La justice est-elle laxiste ? Entre les magistrats et les citoyens, un fossé grandissant

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  1. **Alors même que les Etats généraux de la justice pointent une “réponse pénale et une sévérité croissante” de l’institution, de nombreux citoyens continuent de la percevoir comme trop permissive.**

    Durée : 9 min

    Son visage, en larmes, a fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Dans une vidéo filmée le 29 juin dernier devant le tribunal d’Evry, Karine fait part de sa détresse après la condamnation de son violeur par la Cour d’assises de l’Essonne. Jugé pour deux viols et une agression sexuelle en récidive commis en 2016, l’homme vient alors d’écoper de six ans de prison, dont quatre assortis d’un sursis probatoire, et deux ferme – mais aménageables. Pour juger cette peine, la cour d’assises a notamment retenu la situation familiale et l’insertion professionnelle de ce chauffeur de taxi, en couple et père d’un enfant de 2 ans. Des arguments que Karine rejette avec émotion dans son intervention. “Ce n’est pas juste, ce n’est pas comme ça qu’on doit rendre justice”, s’indigne-t-elle. Depuis, le parquet d’Evry-Courcouronnes a choisi de faire appel de cette décision. Mais alors que l’accusé avait été condamné à un an de prison avec sursis pour agression sexuelle sur mineur quelques mois seulement avant de croiser la route de Karine, l’affaire relance les questions, maintes fois débattues, du sens de la peine et du laxisme supposé de la justice. 

    Selon un [rapport](https://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/Images/redaction_multimedia/2021/2021-Documents_PDF/20210928_Rapport_complet_CSA.pdf) de l’Institut de sondage CSA pour le Sénat datant de septembre 2021, 69% des sondés estimaient déjà il y a un an que la justice est “tout à fait ou plutôt laxiste”, 68% qu’elle est “tout à fait ou plutôt opaque”, et 94% que l’institution est “tout à fait ou plutôt lente”. Pas moins de 49% des personnes interrogées jugeaient par ailleurs que les sanctions des meurtres et assassinats sont “assez mal ou très mal adaptées”, tout comme celles des délits financiers (65%), des délits et crimes à caractère sexuel (66%) ou des faits de petite délinquance (70%). Ces chiffres, témoins d’une défiance toujours plus forte des citoyens envers l’institution judiciaire, sont d’ailleurs repris dans le [rapport des Etats généraux de la Justice](http://www.justice.gouv.fr/_telechargement/Rapport_EGJ_20220516.pdf) (EGJ), remis à Emmanuel Macron – par pur hasard de calendrier – deux jours après la diffusion de la vidéo de Karine sur les réseaux sociaux. Après six mois de consultation, les conclusions du document dépeignent ainsi, sans détour, une institution judiciaire qui se situe “à un point de rupture”.

    Mais à contre-courant du ressenti des Français, le rapport pointe également une “réponse pénale et une sévérité croissante” de la justice, ainsi qu’un “recours à la détention provisoire significatif”. Les procédures de comparution immédiate représentent par exemple 18% des jugements rendus en matière pénale actuellement – contre 13% en 2012 -, tandis que les personnes condamnées à une peine d’emprisonnement de moins d’un an représentaient encore 26,1% du total des détenus au 1er octobre 2021. L’Observatoire international des prisons (OIP) rappelle de son côté à L’Express que les longues peines ont également “fortement augmenté” ces dernières années : le nombre de personnes écrouées exécutant une peine de prison d’au moins cinq ans a plus que doublé en 40 ans, passant de “moins de 6000 en 1980 à près de 15 000 en 2020”. Face à ce constat, et devant le chiffre croissant de surpopulation carcérale, le comité des EGJ estime “qu’une réponse fondée uniquement sur la détention […] ne peut constituer une réponse adéquate”, et insiste sur les “efforts en matière pénitentiaire” qui doivent être engagés pour “redonner un sens à la peine au service d’une réinsertion effective”. Ses douze membres se prononcent ainsi en faveur d’une diminution des “courtes peines d’emprisonnement” qui ne permettent selon eux “ni d’agir sur le comportement de la personne, ni de préparer sa réinsertion”, et recommandent de renforcer les capacités d’accueil en milieu ouvert. 

  2. TLDR la justice n’est pas laxiste. Mais c’est dur de faire appliquer des peines de prisons quand y’a plus de place en prison.

  3. La justice choisit ses cas surtout.
    Les deux histoires que je raconte là sont arrivées presque en même temps.

    Histoire 1 : je m’embrouille avec un voisin qui m’agresse avec un couteau, les flics viennent trouvent de l’héroïne chez lui alors qu’il a la garde de sa fille de 6 ans. Il a jamais vu un juge malgré plusieurs plaintes.
    Histoire 2 : un pote se bagarre en soirée, ne retrouve pas son telephone en rentrant et va porter plainte persuadé qu’on lui a joué un mauvais tour. Convoqué le lendemain, le gerant du bar avait retrouvé le téléphone sous une banquette. Il a été condamné à du sursis et de la mise a épreuve pour escroquerie a l’assurance.

    Ma confiance en la justice française est depuis proche de zero.

  4. Le problème du laxisme, pour connaître un juge, ne vient pas directement des juges.
    Le problème vient d’un manque de place.

    Les prisons sont totalement surchargées. On explique aux juges que hors cas très importants, il faut éviter l’enfermement.
    C’est pour ça qu’on se retrouve avec des peines comme ce chauffeur de taxi violeur qui font qu’il ne mettra pas un pied en prison malgré plusieurs viols et des agressions sexuelles sur mineurs…

    Ce qu’attend cette dame qui s’est faite agresser, comme une majorité de Français, c’est un éloignement de ces gens de la société pour un temps plus ou moins long.

    Mais pour ça, soit on accepte d’empiler les prisonniers, soit on accepte de payer pour construire de nouvelles prisons.

  5. > Pour la députée, le fossé entre ces différentes visions de la justice peut difficilement être comblé. “La question, c’est de savoir ce que l’on attend d’une peine de prison : souhaite-t-on un système judiciaire qui sanctionne l’individu, ou qui permette à terme sa réinsertion ?”

    Ni l’un ni l’autre. Le but premier de la justice, ça devrait être de protéger la société.

  6. Les prisons sont déjà remplie a craquer. Donc les délinquants sont relachés.

    Il y’a pas 36 solutions, soit diminuer le nombre de délinquant à la source, soit augmenter la taille des prisons, soit les 2 en même temps.

    mais devines quoi, avec le chômage en France et le manque de budget carcérale, t’auras la 4eme solution, “On laisse pourrir”

  7. Y’a pas que la justice, la police aussi pose question avec des agents qui laissent faire tout un tas de truc.

  8. Les français après 2 mois de confinement “Bouh mes libertés, je déprime, c’est pas une vie, laisser moi prendre le risque de tuer tout le monde.”

    Aussi les français quand un criminel a une peine de 2 ans et aura un bracelet plutôt que d’aller en prison “Justice laxiste, il n’a rien.”

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    Moi aussi ça me fout les boules quand je vois certaines peines, mais beaucoup sous estiment la violence que c’est de se retrouver en prison, avec des détenus de calibres différents, surpeuplées… Et malgré, tout, comme on n’enferme les gens à vie que pour des cas très extrêmes, il faut leur permettre à terme de pouvoir se réinsérer. Jamais une peine quelle qu’elle soit ne pourra compenser ou faire passer le fait qu’un gamin s’est fait écraser par un chauffard ou violer par je ne sais qui… Personne ne se dira jamais “ouais bon, il a pris cher dans une cave pendant 2 jours, mais les types ont pris une peine tellement sévère que ça valait le coût !”…

  9. Malheureusement le problème c’est que pour réaliser que c’est faux il faut penser scientifiquement et/ou être partie prenante du monde judiciaire.

    Dans le premier cas c’est à dire qu’il faut lire des données statistiques, qu’il faut creuser pour voir les chiffres de la délinquance et les emprisonnements, étudier quels pays sont bons en réinsertion et savoir si ce sont ceux qui emprisonnent le plus. Cependant tout ça prend du temps et c’est fatiguant, alors que les bas instincts animaux qui consistent à se dire qu’il faut châtier le méchant le plus possible et que c’est jamais suffisant, bah c’est très facile à exciter.

    Et comme ce sont aussi des sujets qui touchent les individus assez fortement, il suffit d’une mauvaise expérience (on le voit bien sur ce fil) pour que certains renoncent à penser à l’échelle nationale à se documenter et surinterprétent ce qu’ils ont vécu pour tirer des conclusions sans avoir tous les éléments, souvent sans même avoir la compréhension la plus basique du fonctionnement de la justice, qui est une manière technique et une institution vulnérable.

    Et justement la justice est la proie des démagogues en tout genre, qu’il s’agisse d’une police devenue en partie séditieuse ou de politiciens qui sont censés la protéger mais qui lui crachent dessus à longueur de journée.

    Donc voilà évidemment la justice n’est pas laxiste mais pour le comprendre au lieu de vous lobotomiser devant BFM ou CNEWS, lisez plutôt la production de [l’observatoire international des prisons.](https://oip.org/en-bref/la-prison-permet-elle-de-prevenir-la-recidive/#:~:text=Aucune%20%C3%A9tude%20n'a%20d%C3%A9montr%C3%A9,efficacit%C3%A9%20%C3%A0%20pr%C3%A9venir%20la%20r%C3%A9cidive)

  10. >et l’insertion professionnelle de ce chauffeur de taxi

    C’est quand même assez spécial quand on sait que c’est justement dans le cadre de sa profession de chauffeur de taxi qu’il a commis ses viols…

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