J’ai quitté le privé pour devenir prof

6 comments
  1. Je n’ai honnêtement jamais compris le dénigrement des professeurs, ces “fonctionnaires toujours en vacances”. Quand je vois les classes dans lesquelles j’ai été, je n’aurais jamais pu faire ce métier et je suis ébahi devant le courage de ces gens.

    Dans l’article, la comparaison avec les réunions et le jeu de rôle est tellement effrayante. La réunionite dans le privé est déjà exaspérante et épuisante, imaginer faire la même chose et diriger pendant toute une journée mais avec des enfants qui peuvent être incontrôlables et qui ont du mal à rester concentrés, ça me fait froid dans le dos.

  2. > J’avais pourtant l’habitude d’animer des réunions mais je n’avais jamais eu à animer sept réunions par jour !

    Je pense que c’est ce qui me rebute le plus a l’idée d’être prof. Je vois comment je suis vidé quand je fais une formation de deux jours au taff a des clients adultes qui paient et qui savent se tenir…

    Des ados… C’est mort…

  3. > Je manageais une équipe de 25 personnes mais c’est incomparable. C’est psychologiquement épuisant car il faut savoir capter l’attention 24h sur 24.

    C’est ce qui m’a le plus marqué dans mon expérience de prof, à quel point c’était lessivant de faire une journée de cours.

    Aujourd’hui, je suis cadre, j’ai des grosses journées après lesquelles je suis fatigué, mais ça n’a rien à voir. En journée si je sens que je décline, je peux aller prendre un café, ou même simplement m’étirer en regardant par la fenêtre pendant une trentaine de secondes. Et quand je suis trop crevé, bah je fais une journée peu productive et tant pis ; c’est pas toujours possible mais la plupart du temps je peux réduire le régime, personne s’en rendra compte.
    Pareil quand je suis formateur, avec des adultes ou des gens qui ont demandé à être formés, tu peux dire « excusez-moi, je suis fatigué, j’ai besoin de 30 secondes pour reprendre mes esprits ».
    Quand t’es prof c’est pas possible. Une heure de cours, c’est une heure (enfin, 55 minutes) pendant laquelle t’es concentré à quasi 100%, quasi 100% du temps. Et si un jour t’es fatigué, eh bah peu importe, faut que tu fasses cours pareil.

    J’ai été manutentionnaire (la journée je suivais mes cours, la nuit je déplaçais des cartons dans un hangar à moins de 0°C, c’était pas un rythme de vie très sain), je suis ingé cadre, et clairement c’est prof le métier le plus fatigant que j’ai fait.

    Par contre c’était pas une mauvaise fatigue. Aujourd’hui y a des journées où ce qui me fatigue c’est d’être abruti par mon écran ou stressé par des conneries. J’ai l’impression d’avoir de la soupe dans le crâne et de perdre mon temps à faire de la merde, ça peut me niquer ma qualité de sommeil, etc.
    Là c’était pas le cas — après j’étais vacataire, donc j’avais pas le stress de me dire « ça va être ça ma vie pour les 40 prochaines années », je faisais ça quelques mois entre deux tafs.

    > Ces habitués du travail d’équipe et du système évaluations/promotion/rémunération se retrouvent face à un métier aux antipodes, **solitaire** et où les évolutions de carrière et de salaire se jouent essentiellement à l’ancienneté.

    Ça je suis pas trop d’accord, ou plutôt je pense que c’est une erreur. Clairement ce qui m’a permis de tenir quand ça a été un peu dur c’est que justement, t’es pas seul. J’en ai parlé avec les collègues, qui m’ont dit que telle classe ils avaient aussi des problèmes avec, qu’elle était pas évidente, et que c’était pas juste que j’étais un gros nul.
    Les deux vacataires qui ont lâché pendant que je l’étais, c’était des gens qui gardaient tout pour eux, de peur de passer pour des nuls j’imagine.

    Après c’est un peu ce qu’ils disent plus loin, d’une certaine manière.

    > J’aurais pu continuer si j’en avais eu financièrement besoin mais je ne crois pas au modèle de collège que nous avons développé. Les classes sont trop hétérogènes, faire de la pédagogie différenciée c’est impossible.

    Je suis pas trop d’accord non plus, je trouve que le problème c’est plus la taille des classes que l’hétérogénéité de niveau.
    Quand je voyais la différence de résultats entre les cours/td en demi-groupe et les cours en classe entière, ça me frustrait beaucoup.

    > « Il faut chercher la reconnaissance à une échelle très limitée, typiquement un gamin qui ne comprend rien sur un point et qui tout a coup va percuter »

    Ça c’est incroyablement vrai. Ce sentiment quand l’un des gamins ouvre de grands yeux et lâche un « aaah mais c’est facile en fait ! », c’est absolument indescriptible, et peut-être même inégalable.

    > Nicolas Pierron a même été surpris par la dichotomie entre des enseignants ultra rigoureux et passionnés et leur discours souvent pesant et critique vis à vis du système.

    C’est mon ressenti avec beaucoup de fonctionnaires. Beaucoup aimeraient juste avoir les moyens de faire leur boulot correctement en fait.

  4. Des héros ! Le problème c’est que la reconversion dans l’autre sens existe aussi, on en voit pas mal en maths à la fac par exemple.

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