> **A Bordeaux, la montée en violence des apprentis fascistes**
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> Fin juin, des militants d’extrême droite agressaient violemment des passants dans le quartier populaire de Saint-Michel. Les faits, qui ne sont pas isolés, ont choqué l’opinion et confirmé la vivacité de la mouvance radicale en Gironde, menée notamment par le groupuscule Bordeaux nationaliste.
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> par Eva Fonteneau, correspondante à Bordeaux, Maxime Macé et Pierre Plottu
> publié le 14 juillet 2022 à 18h30
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> Cris de singe, saluts nazis, agressions en cascade?: la descente aux allures de ratonnade d’un groupe de jeunes hommes – des militants d’extrême droite confirment à Libé plusieurs sources – dans un quartier populaire du centre historique de Bordeaux, fin juin, a choqué. De l’avis des militants syndicaux, associatifs ou des sources judiciaires avec lesquelles nous avons pu échanger, ces événements, plus qu’un épiphénomène, sont révélateurs de l’ambiance délétère qui s’installe dans une ville jusqu’ici épargnée par le regain de violence de l’extrême droite.
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> Dans la nuit du 24 au 25 juin, le quartier Saint-Michel est plongé dans la torpeur. Soudain, un peu avant 2 heures du matin, un groupe d’une dizaine d’individus agresse femmes et hommes sans discernement. «J’ai été réveillé par un brouhaha, comme des chants de supporteurs mêlés à des insultes racistes, raconte à Libération Julien (1), un riverain qui a assisté à une partie des faits depuis sa fenêtre. J’ai compris que c’était un groupuscule d’extrême droite et mes premiers réflexes ont été d’appeler la police et de filmer, pour pouvoir montrer les images aux forces de l’ordre si elles arrivaient trop tard sur place», rapporte-t-il, abasourdi par ce déferlement de violence et ces agresseurs «totalement décomplexés».
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> Ces images mises en ligne par Nikola Dobric, étudiant et militant progressiste, ont circulé massivement sur les réseaux sociaux, contribuant à médiatiser l’affaire. On y voit des individus armés de ceintures et de barres de fer agresser et caillasser des jeunes qui s’opposent à leur présence et leurs provocations, notamment un cinglant «Mort aux Arabes». Sur d’autres images non diffusées – que Libé a pu consulter -, un jeune homme de 22 ans se fait violemment projeter contre un mur puis rouer de coups par une dizaine de personnes encagoulées.
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> **«Bombers et croix celtique»**
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> Auparavant, le même groupe aurait attaqué d’autres passants dans le quartier. A partir de 1h45, raconte à Libé un autre témoin, à la sortie d’un bar, ils «commencent à se cagouler avant de chahuter des gens, je les ai vus notamment s’en prendre verbalement à une jeune femme». D’autres récits font état de victimes frappées, aspergées de gaz lacrymogène ou encore menacées car elles avaient «des têtes à voter Mélenchon». Appelée à plusieurs reprises dès 1h52, la police arrive après la bataille. Qui a pourtant duré plus d’une demi-heure. Une enquête a été ouverte et les investigations sont toujours en cours, atteste le parquet. La vidéosurveillance du quartier a été exploitée. Une source policière confirme que trois plaintes ont été déposées par deux hommes pour violences en réunion (une autre est en cours de rédaction), et par le responsable d’un bar pour des dégradations matérielles. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucune interpellation, ni garde à vue.
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> Au milieu des cris de singe et saluts nazis, les agresseurs ont signé leur forfait en beuglant «Bordeaux nationaliste». Le nom d’un groupuscule d’extrême droite local – renforcé cette nuit-là par ses alliés de Bayonne nationaliste. Un groupement de fait : aucun statut n’est déposé, attestent les autorités, mais Libé a pu identifier qu’ils ont édité une carte de membre. Cette bande, apparue début 2019 avec ce nom, serait en réalité active depuis 2016 sous l’appellation «le Menhir».
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> Le groupe, qui s’inscrit désormais dans la mouvance radicale violente, a été monté par des anciens du Front national de la jeunesse, au look «bombers et croix celtique», glisse un de nos informateurs. Certains arborent des tatouages de croix gammée. Le blog antifasciste «Pavé brûlant» avait retracé le parcours de ces bas du front emmenés par un certain Thomas B., par ailleurs cadre du Parti de la France (pétainiste). Ils avaient leurs entrées au local de la section bordelaise du FN, le Menhir étant même, à l’origine, situé au sous-sol du parti, affirme cette même source. Puis la dédiabolisation est passée par là, il a fallu déménager. Des liens avec les frontistes ont cependant perduré, nous assurent des sources locales concordantes.
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> **Dans l’héritage du GUD**
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> «Bordeaux nationaliste, c’est un groupe de jeunes militants qui animent un bar», confirme Pierre-Marie Bonneau, avocat, militant historique de la mouvance et membre du parti Les Nationalistes (resucée de L’OEuvre française, dissoute par les autorités en 2013, à la suite de la mort de Clément Méric). Pierre-Marie Bonneau connaît bien le groupe, pour qui il a donné une conférence l’an passé : «Ils ont plutôt pris le relais du Bastion social avec une identité gudarde, influencés par la doctrine portée par Les Nationalistes d’Yvan Benedetti.»
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> Dès octobre 2019, Bordeaux nationaliste défile à l’occasion d’une manif Marchons enfants avec ses «camarades» des Zouaves Paris, une [bande dissoute par les autorités, notamment pour les violences commises au meeting de Zemmour à Villepinte](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) . Quelques jours plus tard, on les retrouve à Toulouse, au côté d’autres radicaux qui assuraient un service d’ordre pour le moins musclé. Rebelote trois mois plus tard, mi-janvier 2020, de nouveau à Paris, toujours dans un cortège d’opposants au projet de loi bioéthique, mais cette fois [l’agression d’un journaliste de France Inter est revendiquée](https://www.liberation.fr/france/2020/01/20/dimanche-a-paris-les-nationalistes-ont-battu-le-pave-et-un-journaliste_1774140/) .
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> L’activité du groupe, connecté avec cette mouvance radicale qui milite avec ses poings et s’inscrit dans l’héritage du GUD , est une litanie d’hommages aux pires antisémites, négationnistes et penseurs de l’extrême droite française. Une succession de soirées arrosées, quelques conférences très orientées, des collages d’affiches reprenant le «Rat noir» du GUD, ses slogans historiques ou tout simplement hostiles aux immigrés.
Des lâches.
Triste de voir Bordeaux contaminées par ces mouvances haineuses. J’espère que les groupements rouges et noirs, historiquement bien implantés dans la région, feront ce qu’il faut, car je doute que la police fera quoique ce soit.
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> **A Bordeaux, la montée en violence des apprentis fascistes**
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> Fin juin, des militants d’extrême droite agressaient violemment des passants dans le quartier populaire de Saint-Michel. Les faits, qui ne sont pas isolés, ont choqué l’opinion et confirmé la vivacité de la mouvance radicale en Gironde, menée notamment par le groupuscule Bordeaux nationaliste.
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> par Eva Fonteneau, correspondante à Bordeaux, Maxime Macé et Pierre Plottu
> publié le 14 juillet 2022 à 18h30
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> Cris de singe, saluts nazis, agressions en cascade?: la descente aux allures de ratonnade d’un groupe de jeunes hommes – des militants d’extrême droite confirment à Libé plusieurs sources – dans un quartier populaire du centre historique de Bordeaux, fin juin, a choqué. De l’avis des militants syndicaux, associatifs ou des sources judiciaires avec lesquelles nous avons pu échanger, ces événements, plus qu’un épiphénomène, sont révélateurs de l’ambiance délétère qui s’installe dans une ville jusqu’ici épargnée par le regain de violence de l’extrême droite.
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> Dans la nuit du 24 au 25 juin, le quartier Saint-Michel est plongé dans la torpeur. Soudain, un peu avant 2 heures du matin, un groupe d’une dizaine d’individus agresse femmes et hommes sans discernement. «J’ai été réveillé par un brouhaha, comme des chants de supporteurs mêlés à des insultes racistes, raconte à Libération Julien (1), un riverain qui a assisté à une partie des faits depuis sa fenêtre. J’ai compris que c’était un groupuscule d’extrême droite et mes premiers réflexes ont été d’appeler la police et de filmer, pour pouvoir montrer les images aux forces de l’ordre si elles arrivaient trop tard sur place», rapporte-t-il, abasourdi par ce déferlement de violence et ces agresseurs «totalement décomplexés».
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> Ces images mises en ligne par Nikola Dobric, étudiant et militant progressiste, ont circulé massivement sur les réseaux sociaux, contribuant à médiatiser l’affaire. On y voit des individus armés de ceintures et de barres de fer agresser et caillasser des jeunes qui s’opposent à leur présence et leurs provocations, notamment un cinglant «Mort aux Arabes». Sur d’autres images non diffusées – que Libé a pu consulter -, un jeune homme de 22 ans se fait violemment projeter contre un mur puis rouer de coups par une dizaine de personnes encagoulées.
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> **«Bombers et croix celtique»**
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> Auparavant, le même groupe aurait attaqué d’autres passants dans le quartier. A partir de 1h45, raconte à Libé un autre témoin, à la sortie d’un bar, ils «commencent à se cagouler avant de chahuter des gens, je les ai vus notamment s’en prendre verbalement à une jeune femme». D’autres récits font état de victimes frappées, aspergées de gaz lacrymogène ou encore menacées car elles avaient «des têtes à voter Mélenchon». Appelée à plusieurs reprises dès 1h52, la police arrive après la bataille. Qui a pourtant duré plus d’une demi-heure. Une enquête a été ouverte et les investigations sont toujours en cours, atteste le parquet. La vidéosurveillance du quartier a été exploitée. Une source policière confirme que trois plaintes ont été déposées par deux hommes pour violences en réunion (une autre est en cours de rédaction), et par le responsable d’un bar pour des dégradations matérielles. Jusqu’à présent, il n’y a eu aucune interpellation, ni garde à vue.
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> Au milieu des cris de singe et saluts nazis, les agresseurs ont signé leur forfait en beuglant «Bordeaux nationaliste». Le nom d’un groupuscule d’extrême droite local – renforcé cette nuit-là par ses alliés de Bayonne nationaliste. Un groupement de fait : aucun statut n’est déposé, attestent les autorités, mais Libé a pu identifier qu’ils ont édité une carte de membre. Cette bande, apparue début 2019 avec ce nom, serait en réalité active depuis 2016 sous l’appellation «le Menhir».
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> Le groupe, qui s’inscrit désormais dans la mouvance radicale violente, a été monté par des anciens du Front national de la jeunesse, au look «bombers et croix celtique», glisse un de nos informateurs. Certains arborent des tatouages de croix gammée. Le blog antifasciste «Pavé brûlant» avait retracé le parcours de ces bas du front emmenés par un certain Thomas B., par ailleurs cadre du Parti de la France (pétainiste). Ils avaient leurs entrées au local de la section bordelaise du FN, le Menhir étant même, à l’origine, situé au sous-sol du parti, affirme cette même source. Puis la dédiabolisation est passée par là, il a fallu déménager. Des liens avec les frontistes ont cependant perduré, nous assurent des sources locales concordantes.
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> **Dans l’héritage du GUD**
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> «Bordeaux nationaliste, c’est un groupe de jeunes militants qui animent un bar», confirme Pierre-Marie Bonneau, avocat, militant historique de la mouvance et membre du parti Les Nationalistes (resucée de L’OEuvre française, dissoute par les autorités en 2013, à la suite de la mort de Clément Méric). Pierre-Marie Bonneau connaît bien le groupe, pour qui il a donné une conférence l’an passé : «Ils ont plutôt pris le relais du Bastion social avec une identité gudarde, influencés par la doctrine portée par Les Nationalistes d’Yvan Benedetti.»
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> Dès octobre 2019, Bordeaux nationaliste défile à l’occasion d’une manif Marchons enfants avec ses «camarades» des Zouaves Paris, une [bande dissoute par les autorités, notamment pour les violences commises au meeting de Zemmour à Villepinte](https://www.liberation.fr/politique/interpellations-et-dissolution-les-zouaves-paris-dans-le-viseur-20211215_3Q77VZRBSBAO5F2GXRHDD2NINA/) . Quelques jours plus tard, on les retrouve à Toulouse, au côté d’autres radicaux qui assuraient un service d’ordre pour le moins musclé. Rebelote trois mois plus tard, mi-janvier 2020, de nouveau à Paris, toujours dans un cortège d’opposants au projet de loi bioéthique, mais cette fois [l’agression d’un journaliste de France Inter est revendiquée](https://www.liberation.fr/france/2020/01/20/dimanche-a-paris-les-nationalistes-ont-battu-le-pave-et-un-journaliste_1774140/) .
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> L’activité du groupe, connecté avec cette mouvance radicale qui milite avec ses poings et s’inscrit dans l’héritage du GUD , est une litanie d’hommages aux pires antisémites, négationnistes et penseurs de l’extrême droite française. Une succession de soirées arrosées, quelques conférences très orientées, des collages d’affiches reprenant le «Rat noir» du GUD, ses slogans historiques ou tout simplement hostiles aux immigrés.
Des lâches.
Triste de voir Bordeaux contaminées par ces mouvances haineuses. J’espère que les groupements rouges et noirs, historiquement bien implantés dans la région, feront ce qu’il faut, car je doute que la police fera quoique ce soit.