le commissariat plus sécurisé que son domicile.
>Ce sont des baqueux, commente auprès de Mediapart un policier qui a lui aussi fait partie d’une BAC. C’est interdit mais il se peut que, dans le vestiaire, il y ait **des produits stupéfiants saisis lors d’interpellation** ou un poing américain. Il peut y avoir aussi des effets personnels sur sa vie privée que le policier ne veut pas voir saisis par la justice. Ce n’est pas normal de nettoyer ainsi son casier mais ça se fait.
Ça a l’air sympa les casiers de la BAC…
Destruction de preuves et subornation de témoins.
Pour un accusé normal, c’est détention provisoire direct.
4 comments
**Tir mortel à Aulnay : la recherche d’une balle manquante révèle les pratiques douteuses des policiers**
Le 26 mars, lors d’une interpellation à Aulnay-sous-Bois, le policier Emmanuel N. a tué un automobiliste, Jean-Paul Benjamin. En recherchant une balle manquant à son chargeur, les enquêteurs ont découvert que le vestiaire du policier avait été vidé, en secret, par ses collègues. Sa conjointe, elle-même technicienne à la police scientifique, s’est également chargée de récupérer ses affaires.
À Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), lors d’une interpellation, le 26 mars, le policier Emmanuel N. a tué Jean-Paul Benjamin, un habitant de Sevran, d’une balle dans le dos. Ce fut la première personne tuée, cette année, par la police pour un refus d’obtempérer. Depuis, le policier de la brigade anticriminalité (BAC), Emmanuel N., a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et une instruction a été ouverte, le 1er avril.
Si la thèse de la légitime défense du policier a largement été mise à mal par les premiers éléments de l’enquête, une question demeure néanmoins : le policier a-t-il tiré une ou deux fois ? L’existence d’un deuxième tir mettrait définitivement fin à l’hypothèse d’un tir accidentel, initialement défendue par le policier avant qu’il prétende avoir voulu défendre sa vie ainsi que celle des passants.
Outre la munition dont l’ogive a été retrouvée dans le corps de la victime, une deuxième balle, absente du chargeur du policier, reste à ce jour introuvable. Cette balle manquante a fait l’objet d’un volet spécifique d’investigations de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête. Les recherches pour retrouver cette munition ont levé le voile sur de troublants agissements, non seulement des coéquipiers mais également de l’épouse de cet agent de la BAC, elle-même policière.
Deux des collègues du brigadier Emmanuel N. ont, sans en avertir ni les enquêteurs ni leur hiérarchie, pris le soin de vider le casier de son vestiaire et d’en apporter le contenu à son domicile. Ils lui ont également rendu visite à l’hôpital militaire de Saint-Mandé (Val-de-Marne) où, dans un état de choc, il a été pris en charge le jour même des faits. Mais ces rencontres, comme toutes les autres visites dont le policier a pu bénéficier, en particulier celle de son collègue qui intervenait, à ses côtés, le jour des faits, n’ont pas été enregistrées par l’hôpital militaire. Son épouse a également pu le voir à plusieurs reprises et récupérer ses vêtements, qu’elle s’est chargée de nettoyer.
Le 26 mars, la camionnette, signalée volée, conduite par le livreur Jean-Paul Benjamin, 33 ans, est repérée par deux voitures de police. Le trafic est dense et dans l’attente de renforts, les policiers se tiennent à distance du véhicule lorsque l’un des agents de la BAC, Emmanuel N., décide, sans prévenir ses collègues, de procéder seul à l’interpellation. Bloqué par la circulation, son coéquipier Quentin H. gare leur voiture banalisée, Emmanuel N. en sort précipitamment et court une vingtaine de mètres pour atteindre la camionnette. En civil, sans son brassard « Police » (selon les premières exploitations des images de vidéosurveillance), il tente d’ouvrir la portière du conducteur, lequel démarre dans la direction opposée à la sienne.
Bien que la camionnette, à ce moment-là, ne présente aucun danger, le policier, positionné sur le côté et à plus de deux mètres, tire sur le conducteur, le blessant mortellement, d’une balle qui l’atteint dans le dos et touche l’aorte (l’artère principale qui vient du cœur) et le foie.
Après avoir prétexté un tir accidentel, cet agent de la BAC a déclaré avoir fait usage de son arme pour défendre sa vie et celle des passants. Mais selon la première exploitation de la vidéosurveillance, les enquêteurs sont catégoriques : « Aucun danger n’est visible au moment précis » du tir.
Lorsque l’IGPN inspecte le chargeur du brigadier Emmanuel N., elle découvre qu’il manque une deuxième munition. Sur la camionnette, la balistique relève l’impact d’une balle, derrière la portière du conducteur et dont l’ogive a été retrouvée dans le corps de la victime. À ce stade, impossible de savoir comment la vitre du conducteur a été brisée.
Les échanges radio entre les équipages de police mentionnent « des coups de feu ». Les images de vidéosurveillance révèlent qu’après avoir tiré, le policier « se penche vers le sol et semble ramasser quelque chose », selon les retranscriptions des enquêteurs. Aurait-il récupéré la douille d’une deuxième balle ? Interrogé sur ce geste, il dit n’en avoir « aucun souvenir ».
Le jour même, le policier est conduit à l’hôpital militaire de Saint-Mandé en état de choc. Alors qu’une enquête a été ouverte par le parquet pour « violences volontaires avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique (PDAP) », il n’est placé en garde à vue que quatre jours plus tard, le 30 mars, en raison de son état de santé. « Ce qui me permettait de lui rendre visite », précise son épouse, lors de son audition, avant d’ajouter qu’elle a pu le voir « tous les jours, du samedi [jour même des faits – ndlr] au mercredi suivant, jour de son interpellation ».
Cette technicienne de police scientifique s’est chargée de récupérer les vêtements de son mari, qu’elle a ramenés à leur domicile pour les laver. Elle assure, auprès des enquêteurs, n’y avoir retrouvé aucune cartouche, son mari lui ayant d’ailleurs « dit qu’il avait fait usage de son arme à une seule reprise ».
Il lui aurait également « répété que ce n’était pas un tir accidentel, qu’il y avait une dame avec une poussette qui traversait la route devant le camion ». Des affirmations démenties par les images de vidéosurveillance.
Naturellement, elle se souvient « très bien du pantalon » de son mari, l’ayant « ramené à la maison le dimanche ». Au cours de son audition, on apprend d’ailleurs que l’IGPN était bien informée qu’elle avait récupéré les vêtements de son époux et sans y voir là le moindre problème, et qu’elle lui a simplement demandé de rechercher, elle-même, la balle manquante. Les enquêteurs lui confiant ainsi leur propre mission, quatre jours après les faits, donc : « À votre demande », déclare-t-elle, « j’ai tout vérifié […], j’ai seulement retrouvé dans son pantalon son brassard “Police” ».
Mais ce n’est pas tout. Cette policière révèle, par ailleurs, que des collègues de son mari sont venus déposer à leur domicile un « sac contenant des affaires de police ». Cette « initiative » du « brigadier de son groupe, surnommé Bubu », a, selon elle, « surpris » son époux. Pourtant, comment pouvait-il ignorer cette démarche puisque son casier était fermé par un cadenas dont il avait le code ?
Cette invraisemblance n’interpelle pas l’IGPN, qui se contente des réponses de cette policière, y compris lorsqu’elle déclare que le but de cette initiative « était d’éviter que quelqu’un ne les vole ». Effets pourtant rangés dans un casier cadenassé, au sein du commissariat d’Aulnay-sous-Bois.
Qu’y avait-il de si précieux dans ce vestiaire ? « Je ne peux pas en dire plus », lance cette technicienne de la police scientifique, qui précise avec aplomb que c’est son mari qui, à son retour d’hospitalisation, s’est chargé de prendre le contenu du sac et de faire lui-même un rapport à sa hiérarchie. Sans hésitation, elle assure qu’il « a tout vérifié. Il n’y avait pas de cartouche dans le sac ».
Le 5 avril, Emmanuel N. a notamment restitué à sa hiérarchie un bâton télescopique, un casque, et cela « afin de prévenir tout risque de perte ou vol de matériel », estimant finalement le commissariat plus sécurisé que son domicile.
>Ce sont des baqueux, commente auprès de Mediapart un policier qui a lui aussi fait partie d’une BAC. C’est interdit mais il se peut que, dans le vestiaire, il y ait **des produits stupéfiants saisis lors d’interpellation** ou un poing américain. Il peut y avoir aussi des effets personnels sur sa vie privée que le policier ne veut pas voir saisis par la justice. Ce n’est pas normal de nettoyer ainsi son casier mais ça se fait.
Ça a l’air sympa les casiers de la BAC…
Destruction de preuves et subornation de témoins.
Pour un accusé normal, c’est détention provisoire direct.
Mafia Nationale épisode 333