**ENQUÊTE – Soucieux de préserver l’équilibre politique de sa majorité, le chef de l’État est longtemps resté ambigu avant de relancer la France sur la voie de l’atome.**
Une phrase. Une seule petite phrase, comme perdue au milieu d’une allocution de vingt-sept minutes, entre actualité sanitaire et non-réforme des retraites. «Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays.» Il est 20 h 22 ce mardi 9 novembre 2021, 21 millions de Français sont devant leur poste, et Emmanuel Macron renoue les fils de l’histoire nucléaire française. Quarante-sept ans après le plan Messmer et au nom de la même «indépendance énergétique», la France lance la construction d’un nouveau parc nucléaire.
Une surprise? Pas vraiment. «La campagne pour la présidentielle l’obligera à se positionner», expliquait un proche au printemps. La seule incertitude, c’était de savoir si ce «coming out» serait l’un des derniers actes du président, engageant le pays, ou l’une des premières promesses de campagne du candidat à sa réélection. L’allocution du 9 novembre, toute en ambivalence, était idoine. Mais sur le fond, s’agit-il pour Emmanuel Macron d’un virage sur l’aile, d’une accélération, ou d’un reniement? Toutes les interprétations sont possibles après cinq ans d’ambiguïtés.
**Chantier titanesque**
Le programme du candidat de 2017 était muet. «Le mot “nucléaire” n’apparaît pas une fois dans les 32 pages du livret de campagne», reconnaît un macroniste de la première heure. Dans sa course vers l’Élysée, Emmanuel Macron n’a réellement évoqué l’atome qu’en une occasion, invité par le WWF France le 9 février 2017. À l’époque, on ne parle pas tant d’ouvrir de nouvelles centrales que d’en fermer. La loi de transition énergétique (LTE), portée par Ségolène Royal et promulguée en août 2015, plafonne à 63,2 GW la capacité installée en France et fixe l’objectif de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % à 50 % en 2025. «Je garderai le cadre de la LTE. Il est bon. Je maintiens le cap et le calendrier», promet le candidat Macron. Et il s’engage à mettre en œuvre la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Ministre de l’Économie (août 2014-août 2016), Emmanuel Macron ne partageait en rien le substrat antinucléaire de cette loi. Mais il évitait de prendre de front l’animal politique Ségolène Royal. Chacun dans son couloir. Et dans le sien, le ministre de l’Économie ne cachait pas ses convictions. «Pas de défaitisme! Le nucléaire, c’est fichu? Non, il y a un avenir!», lance-t-il chez Areva au Creusot au printemps 2016.
Il croit à l’EPR – «C’est du nucléaire français!» – et à ses chances à l’export. Il se bat pour qu’EDF se lance dans le chantier titanesque de l’EPR britannique de Hinkley Point. Aux 70 ans d’EDF, devant le ban et l’arrière-ban nucléarocrate, il affirme: «Si nous croyons à la filière nucléaire française, si nous croyons à l’EPR et aux générations qui vont suivre, peut-on une seule seconde penser faire l’impasse (sur ce marché)?» Et il croit au nouveau nucléaire en France. Il le dit aux employés de la centrale de Civaux: «Il y a devant nous énormément d’investissements, y compris dans de nouvelles constructions, de la nouvelle génération d’EPR, en France et sur de nouveaux marchés.» Au Creusot aussi, il parle de ces «nouveaux réacteurs qu’on va déployer en France». Pourquoi, sinon, déverser autant d’argent public – 3 milliards d’euros chez EDF qui récupère Framatome, 4 milliards de dividendes qui ne seront pas perçus et 4 milliards encore chez Areva? Le ministre a conscience de l’incohérence. Les cégétistes d’EDF à Civaux le bousculent sur Fessenheim? «Ils savent ce que j’en pense.»
**Un petit plaisir**
À défaut de se préoccuper de mix énergétique, Emmanuel Macron aborde à l’époque le dossier nucléaire par la voie qu’il connaît le mieux: celle de l’ancien banquier d’affaires. La filière est un champ de ruines, victime d’«une vraie incurie de l’État actionnaire qui a laissé les acteurs s’autodétruire». Il faut restructurer, renflouer, découper, fusionner les entreprises. Et ça commence par un petit plaisir de ministre: changer le patron d’EDF. «Lorsque je rencontre, à quelques semaines de l’expiration de mon mandat, le jeune ministre de l’Économie, qui m’a convoqué un jour d’automne 2014, le choix de l’horaire, 6 h 30 du matin, évoque davantage une exécution qu’un renouvellement», écrira Henri Proglio. Le ministre montre déjà son goût pour l’autorité et la maîtrise des horloges. Jean-Bernard Lévy est désigné volontaire pour quitter son poste chez Thales et venir chez EDF. Philippe Varin, ex-PSA, est nommé chez Areva.
Ministre, Emmanuel Macron était sans aucun doute à ranger dans la catégorie pronucléaire. C’est comme candidat qu’il a commencé à mettre ses convictions en sourdine. C’est moins une question de fond du discours que d’accent tonique. Discret sur d’éventuels nouveaux réacteurs, il promet de mettre le paquet sur le développement des renouvelables, la rénovation thermique, la mobilité électrique.
Les Marcheurs ont ramené dans leurs filets au service du candidat Macron un peu de tout, et aussi des écologistes. Des déçus d’EELV, des écolo-pragmatiques, prêts à renoncer à la gauche… mais pas à leur hostilité viscérale à l’atome. François de Rugy, Barbara Pompili se rangent derrière Emmanuel Macron. Et même Corinne Lepage. «Pendant la campagne, on a joué petit bras sur l’écologie en général et sur le nucléaire en particulier», dit un vieux Marcheur. «Sur le nucléaire, on ne savait pas vraiment ce que le ventre mou de la majorité en pensait», convient un autre, «mais on savait ce qu’en pensaient certaines des plus vocaux, les Matthieu Orphelin, Cédric Villani, Aurélien Taché etc. ». «Le président a été élu avec une majorité en 2017, et il finit le quinquennat avec une autre», analyse aujourd’hui un proche de l’exécutif.
**Prise de guerre**
En mai 2017, la composition du gouvernement présage d’un écartèlement. Bruno Le Maire entre à Bercy. Candidat à la primaire de la droite en 2016, il avait promis de ne pas fermer Fessenheim. Édouard Philippe s’installe à Matignon. Côté atome, pas de mystère: le maire du Havre a travaillé chez Areva. Mais au ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) débarque Nicolas Hulot, la prise de guerre. «Il y a plein d’experts dans ce gouvernement. Pourquoi faut-il que nous ayons droit à une autre diva?», soupire un ponte de l’énergie.
Emmanuel Macron le confiera plus tard (1), sur l’écologie, il a eu «la foi des nouveaux convertis». Mais à peine l’exécutif est-il installé qu’elle fait les gros titres: le 1er juin, Donald Trump sort de l’accord de Paris. Emmanuel Macron réplique avec son fameux «Make our planet great again». Un mois plus tard, Nicolas Hulot dévoile son plan climat. L’attention médiatique se concentre sur une mesure choc: la fin des véhicules thermiques en 2040. La transition énergétique promet alors une croissance des besoins d’électricité en forme de cuvette. On a le temps.
«Personne ne le réalise alors, mais la loi Hulot inscrit la réduction des émissions de CO2 en impératif numéro un. La loi de 2015 poursuivait plusieurs objectifs, parfois contradictoires, placés au même rang de priorité», relève a posteriori un expert. Le climat vient de passer devant la réduction du nucléaire dans l’ordre des priorités. Le calvaire de Nicolas Hulot vient de commencer. Celui d’Édouard Philippe, agent traitant du ministre tourmenté, aussi. «Bien qu’entretenant de bons rapports avec (lui), il a beaucoup “souffert” avec son ministre», écrit François de Rugy.
**Gâchis**
En juillet 2017, Nicolas Hulot articule un chiffre: 50% de nucléaire en 2025, cela veut dire 17 réacteurs fermés. Tout le monde lui tombe dessus. La droite hurle au gâchis, Greenpeace à la trahison et en réclame au moins dix de plus. Le premier ministre assure le rétropédalage: rien ne sera décidé avant fin 2018. Bienvenue au gouvernement! «Confrontés à la réalité du pouvoir, les idéalistes sont malheureux», écrivent Édouard Philippe et Gilles Boyer (Impressions et lignes claires).
Le 7 novembre 2017, le ministre avale la couleuvre. À la sortie du Conseil des ministres, Nicolas Hulot enterre l’échéance 2025, «pas raisonnable». Les tics faciaux révèlent les conflits intérieurs. «Je suis lucide sur le fait que j’ai parfois été manipulé. (…) Ce jour-là, je me suis senti totalement utilisé et même humilié», écrira-il (D’un monde à l’autre, avec Frédéric Lenoir). Nicolas Hulot ne dit pas quand les 50 % seront atteints. C’est Édouard Philippe qui s’en charge: «À l’horizon 2035.»
Dix ans de plus. Le renoncement se fonde sur un rapport remis par RTE, le Réseau de transport d’électricité, qui estime qu’il faudrait ouvrir une vingtaine de centrales à gaz et préserver celles au charbon pour en fermer 17 nucléaires. Entre deux maux, il faut choisir. Le nucléaire, par la voix de Nicolas Hulot, vient de gagner ses galons d’allié du climat. À Bercy, Le Maire en fait une des dix filières stratégiques dans le cadre du Conseil national de l’industrie. EDF, qui connaît ses gammes de relations institutionnelles, prépare un grand plan solaire.
Ce 7 novembre, Nicolas Hulot s’emporte. «Depuis le vote de la LTE, absolument aucune mesure, aucune disposition, n’a été prise.» Rien. Nada. «Tout le monde savait» que la loi de 2015 était inapplicable. Mais l’exécutif ne change que le calendrier, pas le fond. Le député LR Julien Aubert tempête: «En changeant de président, vous n’étiez pas obligés de garder le pire engagement que François Hollande avait pris!»
Paragraphe qui résume pas mal.
>«Le président a joué avec le temps. Il a fait de la politique. En 2018, il aurait fait exploser sa majorité. En novembre 2021, ça passe comme une lettre à la poste», sourit une source gouvernementale. L’industrie est devenue cause nationale. Fini le temps où, écrit Bruno Le Maire dans Un éternel soleil,«nous avons cédé aux peurs et aux approximations des adversaires du nucléaire». L’opinion a évolué sur le climat. Et sur l’énergie, dont la disponibilité n’est plus une évidence, après des black-out aux États-Unis et les hivers tendus en France. Et il est temps de couper court au match entre éolien et nucléaire que la droite installe en vue de la présidentielle.
A toi de juger.
Ouvrir des centrales à charbon
tuer l’industrie ou la France est leader mondiale et qui a une des plus basse émission carbone.
L’energie renouvelable avec le problème des batteries est pas encore viable
Parce qu’on ne peut pas être capitaliste ET écologique, donc il faut plus consommer, plus d’énergie.
Il a toujours été pro nucléaire puisque pas écologique car pro capitaliste.
Oubliez pas de construire 5-10 réacteur de plus pour exporter vers l’Allemagne, ils vont en avoir besoin.
Le pragmatisme ?
Très intéressant. Ça montre tout de même les limites de l’alliance LREM avec au final des députés qui ont des avis extrêmement différents. Heureux que EM ait finalement changé d’avis (ou plutôt qu’il ait décidé d’assumer son avis). Personnellement, j’attends qu’il mette un vrai pro-nucleaire à l’énergie en 2022 si il est élu et qu’il sorte aussi du placard sur l’immigration.
>longtemps resté ambigu
Non. Il était anti, il est devenu pro.
C’est pas “ambigu” de se présenter avec une part à 50% du nucléaire en 2025, de fermer Fessenheim, d’arrêter le projet Astrid. Ça n’a rien d’ambigu.
Son bilan pour l’instant, c’est -2 réacteurs. Ça ne se rattrape pas en une phrase.
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**ENQUÊTE – Soucieux de préserver l’équilibre politique de sa majorité, le chef de l’État est longtemps resté ambigu avant de relancer la France sur la voie de l’atome.**
Une phrase. Une seule petite phrase, comme perdue au milieu d’une allocution de vingt-sept minutes, entre actualité sanitaire et non-réforme des retraites. «Nous allons, pour la première fois depuis des décennies, relancer la construction de réacteurs nucléaires dans notre pays.» Il est 20 h 22 ce mardi 9 novembre 2021, 21 millions de Français sont devant leur poste, et Emmanuel Macron renoue les fils de l’histoire nucléaire française. Quarante-sept ans après le plan Messmer et au nom de la même «indépendance énergétique», la France lance la construction d’un nouveau parc nucléaire.
Une surprise? Pas vraiment. «La campagne pour la présidentielle l’obligera à se positionner», expliquait un proche au printemps. La seule incertitude, c’était de savoir si ce «coming out» serait l’un des derniers actes du président, engageant le pays, ou l’une des premières promesses de campagne du candidat à sa réélection. L’allocution du 9 novembre, toute en ambivalence, était idoine. Mais sur le fond, s’agit-il pour Emmanuel Macron d’un virage sur l’aile, d’une accélération, ou d’un reniement? Toutes les interprétations sont possibles après cinq ans d’ambiguïtés.
**Chantier titanesque**
Le programme du candidat de 2017 était muet. «Le mot “nucléaire” n’apparaît pas une fois dans les 32 pages du livret de campagne», reconnaît un macroniste de la première heure. Dans sa course vers l’Élysée, Emmanuel Macron n’a réellement évoqué l’atome qu’en une occasion, invité par le WWF France le 9 février 2017. À l’époque, on ne parle pas tant d’ouvrir de nouvelles centrales que d’en fermer. La loi de transition énergétique (LTE), portée par Ségolène Royal et promulguée en août 2015, plafonne à 63,2 GW la capacité installée en France et fixe l’objectif de réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % à 50 % en 2025. «Je garderai le cadre de la LTE. Il est bon. Je maintiens le cap et le calendrier», promet le candidat Macron. Et il s’engage à mettre en œuvre la fermeture de la centrale de Fessenheim.
Ministre de l’Économie (août 2014-août 2016), Emmanuel Macron ne partageait en rien le substrat antinucléaire de cette loi. Mais il évitait de prendre de front l’animal politique Ségolène Royal. Chacun dans son couloir. Et dans le sien, le ministre de l’Économie ne cachait pas ses convictions. «Pas de défaitisme! Le nucléaire, c’est fichu? Non, il y a un avenir!», lance-t-il chez Areva au Creusot au printemps 2016.
Il croit à l’EPR – «C’est du nucléaire français!» – et à ses chances à l’export. Il se bat pour qu’EDF se lance dans le chantier titanesque de l’EPR britannique de Hinkley Point. Aux 70 ans d’EDF, devant le ban et l’arrière-ban nucléarocrate, il affirme: «Si nous croyons à la filière nucléaire française, si nous croyons à l’EPR et aux générations qui vont suivre, peut-on une seule seconde penser faire l’impasse (sur ce marché)?» Et il croit au nouveau nucléaire en France. Il le dit aux employés de la centrale de Civaux: «Il y a devant nous énormément d’investissements, y compris dans de nouvelles constructions, de la nouvelle génération d’EPR, en France et sur de nouveaux marchés.» Au Creusot aussi, il parle de ces «nouveaux réacteurs qu’on va déployer en France». Pourquoi, sinon, déverser autant d’argent public – 3 milliards d’euros chez EDF qui récupère Framatome, 4 milliards de dividendes qui ne seront pas perçus et 4 milliards encore chez Areva? Le ministre a conscience de l’incohérence. Les cégétistes d’EDF à Civaux le bousculent sur Fessenheim? «Ils savent ce que j’en pense.»
**Un petit plaisir**
À défaut de se préoccuper de mix énergétique, Emmanuel Macron aborde à l’époque le dossier nucléaire par la voie qu’il connaît le mieux: celle de l’ancien banquier d’affaires. La filière est un champ de ruines, victime d’«une vraie incurie de l’État actionnaire qui a laissé les acteurs s’autodétruire». Il faut restructurer, renflouer, découper, fusionner les entreprises. Et ça commence par un petit plaisir de ministre: changer le patron d’EDF. «Lorsque je rencontre, à quelques semaines de l’expiration de mon mandat, le jeune ministre de l’Économie, qui m’a convoqué un jour d’automne 2014, le choix de l’horaire, 6 h 30 du matin, évoque davantage une exécution qu’un renouvellement», écrira Henri Proglio. Le ministre montre déjà son goût pour l’autorité et la maîtrise des horloges. Jean-Bernard Lévy est désigné volontaire pour quitter son poste chez Thales et venir chez EDF. Philippe Varin, ex-PSA, est nommé chez Areva.
Ministre, Emmanuel Macron était sans aucun doute à ranger dans la catégorie pronucléaire. C’est comme candidat qu’il a commencé à mettre ses convictions en sourdine. C’est moins une question de fond du discours que d’accent tonique. Discret sur d’éventuels nouveaux réacteurs, il promet de mettre le paquet sur le développement des renouvelables, la rénovation thermique, la mobilité électrique.
Les Marcheurs ont ramené dans leurs filets au service du candidat Macron un peu de tout, et aussi des écologistes. Des déçus d’EELV, des écolo-pragmatiques, prêts à renoncer à la gauche… mais pas à leur hostilité viscérale à l’atome. François de Rugy, Barbara Pompili se rangent derrière Emmanuel Macron. Et même Corinne Lepage. «Pendant la campagne, on a joué petit bras sur l’écologie en général et sur le nucléaire en particulier», dit un vieux Marcheur. «Sur le nucléaire, on ne savait pas vraiment ce que le ventre mou de la majorité en pensait», convient un autre, «mais on savait ce qu’en pensaient certaines des plus vocaux, les Matthieu Orphelin, Cédric Villani, Aurélien Taché etc. ». «Le président a été élu avec une majorité en 2017, et il finit le quinquennat avec une autre», analyse aujourd’hui un proche de l’exécutif.
**Prise de guerre**
En mai 2017, la composition du gouvernement présage d’un écartèlement. Bruno Le Maire entre à Bercy. Candidat à la primaire de la droite en 2016, il avait promis de ne pas fermer Fessenheim. Édouard Philippe s’installe à Matignon. Côté atome, pas de mystère: le maire du Havre a travaillé chez Areva. Mais au ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) débarque Nicolas Hulot, la prise de guerre. «Il y a plein d’experts dans ce gouvernement. Pourquoi faut-il que nous ayons droit à une autre diva?», soupire un ponte de l’énergie.
Emmanuel Macron le confiera plus tard (1), sur l’écologie, il a eu «la foi des nouveaux convertis». Mais à peine l’exécutif est-il installé qu’elle fait les gros titres: le 1er juin, Donald Trump sort de l’accord de Paris. Emmanuel Macron réplique avec son fameux «Make our planet great again». Un mois plus tard, Nicolas Hulot dévoile son plan climat. L’attention médiatique se concentre sur une mesure choc: la fin des véhicules thermiques en 2040. La transition énergétique promet alors une croissance des besoins d’électricité en forme de cuvette. On a le temps.
«Personne ne le réalise alors, mais la loi Hulot inscrit la réduction des émissions de CO2 en impératif numéro un. La loi de 2015 poursuivait plusieurs objectifs, parfois contradictoires, placés au même rang de priorité», relève a posteriori un expert. Le climat vient de passer devant la réduction du nucléaire dans l’ordre des priorités. Le calvaire de Nicolas Hulot vient de commencer. Celui d’Édouard Philippe, agent traitant du ministre tourmenté, aussi. «Bien qu’entretenant de bons rapports avec (lui), il a beaucoup “souffert” avec son ministre», écrit François de Rugy.
**Gâchis**
En juillet 2017, Nicolas Hulot articule un chiffre: 50% de nucléaire en 2025, cela veut dire 17 réacteurs fermés. Tout le monde lui tombe dessus. La droite hurle au gâchis, Greenpeace à la trahison et en réclame au moins dix de plus. Le premier ministre assure le rétropédalage: rien ne sera décidé avant fin 2018. Bienvenue au gouvernement! «Confrontés à la réalité du pouvoir, les idéalistes sont malheureux», écrivent Édouard Philippe et Gilles Boyer (Impressions et lignes claires).
Le 7 novembre 2017, le ministre avale la couleuvre. À la sortie du Conseil des ministres, Nicolas Hulot enterre l’échéance 2025, «pas raisonnable». Les tics faciaux révèlent les conflits intérieurs. «Je suis lucide sur le fait que j’ai parfois été manipulé. (…) Ce jour-là, je me suis senti totalement utilisé et même humilié», écrira-il (D’un monde à l’autre, avec Frédéric Lenoir). Nicolas Hulot ne dit pas quand les 50 % seront atteints. C’est Édouard Philippe qui s’en charge: «À l’horizon 2035.»
Dix ans de plus. Le renoncement se fonde sur un rapport remis par RTE, le Réseau de transport d’électricité, qui estime qu’il faudrait ouvrir une vingtaine de centrales à gaz et préserver celles au charbon pour en fermer 17 nucléaires. Entre deux maux, il faut choisir. Le nucléaire, par la voix de Nicolas Hulot, vient de gagner ses galons d’allié du climat. À Bercy, Le Maire en fait une des dix filières stratégiques dans le cadre du Conseil national de l’industrie. EDF, qui connaît ses gammes de relations institutionnelles, prépare un grand plan solaire.
Ce 7 novembre, Nicolas Hulot s’emporte. «Depuis le vote de la LTE, absolument aucune mesure, aucune disposition, n’a été prise.» Rien. Nada. «Tout le monde savait» que la loi de 2015 était inapplicable. Mais l’exécutif ne change que le calendrier, pas le fond. Le député LR Julien Aubert tempête: «En changeant de président, vous n’étiez pas obligés de garder le pire engagement que François Hollande avait pris!»
Paragraphe qui résume pas mal.
>«Le président a joué avec le temps. Il a fait de la politique. En 2018, il aurait fait exploser sa majorité. En novembre 2021, ça passe comme une lettre à la poste», sourit une source gouvernementale. L’industrie est devenue cause nationale. Fini le temps où, écrit Bruno Le Maire dans Un éternel soleil,«nous avons cédé aux peurs et aux approximations des adversaires du nucléaire». L’opinion a évolué sur le climat. Et sur l’énergie, dont la disponibilité n’est plus une évidence, après des black-out aux États-Unis et les hivers tendus en France. Et il est temps de couper court au match entre éolien et nucléaire que la droite installe en vue de la présidentielle.
A toi de juger.
Ouvrir des centrales à charbon
tuer l’industrie ou la France est leader mondiale et qui a une des plus basse émission carbone.
L’energie renouvelable avec le problème des batteries est pas encore viable
Parce qu’on ne peut pas être capitaliste ET écologique, donc il faut plus consommer, plus d’énergie.
Il a toujours été pro nucléaire puisque pas écologique car pro capitaliste.
Oubliez pas de construire 5-10 réacteur de plus pour exporter vers l’Allemagne, ils vont en avoir besoin.
Le pragmatisme ?
Très intéressant. Ça montre tout de même les limites de l’alliance LREM avec au final des députés qui ont des avis extrêmement différents. Heureux que EM ait finalement changé d’avis (ou plutôt qu’il ait décidé d’assumer son avis). Personnellement, j’attends qu’il mette un vrai pro-nucleaire à l’énergie en 2022 si il est élu et qu’il sorte aussi du placard sur l’immigration.
>longtemps resté ambigu
Non. Il était anti, il est devenu pro.
C’est pas “ambigu” de se présenter avec une part à 50% du nucléaire en 2025, de fermer Fessenheim, d’arrêter le projet Astrid. Ça n’a rien d’ambigu.
Son bilan pour l’instant, c’est -2 réacteurs. Ça ne se rattrape pas en une phrase.