À Paris, un policier est accusé d’avoir matraqué sans motif un jeune accidenté

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  1. **Sofiane [le prénom a été changé], 24 ans, a porté plainte contre un policier du XIXe arrondissement à Paris, après avoir été violemment matraqué le 13 juillet. Il souffrait alors de plusieurs fractures à la suite d’un accident. L’IGPN a été saisie par le parquet et la préfecture annonce avoir déclenché une enquête administrative.**

    Le 13 juillet, dans le XIXe arrondissement à Paris, Sofiane* accuse un policier de l’avoir matraqué, sans aucun motif. Cela lui a occasionné une fracture de la mâchoire. Ce jour-là, à la suite d’un grave accident, il portait une minerve et le bras gauche en écharpe.

    Chargée de l’enquête préliminaire ouverte pour violences volontaires par personnes dépositaires de l’autorité publique (PDAP), l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a auditionné Sofiane, le 18 juillet, qui a déposé plainte contre plusieurs fonctionnaires du commissariat du XIXe arrondissement. Le médecin de l’unité médico-légale, qui n’a pu examiner Sofiane que dix jours après les faits, a fixé une incapacité totale de travail (ITT) de sept jours. Il a également recommandé une évaluation psychologique.

    Contactées par Mediapart, la Direction générale de la police nationale (DGPN) ainsi que la préfecture de police de Paris confirment ces informations et annoncent que « la direction d’emploi du fonctionnaire mis en cause est chargée de l’enquête administrative ». Celle-ci a d’ores et déjà été déclenchée.

    « Ils sont venus, m’ont massacré pour rien et sont repartis », relate auprès de Mediapart Sofiane, dont les lèvres, suturées et encore enflées, témoignent de la violence des coups portés, près d’une semaine après les faits.

    Ce jeune homme de 24 ans, au casier judiciaire vierge, reste encore « sous le choc » de cette nuit du 13 juillet qu’il imaginait « paisible » alors qu’aux alentours de minuit, il rejoignait ses amis pour fumer une cigarette, au bas du domicile de sa mère. Victime quelques semaines auparavant d’un grave accident de la route, le jeune homme souffre encore de multiples traumatismes l’obligeant à porter une minerve et une écharpe médicale immobilisant son bras gauche.

    « J’ai plusieurs cicatrices au visage et j’ai eu plusieurs fractures notamment aux côtes, aux cervicales et à l’omoplate. Mes mouvements sont encore limités. J’ai dû interrompre mon travail dans la restauration et je tente de me remettre petit à petit en passant des soirées tranquilles. » Le soir des faits, d’après son récit, il discute justement avec ses amis, assis sur un banc. Dans le quartier, à la veille du 14-Juillet, certains jeunes ont tiré des pétards et des équipages de police patrouillent. « Nous avons vu une voiture banalisée, certainement de la BAC, passer devant nous puis faire marche arrière et repartir », poursuit Sofiane.

    Ensuite, « tout est allé très vite ». Des policiers en uniforme, « avec casques et boucliers se sont avancés vers nous, en nous braquant avec leur flashball. Ils devaient être entre cinq et dix ». L’un d’entre eux lance alors une grenade de gaz lacrymogène vers Sofiane et ses amis qui « se lèvent, les mains en l’air », à l’exception de Sofiane, qui ne peut lever que son bras droit.

    « Mes amis ont alors crié que nous n’avions rien fait et que nous n’avions rien à voir avec ce qui se passait dans le quartier. Ce à quoi les policiers nous ont demandé de nous rasseoir et de ne pas bouger. » Les trois amis obéissent et restent immobiles sur leur banc.

    « Ils ne pouvaient que constater que, dans mon état, je ne pouvais pas faire grand-chose d’autre », commente Sofiane. En se rasseyant, il aperçoit « une autre formation de policiers à une cinquantaine de mètres, qui sont alors visés par un tir de mortier d’un jeune qui passe en courant devant eux ».

    Alors que Sofiane raconte que lui et ses amis ne bougent toujours pas, les policiers s’avancent rapidement vers eux et les chargent. « Mes amis se sont levés et ont tenté de fuir mais les policiers leur ont donné des coups et les ont fait tomber. »

    « Paniqué », Sofiane alerte alors les policiers qu’il est « accidenté » et leur crie « s’il vous plaît, arrêtez ! » Mais un policier s’approche alors de lui. Hurlant « ferme ta gueule », il le matraque violemment au visage et au niveau de son épaule gauche fracturée, d’après le jeune homme.

    « J’ai eu très peur. Puis j’étais complètement sonné », confie Sofiane, encore secoué à l’évocation de cette « nuit d’horreur ». « Je me suis rendu compte qu’il y avait un problème parce que je pissais le sang. En passant ma langue sur mes dents, je ne les sentais plus. » Lorsqu’il interroge alors le policier sur les raisons d’une telle violence, un autre agent lui balance : « Casse-toi, rentre chez toi. T’as rien à foutre là. »

    « Perdu et pris de vertige », Sofiane est raccompagné par un de ses amis au domicile de sa mère. « Quand elle m’a vu, elle s’est mise en pleurs. Elle voulait aller les voir. Mais c’était trop dangereux et inutile. »

    Aux urgences, les médecins constateront une fracture de la mâchoire. Ils devront lui recoudre la lèvre, lui replacer plusieurs dents et lui poser des bagues. Depuis, il continue d’être suivi et ne parvient toujours pas à s’alimenter normalement. « J’ai des dents cassées. Je mange encore avec une paille, confie-t-il. Je n’ose même pas me regarder dans un miroir. »

    « Aucun d’entre nous n’a été interpellé. Ils nous ont matraqués gratuitement. Comment peut-on laisser des policiers se comporter comme des voyous ?, se questionne encore le jeune homme qui est le seul à avoir porté plainte. Mes amis vivent dans le quartier et se font déjà harceler par la police. Moi, je viens de revenir depuis mon accident et je n’ai jamais eu à faire à la justice donc les policiers ne peuvent pas essayer de me salir, en sortant des affaires anciennes comme ils ont l’habitude de le faire. »

    Mais, depuis le 13 juillet, Sofiane « n’ose plus sortir seul ». Une raison supplémentaire pour que « l’impunité des policiers cesse », affirme-t-il. « Ce policier continue de travailler et peut donc encore fracasser le visage d’un autre jeune », déplore Sofiane qui espère que sa suspension sera décidée, en attendant l’issue de l’enquête.

    L’auteur des coups de matraque a été identifié et pris en photo par un des jeunes présents. « C’est un policier du commissariat du XIXe arrondissement. Il est déjà connu pour être violent », prétend Malik*, l’un des deux amis de Sofiane, présent le soir des faits et également auditionné par l’IGPN.

    « Lorsqu’il nous ont chargés, j’ai dit aux policiers de ne pas toucher mon ami. Je leur ai dit qu’il était blessé et qu’il avait eu un accident. Mais ils n’ont rien voulu entendre », se rappelle-t-il. « Les policiers m’ont dit “casse-toi”, m’ont fait tomber et m’ont frappé », dit Malik qui, ce soir-là, se préoccupait surtout pour la situation dans laquelle se trouvait son ami. « J’avais peur de le voir mourir. Un coup de matraque sur des blessures vous ne savez pas les conséquences que cela peut avoir. »

    Ce n’est pas la première fois que Malik, 20 ans, assiste à de tels comportements de la part de la police. Sans « trop d’espoir », le jeune homme « espère » néanmoins que la plainte de son ami aboutira. « On voit trop de policiers frapper gratuitement, voire tuer, et ne pas être condamné. C’est encore difficile de croire en la justice. »

    La mère de Sofiane, Nawel*, ne peut retenir ni « sa colère » ni ses larmes. « Comment peut-on s’acharner gratuitement sur un jeune qui est blessé ? Peut-on encore parler de policiers lorsque des hommes agissent ainsi ? », s’interroge-t-elle.

    L’image de son fils, le « visage en sang », reste « gravée » et sa colère encore vive. « Ce sont les jeunes du quartier qui m’ont empêchée d’aller voir les policiers. Car je n’avais qu’une envie, c’était d’aller leur demander comment ils pouvaient encore se considérer comme des hommes après ce qu’ils avaient fait. Quelle dignité peuvent-ils encore avoir ? »

    « Combative », elle a déjà cru « voir mourir » son fils lors de son accident dont il sort « avec de nombreuses fractures, un poumon qui a été perforé et plusieurs cicatrices au visage. Et là, depuis ce 13 juillet, toute sa dentition risque d’être refaite parce que plusieurs dents peuvent être dévitalisées. Physiquement et psychologiquement, c’est difficilement surmontable pour un jeune de 24 ans ». Elle souhaite que ces policiers soient rapidement « éloignés du terrain parce qu’ils représentent un véritable danger pour la société ».

    L’avocat de Sofiane, Avi Bitton, reste, quant à lui, confiant et dénonce des « violences gratuites et donc délictueuses, commises de surcroît sur une personne vulnérable ». Il tient à rappeler que le jeune homme a « un casier judiciaire vierge, est inconnu des services de police. Et selon plusieurs témoins présents, au moment des faits, il n’a eu aucun comportement justifiant l’intervention de la police qui ne l’a d’ailleurs pas interpellé ».

    Parmi les dossiers de violences policières dont hérite le nouveau préfet Laurent Nuñez, celui du commissariat du XIXe arrondissement n’est pas le plus simple : il est déjà visé par plusieurs enquêtes. La première, ouverte en avril 2021, fait suite à la plainte pour « violences » et « viol » d’un homme d’une vingtaine d’années, dont le témoignage avait été [rendu public par StreetPress](https://www.streetpress.com/sujet/1619628496-viol-deux-policiers-dans-commissariat-19e-arrondissement-paris-police-violences-racisme-igpn-justice-plainte). La deuxième fait suite aux accusations de tabassage à l’égard d’une personne interpellée. Faits relatés par le journaliste Valentin Gendrot, [dans son livre Flic](https://www.babelio.com/livres/Gendrot-Flic/1249090). Deux années durant, infiltré au sein de la police, il avait notamment passé plusieurs mois dans le commissariat du XIXe. Depuis juin 2021, une instruction est en cours sur les violences qu’il a révélées.

  2. Non? Les GUARDIENS DE LA PAIX, violents ? Sans raison ? Sur des êtres innocents, sans défense ? Voir affaiblis ? Si c’était vrai ça se saurait ! À pardon c’était les FORCES DE L’ORDRE

  3. L’utilisation d’une matraque devrait avoir les mêmes conséquences que celle de l’arme de service : une enquête systématique avec peine de prison pour les policiers lorsque l’utilisation n’était pas justifié. Pareil pour les bombes lacrymo, LBD et autres.

    Actuellement la doctrine de la police, c’est l’escalade de la violence quel que soit le contexte, en toute impunité. Les connards qui matraquent à tout va savent bien que la majorité de leurs victimes auront peur de porter plainte.

  4. Boarf, si on peut même plus se faire une petite bastonnade de temps en temps… J’veux dire, Sofiane et Malik, avec des prénoms comme ça tu sais que les mecs l’ont mérité, quand bien même là sur le coup ils avaient rien fait, ils ont probablement un casier.

    Ou vont en avoir un pour outrage à agent, parce que ce Sofiane là, il a vachement endommagé la matraque du policier en la tapant avec ces dents.

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