Une nuit aux urgences de La Roche-sur-Yon, qui filtre désormais les entrées en imposant aux patients un appel préalable au 15

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  1. **En Vendée, pour espérer une prise en charge, les patients doivent désormais passer par le 15 de 23 heures à 8 h 30. Objectif, préserver les urgences, en souffrance face au manque de soignants et à l’afflux de malades, particulièrement pendant l’été.**

    « Les journées se suivent mais ne se ressemblent vraiment pas » aux urgences, glisse Jordan Gendre, praticien hospitalier de 38 ans, le regard encore alerte malgré l’heure avancée. Les nuits encore moins, dans ces services hospitaliers qui accueillent des patients 24 h/24. C’est bien ce qui fait le sel du métier, pour les urgentistes de La Roche-sur-Yon installés autour d’une tarte aux fraises ce samedi 30 juillet, au sous-sol du Centre hospitalier départemental (CHD), à quelques pas de la salle du SAMU. Il est 2 h 30 du matin. Enfin, ils ont quelques minutes pour souffler et avaler un semblant de repas après un violent rush durant lequel tout s’est accéléré.

    « Faut que les touristes aillent se coucher maintenant », lâche en riant un infirmier. Réflexion faite, ce ne sont que de « locaux » dont ce dernier s’est occupé ces dernières heures avec la structure mobile d’urgence et de réanimation (SMUR). Accident de moto, tentative de suicide médicamenteuse, hémorragie interne après un malaise… Tout semble s’être concentré autour de minuit, alors que la salle de régulation du SAMU, qui reçoit les appels au 15 et au 116 117 (médecine générale), était déjà en effervescence pour répondre aux nombreux appels estivaux de ce département touristique.

    L’année est particulière : les soignants vendéens assistent à une explosion par rapport à l’été précédent, avec 30 % d’appels en plus en juillet. Et des journées d’affluence aux urgences, comme ce lundi record du 18 juillet. Il est resté gravé dans la tête de nombreux soignants : « 233 entrées », dont « 76 dossiers juste la nuit ! », répète une aide-soignante.

    Il y a une semaine, la décision a été prise : pour préserver les urgences, en souffrance face au manque d’urgentistes (40 postes sont vacants sur 100 dans le département), un filtrage à l’entrée des services est mis en place de 23 heures à 8 h 30. Depuis le 22 juillet, la population doit passer par les numéros d’appels d’urgence avant de pouvoir être admis. Ceux qui se présentent rencontrent portes closes, et doivent actionner le téléphone installé à l’entrée pour obtenir un feu vert du 15, ou être réorientés. Et ce, dans l’ensemble des services vendéens à La-Roche-Sur-Yon comme aux Sables-d’Olonne, ou encore à Challans, Fontenay-le-Comte et Luçon, où cela commence plus tôt en général, en fin d’après-midi, comme à Montaigu, dont le service est fermé la nuit.

    **« On n’est pas à l’abri de se tromper »**

    « C’était la pire régulation de ma vie », lâche l’urgentiste Camille Brunellière, qui revient d’une intervention auprès d’un homme victime d’un accident de moto, emmené depuis au bloc opératoire. Mais ce n’est pas pour cette raison que sa soirée a été rude, ni parce que la salle des urgences vitales, la « SAUV », s’est remplie en trente minutes à peine avec trois patients en même temps dont le sien, comme cela arrive rarement. Pour la médecin de 31 ans, « l’horreur », c’était avant : ces longues heures à devoir gérer un flux d’appels qui ne s’arrêtait plus. « On me demandait des choses dans tous les sens, c’était des interruptions de tâche permanentes », dit-elle. Aucun autre médecin ne pouvait l’aider, puisque ses deux collègues urgentistes étaient en intervention SMUR. Et il ne restait donc aucune équipe de SMUR à envoyer en cas de besoin. Il a fallu jongler.

    « Il y a des chats noirs dans les équipes », lâche-t-elle avec le sourire, tout en ne pouvant s’empêcher de repenser à certains cas de sa soirée, comme cet homme désormais en réanimation, « le translucide », qui a subi une hémorragie dont l’origine n’a pas encore été identifiée. « Quand on doit aller très vite, on n’est pas à l’abri de se tromper, ou de ne pas pouvoir poser assez de questions, pointe la jeune femme. Quand j’ai eu sa famille au téléphone, ils étaient rassurants, ils disaient qu’il avait fait un malaise, qu’il était juste un peu pâle, je n’ai pas envoyé de médecin, juste les pompiers… et quand ils ont fait le bilan, c’était la cata. » A-t-elle raté quelque chose ? Refaire l’histoire, « c’est toujours facile après, avec le recul », écarte Jordan Gendre, qui s’est occupé du patient.

    Les urgentistes soutiennent ce nouveau filtrage la nuit, même si ce dispositif ajoute de nouveaux appelants sur les lignes du SAMU – elles ont été renforcées avec des assistants de régulation médicale, sans que cela ne soit suffisant. « Même si c’est horrible à dire et que je n’aime pas infantiliser les gens, il y a beaucoup de personnes à éduquer pour qu’elles ne viennent pas la nuit », souligne Camille Brunellière. Heureusement, ces dernières heures, la petite traumatologie ne s’est pas ajoutée au reste dans les couloirs des urgences de La Roche-sur-Yon.

    A l’étage au-dessus, l’infirmier d’accueil et d’orientation, Alexandre Genaudeau évalue le niveau de gravité des personnes qui arrivent aux urgences. Il a pu ainsi aller donner des coups de main pour installer les patients en salle d’urgence vitale. « Ça commence juste à se poser », dit le jeune homme de 26 ans à 3 heures du matin. Il appréhendait un peu sa première nuit avec le filtrage, et redoutait les réactions des malades à l’entrée, mais cela se passe plutôt bien.

    **Plusieurs heures d’attente**

    Depuis 23 heures, une petite dizaine de personnes ont été bloquées devant les portes du service, obligées de décrocher le téléphone avant d’espérer une prise en charge. « C’est abuser », juge une femme de 29 ans installée à l’heure charnière sur l’escalier extérieur, avec son téléphone sur l’oreille branché sur le 116 117, après avoir été recalée. Sur ce numéro tenu par la médecine générale, consacré à ce qui ne relève pas de l’urgence, les temps d’attente dépassent régulièrement plusieurs heures. La jeune femme voulait un test au Covid-19 gratuit, disant avoir du « mal à respirer », mais avoir « perdu son papier de vaccination ». « Tout ce qui ne justifie pas les urgences, on réoriente », explique l’infirmier d’accueil, qui a vu la jeune femme juste avant la fermeture officielle des portes.

    Un peu plus tard dans la nuit, vers 1 heure, une maman patiente nerveusement devant la porte avec le combiné du téléphone accroché au mur à la main, accompagné de son fils qui s’est coupé le pied avec du verre. « Je voulais juste savoir s’il fallait des points de suture », dit-elle. La famille est en ordre de bataille pour partir en vacances, bagages prêts dans la voiture, afin d’éviter la journée noire de ce week-end de chassé-croisé qui s’annonce. « On comprend bien qu’on n’est pas une urgence vitale mais ce serait bien juste si quelqu’un répondait, reprend-elle, après un quart d’heure de mise en attente. Il y en a des accros aux urgences, pas moi, je ne viens jamais, juste en dernier recours… tant pis, on s’en va ! »

    « C’est pour une admission aux urgences », enchaîne poliment Alexis dans le téléphone, arrivé quelques minutes plus tard. Le jeune homme de 20 ans a reçu un choc sur le poignet et est venu à la fin de son service de cuisinier, comme la douleur persistait. « Il n’est pas près de passer, lui », lâche gentiment l’agent de sécurité, qui dit faire beaucoup « d’explication » depuis la mise en place du filtrage. Verdict une petite heure plus tard : « Le médecin m’a dit qu’il y avait beaucoup d’accidents de la route, donc qu’il fallait revenir demain matin, parce que là c’était six heures d’attente pour mon cas », indique-t-il un peu déçu, sans oser néanmoins la moindre critique. Le décalage est en effet saisissant avec les ambulances et les camions de pompiers qui continuent d’arriver à la chaîne, derrière lui. Et de décharger ici une jeune femme en crise d’angoisse qui n’arrive plus à respirer, là une dame âgée, entourée de pompiers harnachés des pieds à la tête, pour un Covid-19.

  2. A Nantes c’est pareil. Il faut passer par un médecin régulateur du 15 avant d’y aller.
    Sauf si cas d’urgence via pompiers.
    Parfois il te redirige vers SOS médecin.
    Mais dans tous les cas ils sont top car ils arrivent a te rassurer sur certains trucs, t’évitent une attente de 8:00 sur place.

  3. « C’est pour une admission aux urgences », enchaîne poliment Alexis dans
    le téléphone, arrivé quelques minutes plus tard. Le jeune homme de 20
    ans a reçu un choc sur le poignet et est venu à la fin de son service de
    cuisinier, comme la douleur persistait

    Je sais pas, mais perso le Samu c’est vraiment pour les grandes urgences. Genre retrouver mon grand-père dans la salle de bain après qu’il ait glissé. Si j’ai mal au poignet je vais chez le médecin, même pour une fracture légère ça peut attendre. Faut croire que tout le monde ne se dit pas ça …

  4. Tiens, des urgences qui reviennent à ne traiter que des urgences, et tout de suite on se rend compte que ça va mieux.

    Ça fait du bien!

  5. Vécu hier soir aux urgences des Sables d’Olonne. On est arrivé chez la belle-maman, ma femme a une bartholinite débutée il y a 10j alors qu’on était en Espagne, rv pris avec sa gynéco en fin de semaine mais hier soir la douleur était devenue trop importante, on a attendu que le petit soit couché pour y aller, en espérant qu’ils pourraient drainer l’abcès avant que ce soit vraiment complètement infecté.

    Ben ça surprend, surtout qu’on n’était pas au courant du dispositif (quand on a l’habitude des urgences à dispo h24 on s’attend pas trop à les trouver fermées). Au début j’ai pensé que c’était une mesure pour contester le démantèlement du système de santé (les panneaux d’information sur les vitres ressemblent beaucoup aux panneaux de grèves posés à l’arrache). On a appelé le 116 117, attendu 25 minutes, puis parlé à une infirmière (qui nous a dit que 15 ou 116 117 ce sont les mêmes équipes qui répondent, ce qui me semble pas hyper optimisé) puis l’interne de garde qui nous a gentiment demandé si ça pouvait attendre le matin. Finalement on est revenus peu après l’ouverture et elle a été prise en charge très vite.

    Je sais pas trop quoi en penser, en fait. Pendant qu’on attendait devant la porte fermée que quelqu’un réponde au tel, une femme enceinte est arrivée. Et elle est repartie quasi aussi sec, j’imagine vers un autre hosto. J’entends les arguments dans l’article, mais j’ai un peu peur que ça fasse aussi perdre du temps sur les vraies grosses urgences, typiquement un problème avec une grossesse qui nécessite de se manier le derche pour traiter (et pour laquelle les patientes arrivent avec leur conjoint, pas forcément avec le SAMU). On le voit dans l’article avec le mec qui fait une hémorragie interne, la médecin ne serait ptet pas passée à côté si le patient avait été devant elle.

    Y’a probablement pas de solution miracle, et tant mieux si ça permet aux équipes de moins partir en burnout, mais avoir au moins une personne visible dans le service pour rassurer (et éventuellement admettre les vraies urgences vitales qui se présentent d’elles-mêmes) ce serait pas un mal.

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