Bonjour à tous, j’ai l’impression de rencontrer de plus en plus de dysfonctionnements au quotidien et ça me pèse pas mal, donc je vais ventiler un peu ici.
A la base ce constat part de ma situation personnelle, je vais pas vous donner mon métier parce que ce n’est pas le cœur du problème mais toujours est-il que je bosse dans l’opérationnel dans le transport aérien et qu’on va nous mettre en place un nouveau système informatique prochainement (qui a pris énormément de retard et coûte très cher) qui est globalement inabouti. Travaillant à la formation de mes collègues sur ce nouveau système je suis en première ligne pour le constater, mais de toutes façons c’est acté, ce sera fait, c’est devenu une question politique.
Bref, ça me travaille tellement que j’en discute beaucoup avec mes proches, et chaque jour je découvre un peu plus à quel point ce genre de dysfonctionnement est monnaie courante.
En discutant avec des profs, j’ai découvert [SIRHEN](https://www.bfmtv.com/economie/le-fiasco-du-systeme-de-paie-de-l-education-nationale-a-englouti-400-millions-d-euros_AN-202002250075.html), projet démarré en 2006 et fiasco estimé entre 300 et 400 millions d’euros pour aucune avancée.
En creusant un peu le fil de ce côté là, on trouve aussi le [logiciel ONP](https://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/03/11/20002-20140311ARTFIG00127-pourquoi-bercy-abandonne-un-logiciel-de-paie-de-ses-fonctionnaires-trop-couteux.php) prévu pour le ministère du Budget, qui a coûté 300 millions avant d’être abandonné en 2014 sans avoir abouti.
Le ministère de la Défense a connu un [problème similaire avec Louvois](https://www.franceinter.fr/emissions/secrets-d-info/secrets-d-info-27-janvier-2018), mis en place en 2011 et buggé jusqu’à l’os, avec des conséquences encore d’actualité aujourd’hui.
Et là je ne vous mets que les liens vers des ratés monumentaux, mais combien de complications avec la migration vers un logiciel unique pour les services hospitaliers de Paris, avec les changements forcés de logiciel de production dans certaines grandes banques françaises, avec des erreurs récurrentes de livraison de voitures (mauvaise couleur, mauvaises options) en concession suite à des “problèmes informatiques” remontés par les vendeurs, des chantiers récents de piscine municipale livrée avec un carrelage lisse et dangereux ou de collège avec les logements du personnel sous le gymnase, tous mes proches ont au moins un exemple en ce sens à chaque fois que j’évoque le sujet…
Du coup est-ce que je me fais des films pour rien, ça a toujours été ainsi et c’est lié à la structure même des marchés publics/grosses entreprises et du mille feuille administratif associé ? Ou est-ce qu’on a vraiment un problème croissant de responsabilité puisqu’à chaque fois les prises de décision sont diluées, noyées, et personne n’a jamais à rendre de compte au final ?

26 comments
  1. A ma connaissance c’est pas une spécificité du public, le privé à des grosses casseroles également. Mais pas de la même ampleur. A leur niveau.

    Y’a bien, en France, que dans le public ou le privé ultra subventionné où on peut se permettre de gâcher des centaines de millions voire des milliards.

  2. Tu peux aussi rajouter le fiasco de la BNF avec des grandes baies vitrées… Pour la conservation des livres

    Les Archives Nationales dont le revêtement de grandes plaques blanche tombe.

    Plus globalement les délires d’architectes avec des fenêtres dans des salles d’archives, dans des archives départementales.

    Il faut se battre avec les élus qui veulent de beaux bâtiments…les problèmes sont à tous les niveaux avec parfois des aberrations mais c’est comme ça.

  3. Ce que j’ai vécu en étant présta dans une boite publique/semi-publique quelques années.

    Quand je suis arrivé, le SI était la bonne planque. En mode “*maison de repos*” pour prestas et “*maison de retraite*” pour les internes.

    On te faisait des histoires si t’étais un peu trop actif ou performant. On traitait que les trucs réglementaires. Des taches de quelques semaines dans le privé devenaient de gros projets de deux ans minimum chez nous. Ensuite, le gros projet suivant, c’était de revenir à comme c’était à l’origine.

    Bref, la grosse occupation de la journée, c’était d’organiser le dej et avec qui t’allais prendre tes pauses.

    La crise Covid a obligé le management à se réveiller vu que l’activité à presque triplée.

    Comment on rattrape des années d’immobilisme ? On vire tout le monde et on demande à une boite privée de nous fournir une solution toute faite. Par contre, on prend l’offre la moins chère bien sûr et vu qu’on a viré tout le monde, il reste plus personne pour superviser.

    Maintenant, avec de l’argent public on paie une ESN à la réputation de marchande de viande bien établie employer pour 3 cacahuètes des mecs à l’étranger sans aucune supervision.

  4. Pas spécifique au public, du tout. Des chefs tout en haut qui décident en accord avec eux mêmes qu’il faut changer un outil c’est pas nouveau loin de là.

    La vraie différence c’est que avec le public cela se sait d’avantage…

    Moi j’ai eu le cas chez un client : migration forcée vers une nouvelle version d’internet explorer. On venait déjà de changer de version (ils avaient un très vieux IE à l’époque), avec tous les tests et la reprise de code que cela impliquait, et on a embrayé sur cette seconde migration (plus pénible en plus). Pourquoi ? Un chef avait lancé son projet à lui pour se faire plaisir… sauf que pas de bol ils ont réalisé sur le tard qu’en fait la version d’IE déployée dans l’entreprise était pas compatible… donc on a fait bouger toute la boite à cause d’un projet à la con.

    Des projets inutiles c’est pas ce qui manque vraiment. Surtout les “refontes” qui généralement tentent de changer trop de trucs pour de mauvaises raisons. Cela se fait toujours dans la douleur, avec des années de souffrance pour les utilisateurs avant que l’outil devienne aussi performant que l’ancien.

  5. C’est un problème qui peut exister pour n’importe quel projet : si on change les exigences en cours de projet, les couts et délais explosent, on fait des compromis sur les exigences de départ et on obtient un résultat merdique.

    C’est pour ça qu’on essaye d’inventer des nouvelles façons de faire comme l’agile.

    Le pb des grands projets d’état c’est que c’est tellement long que la réglementation ou la politique suivie peut changer en cours de projet.

  6. Réponse 2. C’est un besoin des structures de toujours plus contrôler, optimiser, vomir de la feuille excel d’indicateurs en tous genres pour rendre le travailleur “plus productif”. C’est de l’aveuglement idéologique à ce point.

    D’autre part l’automatisation permet aux managers d’abandonner leurs responsabilités sur le dos des travailleurs ; on a eu le cas chez nous : l’agent désormais remplit ses feuilles de temps “en responsabilité” – s’il les remplit de manière fausse pour respecter les budgets c’est sa faute (et pas la hiérarchie qui met la pression pour que les budgets soient jolis), s’il les remplit de manière honnête et fait des dépassements c’est de sa faute, s’il est à court d’imputation c’est de sa faute. La hiérarchie qui est censée trouver du travail à ses agents a disparu du logiciel.

  7. Sincèrement, en étant développeur, je n’ai jamais compris comment des projets similaires peuvent prendre tant de budget. 400k, 700k,1 million, ok, mais autant ?! Ça sent l’arnaque à plein nez.

  8. Dans le même style : https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/11/30/scribe-l-introuvable-revolution-informatique-de-la-police-nationale_6104097_3224.html (probablement derrière paywall, mais vous avez l’idée)

    J’y connais pas grand chose, mais mon impression c’est ça :

    Coder des logiciels efficaces et facile à utiliser c’est dur, et ceux qui savent le faire sont payés cher par des grosses boîtes modernes. Ça demande aussi une organisation/management derrière qui comprend un minimum les enjeux et qui est assez éloignée de l’organisation/management “traditionelle”

    Les établissement publics peuvent pas payer des bons programmeurs (que ce soit en direct ou par des prestataires) et de toute façon peuvent pas les manager. Les buts de ces logiciels ne sont généralement pas partagés par toutes les parties prenantes, surtout quand il s’agit d’homogénéiser des outils de différentes services, chacun veut protéger son bout de gras et surtout ne pas changer ses façons de faire.

  9. De mon petit point de vue non expert je vois plusieurs points :

    Le commanditaire ne sait pas ce qu’il veut au fond. Plutôt que de faire des vrais choix et envisager les usages etc, on veut tout, toutes les fonctionnalités et on sait pas pourquoi. Puis les personnes changent entre temps et ont une autre vision des choses. Avant même de recevoir le logiciel, il est devenu une sorte de chimère inutilisable, vmais trop d’argent z ete mis dedans alors on rallonge et on ajoute/ change des aspects de la commande..

    La rupture de confiance : en haut de la hiérarchie, des personnes qui préfèrent faire des actions “politiques” que vraiment utiles, en vue de leurs prochaines ambitions. Au milieu, beaucoup de personnes qui sont encroutees et qui sont restées bloquées en l’an 2000 sans même s’en rendre compte. Et en bas de la hiérarchie, des précaires qui disent “oui oui c’est ca” mal payé et pas considéré

  10. Pour apporter ma pierre à l’édifice :
    J’ai effectué un stage dans une médiathèque où le SIGB (le logiciel central pour fonctionner) était, et est toujours, une version archaïque et dépassée qui rendait le travail dessus plus long, compliqué et difficile que sur les versions modernes.
    La raison ? Il ne coûtait quasiment rien à l’Agglomération.
    Il est vérolé de bugs et d’aberrations de fichiers mais les agents devaient se débrouiller seuls 80-90% du temps.

    Voilà, un petit exemple de ce qu’est la mentalité française.

  11. Pour avoir fait du soft pour l’état: on aurait pu faire des trucs mieux, qui étaient demandés par les opérationnels, qui auraient coûté moins cher, qui nous auraient moins fait chier, mais non, car c’était pas au contrat / cahier des charges.

    Contrat et cahier des charges établis des années auparavant avec une vague idée de ce qui devait être fait, et depuis gravé dans le marbre.

    Manque total de flexibilité de l’état en tant que prescripteur.

  12. La dérive des projets logiciels est quelque chose qui existe depuis l’invention de l’informatique.

    Un livre de référence sur le sujet, c’est Le Mythe du mois-homme (The Mythical Man-Month)Livre de Frederick Brooks. Il date de 1975 !!!!

    Après, il y a certainement des spécificités de la fonction publique, comme le fait qu’elle peine à attirer des profils techniques compétents en informatique car les salaires sont faibles et qu’il est facile de se faire beaucoup plus d’argent dans le privé. Du coup la supervision des projets doit en pâtir.

  13. Tu peux ajouter le logiciel de paie des armées à ta liste de casseroles. Y’a du niveau sur celui-ci.

  14. Moi je ne peux donner qu’un retour limité vu que je n’ai bossé que sur un seul projet de ce type, à l’époque j’étais dans une société privée qui bossait sur un grand projet national pour l’administration. Le but de la manip c’était de virer des opératrices de saisie (ils remplissaient des fiches papier) et de les remplacer par l’informatique. Du coup les intervenants étaient pas trop chauds pour utiliser ce genre d’outils. Au départ le code était un merdier incroyable.

    Au final quelques responsables régionaux se sont pas mal impliqués et on a sorti un truc potable, pour se faire piquer le bébé par une école d’ingénieurs qui gérait déjà 50% du truc et je me suis retrouvé au chômage (il faut dire que je n’avais pas été diplomate non plus mais j’ai fait un travail correct).

    Donc en résumé ce que j’en pense c’est que je n’avais pas remis le code au propre je n’aurai pas perdu mon boulot, et que la réussite du projet demande des personnes impliquées, car si les responsables des sites pilotes ne m’avaient pas remonté les bugs avant le passage en production ça aurait pu se passer comme tu dis.

    C’est également à cause d’expériences comme ça que je préfère travailler sur mes propres projets XD

  15. Exemple typique dans le privé : tu as un choix qui est pris par une tête dirigeante dont c’était la spécialité y’a 10 ans ou par un consultant. Les équipes techniques/support etc tirent la sonnette d’alarme mais la machine est enclenchée. Il s’avère que la tête dirigeante a lu un truc moisi ou que le consultant voulait te refiler sa propre solution qui n’est pas adaptée à ta boîte. La solution c’est forceps, dépressions, réunions d’équipe inutiles, portes claquées jusqu’à la mise en place de la solution (et l’achat de post its) qui sera remplacée par une bonne/meilleure solution quelques années plus tard ; l’ancienne solution restant dans les annales sous la forme d’une histoire qu’on raconte pour faire peur devant le feu de camp aux nouveaux venus…

    Exemple typique dans le public : appel d’offre avec un cahier des charges incomplet ou proposant des zones d’ombres. Le moins cher l’emporte de toutes les façons. Après des années de développement, d’allers-retours, d’ajout de telle ou telle spécification qui avait été oubliée ou non précisée, tu arrives à un logiciel qui fonctionne dans des conditions bien précises et toute utilisation autre est exclue. Le développeur du logiciel (dont les équipes ont maintes fois été remplacées) arrête le support le plus rapidement possible. Les équipes internes ne savent pas quoi faire de ce tas de code merdique, le support ne peut rien faire, le commanditaire de l’époque (un énarque retourné à la société civile) expliquera que c’était la meilleure solution, etc.

  16. Je suis dans la fonction publique d’État, et clairement depuis quelques années (3-4 ans ?) j’observe une belle montée en qualité des productions informatiques.

    On avait des logiciels lourds, mal branlés, pas tout à fait adaptés, et mal maintenus, et ils sont peu à peu remplacés par des nouveautés qui pour la plupart marchent vraiment pas mal. C’est un mélange d’applications développées spécifiquement pour nous (si j’ai bien compris, souvent en faisant travailler ensemble du personnel interne et des prestataires externes) et de solutions clefs en main (style Office 365, même si ça c’est pas nouveau, on a toujours été chez Microsoft pour la bureautique).
    On a de plus en plus d’applications disponibles sur nos smartphones qui nous simplifient vraiment la vie.

    Ce n’est évidemment pas parfait, y a des trucs je trouve que y a eu de vraies erreurs, mais globalement ça marche très bien.

    Ça donne un son de cloche différent des tiens, j’espère qu’on est juste un peu en avance là-dessus et que les collègues auront bientôt la même chance que nous.

  17. Excellent sujet !
    Je rage très souvent aussi devant la fuite des responsabilités, notamment en entreprise mais aussi en tant que client.

    L’autre jour j’ai visité une école flambant neuve, qui a remporté un « trophée », mais plein de malfaçons énormes ! Un bâtiment à 1M d’€ ! Censé être l’avenir des écoles…
    L’architecte qui a conçu le bâtiment, a reproché à l’équipe de l’école de ne pas avoir choisi la « bonne couleur » des meubles des écoliers. Par contre, il ne s’est pas soucié de l’écoulement des eaux usées dont le raccordement n’avait pas été fait, ni des fuites dans la toiture… un c*n ! Y a pas mieux à dire.

  18. Voila ou ca cloche IMO dans le numérique :
    * ENA au management : gens compétent et dont certain représente plus que dignement la France, mais ne voulant pas faire de vague et ne pipant pas un mot à l’IT, ne voulant pas se fâcher avec leurs copains dans le privé. Habituellement les brebis noires sont dans ce corps, qui à la particularité (pas si particulière) de ne jamais flinguer les dites brebis galeuses. (Haute fonctionnaire RSO- Cheffe de la Mission Expertise culturelle internationale aujourd’hui, malgré une condamnation pour détournement de fond en 2018 pour 400K de notes de taxi, hein, n’ayons honte de rien…).

    Heureusement que le gueux moyen doit présenter un casier vierge pour bosser dans la FP. (ENA -> 5 à 20k / mois )
    * IGPDE : centre à cancer de la fonction publique, ou centre de formation au choix. En effet, le fonctionnement en boite noire dudit organisme et son refus de financer des formations intéressantes et certifiantes :
    certification Linux kubernete, peu pas ma bonne dame, elle donne un certificat.
    8H de charlatanisme sur la PNL, no worry, quelle date vous arrange?…
    je parle même pas du p0rn et des photos de départs en retraites sur le réseau interministériel.

    * Des gens compétents, mais parfois dans des domaines dépassés ou qui ne répondent plus au besoins. Oui, peu importe votre compétences, si vous devez avoir un secrétaire à 100% pour imprimer vos e-mails (vécu, la personne avait 0 éthique au passage), vous allez diminuer la performance des services de l’état. Idem pour les impôts, ou on est passés de déclaration totalement manuscrite à 100% IT, en 10 ans. Imaginez que ça occupait plusieurs milliers de personnes au bas mot.

    * Une déconsidération forte des services IT et de la technique:
    — Soit vous êtes manager IT, fonctionnaire, généralement salaire correct (4k net +/- région parisienne en fonction de l’ancienneté ), et pour la plupart ont 0 background informatique a part leur titre… (genre admin de dom, qui ne sait pas ce qu’est un nfs/smb/tcp…. 1ere année de licence en gros en IT)
    — Soit vous êtes technique, généralement d’un corps moins bien loti ou contractuel, et votre salaire et avancement sont décorrélés de votre compétence, inversement proportionnel à votre capacité à faire des vagues. (on parle de 2k à 4k en région parisienne…). 4k étant la barre haute:
    Vous venez de comprendre, si vous êtes moyens, moyens + augmenter votre salaire en étant en dispo pour GAFAM et même sous sous GAFAM est plus rémunérateur.

    De même le salaire est proportionnel à votre age, si vous avez 25-30 ans et êtes devOps Archi Terraform + bon dev en backend, vous serez moins payé que Michel 50 ans, qui maîtrise vmplayer + php.Sans rancune Michel.

    Il y a bien un certain nombre d’exception à ces constats.

    La blague c’est que les techos partent (personnes n’a envie d’avoir un petit chef qui pipe rien à ce que vous faite) aux dépends de la fonction publique, surtout si ils sont compétents, ce qui diminue encore plus l’attractivité (personne ne veut se retrouver à travailler avec le fond du panier ou des Jean Michel Good Enough) . Les ENA / X sont tous content de filer les marchés à leur potes dans le privés pour se préparer un parachute en velours, suffit de regarder l’ancien directeur du RIE par exemple… mais honnêtement je tire pas spécialement sur lui, ce n’est pas les exemples qui manques;, suffit de regarder la liste des invités de la F publiques aux conférences :
    * Convention Microsoft
    * Google Event
    * Assise de la Secu à Monaco
    * Conférence IT au Le Pré Catelan à Paris.
    Sans compter que la clause déontologie leur est rarement appliqué (bien qu’une ancienne inspectrice du Nucléaire, se soit vu refuser la possibilité de partir chez EDF :-D, bonne grosse rigolade)

    Tout ca pour dire qu’on fini par des SPA a 10 pages, à 100k la page… ou des marchés de 3 à 10 fois les prix avec un manque de compétence à réaliser et à auditer. On pourrait globalement double les salaires des techos et résoudre pas mal de problème, mais toute augmentation dans le public fait peur politiquement, mais aussi peur de contagion, sans parler de l’incapacité à avoir une vision sur le long terme. Oui parce que à 400M€ l’appli on peut embaucher 100 dev pour 40 ans, mais chut, ca risquerait de ce savoir.

    J’aime la FP, et dire que les FP sont trop payés est super problématique et super populaire 🙁 :
    * c’est probablement vrai sur plein de sujet ou on a des gens qui en plus profite du système pour pas en branler lourd, spécifiquement au niveau manager (les super manager sont de mon expérience des gens bien payés mais qui méritent leur salaire, oui quand tu manage 1xx personnes et bosses + de 60h par semaine, rien d’étonnant à être à 10k+, n’en déplaise aux rageurs )
    * On a une fuite de gens compétents sur des sujets clés, personne ne veut être expert (b+5 plus expériences ou équivalent) pour 3 à 5 k€ à paris (avec un loyer >>1k€, impôts et 0 qualité de vie), surtout sur des sujet à enjeux de plusieurs Millions.
    Ce constat fini par cultiver la médiocrité, ce qui commence à bien se sentir, et se voir.
    Mais ne dites pas du mal, de la FP en général, il y a des gens phénoménales, qui ont accepter de diviser leur salaire par 2,3,4 voir 5 pour servir leur pays, de ne pas compter leurs heures etc.., mention spéciale à l’ANSSI pour l’IT, ou la plus part des gens la bas gagneraient plus en partant qu’en restant.
    De même en parlant de la FP, un nouveau prof en 2021, à bac +5, avec un an de stage sans choisir sa destination, ne devrait pas être SMICARD ou quasi SMICARD, c’est ce que je souhaite pour la personne qui enseigne à mes enfants °_°

  19. Je travaille dans la fonction publique, et je dirai que le gros problème que l’on a c’est que les directions des services publics au niveau national fonctionnent sur un modèle que j’appellerai ” de projets”, c’est à dire qu’ils lancent toutes sortent d’idées tous les ans, de nouveaux trucs qui sont sensés répondre à un problème, mais en réalité ce ne sont que des coquilles vides ou des fausses pistes. ça leur permet d’afficher de l’activité : “on a mis en place tel ou tel machin”, “j’ai développé le programme truc”, etc..

    Ensuite, il n’y a quasiment jamais de retour sur expérience, souvent le projet est gobé par le suivant, déformé au bout de 2 ans, abandonné avant d’avoir des résultats.. ou alors on reste avec un truc qui marche pas bien .. L’encadrement national travaille dans l’instantané et n’essaye pas de regarder ce qui marche ou pas..

    Et à la base, les agents qui ont un “vrai” truc à faire, genre produire le service qui est le cœur du métier de l’administration en question, doivent slalomer au milieu de tous les nouveaux acronymes et autres trucs à la con inventés tous les ans pour réussir à répondre aux attentes du public et à bosser efficacement.

    Un autre souci, c’est l’abus de “plate-forme” et autres “outils métiers” inutiles et pas pratiques. Un exemple tout bête : là où je suis, tous les ans on fait un entretien annuel avec son supérieur (bilan, objectifs perso, formations, etc). Cet entretien donne lieu à un compte rendu enregistré au dossier de l’agent. Il y a quelques années, c’était fait sur une trame de fichier standard en traitement de texte, rempli par le supérieur, imprimé et signé par l’agent, le N+1 et le N+2. Maintenant c’est un logiciel en ligne, qui fonctionne mal, qui te fait perdre tout ce que tu as écrit sur une erreur de connexion, si l’organigramme change c’est la misère à mettre à jour et surtout, c’est hyper relou a remplir, c’est pas du tout pratique à utiliser et à partager avec l’agent, on ne peux pas l’imprimer.. Toutes les personnes qui ont à le remplir sont d’accord, c’est de la merdre. Et personne ne nous a demandé notre avis et ça va rester comme ça. C’est un détail, mais c’est un bel exemple.

    Ce qui ferait le plus grand bien au service public, c’est qu’il n’y ai rien de nouveau pendant 5 ans, mais que l’on fasse une évaluation de ce qui marche bien ou pas, et que l’on en tire les conséquences.

    Mais comme notre pays fonctionne en cycle de 3/4 ans de com entrecoupés de 1 ans de campagne électorales, c’est mal barré ! Et pour les hauts fonctionnaires c’est un peu pareil, ça change de poste tous les 3/4 ans ..

  20. Quand on se force à mettre du privé partout et/ou à pas suffisamment se concerter et réfléchir sur un projet… Bah oui ça fait caca.

    Le soucis dans le public, c’est malgré la transparence (plus ou moins forte) au final tout le monde s’en tape le coquillage. Je vous met au défi de me dire parmi vous qui a déjà lu un compte-rendu d’une séance démocratique (conseil municipal, dép., AN, etc.).

    Entre la folie des grandeur des élus, les marchés qui sont fait (dans les respects des règles hein !) alors qu’on pourrait internaliser ça (coucou doctolib)…

  21. Un des aspects que je ne vois pas dans les commentaires c’est, il me semble, le manque d’analyse au moment de la commande. Des personnes qui ont conscience qu’il y a un problème mais n’ont pas le temps d’analyser les causes décident (une personne souvent) que la solution doit être celle là. Un appel d’offre est lancé > le prestataire choisi > puis il commence à travailler > s’aperçoit (en même temps que le commanditaire) que le projet ne résoudra en rien les problèmes.

    Je fais du design de service (très très peu populaire en France) et c’est un problème que j’ai trop souvent vu que ce soit dans le public ou dans le privé.

  22. Je viens de passer 4h30 pour m’actualiser à la caf, 16 minutes d’attentes à pôle emploi pour un document qu’ils m’ont envoyé par erreur pour me faire raccrocher au nez, je sais pas si c’est les Alpes Maritimes qui sont à la ramasse mais depuis mon retour d’Angleterre l’année dernière, rien ne vas, j’attends aussi mon renouvellement de carte vitale, demande faite en août 2020…

  23. Ce qui est incroyable aussi c’est le gâchis de ressources sans précédent. Dans une grande entreprise semi-publique, on achète des centaines de milliers de semi-conducteurs, et autres matériaux, on en jette les 3 quarts à la fin de l’année et on les rachète l’année d’après. Juste pour des raisons comptables.

  24. Je reconnais beaucoup de choses dans ce qui a été décrit par des fonx (comme moi) dans les commentaires. Je voulais ajouter une chose vue en travaillant sur un projet de refonte d’une application : mon service était l’interlocuteur de l’AMOA et on s’est retrouvés, pendant la phase de recueil des besoins, à aller voir des services à qui l’application n’était destinée que de façon très lointaine (en consultation ponctuelle) qui ont donné plein d’avis sur ce qu’ils voudraient voir intégré. Ces demandes qui semblaient clairement hors sujet et qui ajoutaient une complexité inutile au projet ont été gardées dans le projet de cahier des charges uniquement pour des raisons diplomatiques et sous pression hiérarchique : “Si on procède à la refonte sans avoir au moins fait semblant d’associer le service X et Y, ils nous pourriront auprès du cabinet du ministre”.

  25. C’est mon constat à 2 balles depuis que je suis rentré dans le monde du travail (et de l’informatique).

    C’est un monde rempli de charlatan. Potentiellement pas plus qu’ailleurs mais comme le sujet est très complexe pour un non initié, ça fonctionne mieux (et ca fait joli de dire “on se lance dans un projet à 10 Millions sur 2 ans pour que vous gagnez 2min/an de productivité !”).

    ​

    Un bon DSI est un DSI qui sait dire non. Un bon PDG est un PDG qui écoute son DSI qui dit non. Dans les fait c’est les 3/4 du temps un mauvais PDG qui veut un DSI qui dit amen à tout.

  26. Je ne sais pas si ça a toujours été ainsi, ou si ça empire. Mais je peux te rassurer (ou t’effrayer, au choix): pour avoir fait toute ma carrière dans le prive, et ayant assiste a plusieurs déploiements de grosses solutions, de lignes de production, d’usines entières? Bah ça n’est guère différent. Ce n’est sans doute pas une fatalité, mais je pense qu’en effet, passe une certaine taille, toute structure est soumise a ces problèmes.

Leave a Reply