En Australie, la répression sans limite des militants écologistes

3 comments
  1. Intéressant.

    Je n’avais pas vu passer cet article, n’étant pas abonné.

    Ça risque pas de changer vu le paywall.

    Merci du partage !

  2. **En Australie, la répression sans limite des militants écologistes**

    Alors que le pays continue de crouler sous les catastrophes naturelles, les États fédérés australiens multiplient les interpellations, les intimidations et les lois face à ceux qui luttent contre le dérèglement climatique.

    Sydney (Australie).– Ce devait être une semaine de mobilisation pour réclamer des actions immédiates pour le climat. Les blocages à Sydney prévus par le groupe de militant·es écologistes Blockade Australia ont finalement été coupés net, en raison d’interpellations massives et d’un dispositif policier sans précédent. En deux jours, 21 militant·es ont été arrêté·es, pendant leurs actions sur des axes routiers et leurs manifestations dans le centre-ville. Trois autres le seront dans les jours qui suivent.

    Les activistes interpellé·es risquent des amendes importantes, voire l’emprisonnement. C’est le cas de Mali, une manifestante parvenue à bloquer la circulation du Sydney Harbour Tunnel avec son véhicule pendant une heure le lundi 27 juin. Comme elle, ces derniers mois, les militantes et militants australiens font face à des sanctions toujours plus importantes et à une répression policière grandissante.

    À l’image du groupe Dernière Rénovation en France, Blockade Australia et Fireproof Australia, deux mouvements de désobéissance civile, multiplient les blocages. En avril, Violet, militante de Fireproof Australia, a bloqué, avec d’autres activistes, une voie du célèbre Sydney Harbour Bridge. Aucun d’eux ne s’attendait à faire face à de telles sanctions.

    Violet vit désormais loin de Sydney, à Lismore, ville affectée par des inondations meurtrières en février et mars, qu’elle aide à reconstruire. Elle raconte : « Je suis montée sur notre camion, sur le pont, et j’ai allumé un fumigène. La police m’a interpellée et j’ai passé deux nuits en détention provisoire… » Elle dénonce ses conditions de détention. « On a refusé de me nourrir, on m’a menacée de violences sexuelles, volé certains effets personnels. Puis j’ai été assignée à résidence pendant 21 jours dans mon petit appartement, avec l’interdiction de rentrer en contact avec ma communauté. »

    Aujourd’hui encore dans l’attente d’un procès, Violet n’est plus assignée à résidence, mais s’est vu imposer un couvre-feu strict : « Je dois être chez moi entre 7 heures et 10 heures, puis entre 15 heures et 19 heures. La police vient vérifier régulièrement. C’est épuisant. »

    Violet n’est qu’un cas parmi d’autres. Jay était lui aussi au blocage du Harbour Bridge, où il a collé ses mains à la route. « J’ai passé quatre jours en détention au poste de police, puis 42 jours en assignation à résidence. Puis le juge m’a infligé 350 heures de travaux d’intérêt général, et 7 196 dollars d’amende (4 834 euros). Et si je commets la moindre infraction dans les prochains mois, j’irai directement en prison. »

    La détention, Andrew, lui, en a fait la lourde expérience : pendant 17 jours, dont 14 dans l’un des établissements les plus sécurisés du pays : celui de Silverwater, à l’ouest de Sydney. « J’ai interrompu un match de rugby à Sydney, en avril, avec un fumigène. Parce que j’avais déjà bloqué des routes et reçu des amendes, j’ai été condamné à trois mois de prison. » Après avoir fait appel, le militant a finalement été relâché.

    Ces activistes, même s’ils sont conscients qu’ils s’exposent au risque d’être arrêtés lors de leurs actions, restent néanmoins abasourdis face au durcissement actuel. Avant de démarrer leur semaine d’actions de blocage à Sydney, les militantes et militants de Blockade ont, eux, fait l’objet d’une impressionnante descente de police, sur un terrain privé où une quarantaine de personnes s’étaient réunies, le 19 juin.

    Marco, un militant, y était. « Des unités d’intervention, des enquêteurs, des unités canines, des drones, des unités anti-émeutes… On savait qu’ils allaient essayer de nous stopper, mais on ne s’attendait pas à une telle intensité d’intervention », témoigne-t-il. Deux des sept militants interpellés ce jour-là sont toujours en détention et se sont vu refuser leur demande de libération sous contrôle judiciaire dans l’attente de leur jugement.

    Pour Sophie McNeill, chercheuse pour l’ONG Human Rights Watch, cette escalade s’explique par un durcissement des législations encadrant le droit de manifester en Australie. « Il y a eu une montée des actions militantes en Nouvelle-Galles du Sud en mars et avril. Le gouvernement a réagi en passant des lois très dures. Ceux qui manifestent sans permission peuvent aujourd’hui écoper d’un peine allant jusqu’à deux ans de prison et 22 000 dollars australiens [14 780 euros] d’amende dans cet État », explique-t-elle.

    La chercheuse fait référence au « Roads and Crimes Legislation Amendment Bill 2022 », qui s’attaque aux manifestations illégales sur les routes publiques, les lignes ferroviaires, les tunnels, les ponts et les zones industrielles, visant « des écoliers qui marchent pour le climat aux manifestants contre la guerre », précise le Human Rights Law Centre (HRLC), organisme australien de surveillance des droits humains.

    Avocat principal de l’équipe chargée de la surveillance des libertés démocratiques du HRLC, Kieran Pender remarque « une tendance de lois anti-manifestation dans tous les États ces dernières années ». Les premiers ciblés sont les militants écologistes.

    « La chambre basse de l’État de Victoria a adopté une loi qui vise les personnes qui veulent stopper l’exploitation forestière », reprend Sophie McNeill. Fin juin, une loi semblable est également passée en Tasmanie. Celles et ceux reconnus coupables de tout acte d’obstruction à une entreprise encourent désormais des amendes pouvant aller jusqu’à près de 6 000 euros et/ou à une peine de prison pouvant aller jusqu’à 12 mois, voire près de 9 000 euros et 18 mois de prison si l’infraction a causé « un risque grave » pour leur propre sécurité ou celle d’autres personnes.

    « Même s’il s’agit d’un premier délit, c’est disproportionné et inquiétant car ces lois passent facilement. Il y a déjà des lois dans le Code criminel australien, dans le cas de manifestations sans autorisation », ajoute Sophie McNeill.

    À ces nouveaux textes s’ajoute un discours politique sans demi-mesure. Le mardi 28 juin, après la manifestation de Blockade Australia à Sydney, le premier ministre de l’État de Nouvelle-Galles du Sud, Dominic Perrottet, décrivait sur une radio locale les 40 activistes présent·es comme des gens « stupides ». « Ils sèment la discorde, ils sont irrespectueux, et ce sont des idiots qui subiront toute la rigueur de la loi. »

    Ce genre de discours encourage les forces de l’ordre à se permettre des pratiques plus sévères, n’hésitant pas à intimider les militants et militantes. « Attendez-vous à ce qu’on frappe à votre porte », déclarait ainsi le commissaire adjoint des forces de police de Nouvelle-Galles du Sud, Paul Dunstan, le lundi 27 juin.

    Ce n’est pas vraiment une surprise, des militant·es de Blockade Australia ayant déjà confirmé la visite de policiers à leur domicile avant même les manifestations des 27 et 28 juin. Courant mars, une nouvelle force de police, spécialement dédiée à l’investigation sur les manifestations jugées illégales, avait été lancée en Nouvelle-Galles du Sud. Elle est à l’origine de 34 arrestations de militant·es écologistes depuis la descente de police du 19 juin.

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