Menace terroriste d’extrême droite: la France en première ligne

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  1. **Menace terroriste d’extrême droite: la France en première ligne**

    Selon le rapport annuel d’Europol sur le terrorisme dans le Vieux Continent, l’Hexagone totalise 37% des interpellations en Europe en lien avec des affaires de terrorisme jihadiste et 45% de celles concernant le terrorisme d’extrême droite.

    par Pierre Plottu et Maxime Macé
    publié le 9 août 2022 à 18h03

    Près de la moitié des arrestations menées dans le cadre de dossiers terroristes d’extrême droite en Europe, en 2021, l’ont été en France. Ce constat est tiré du dernier rapport d’Europol sur la situation et les tendances du terrorisme au sein de l’Union européenne (TE-SAT), publié mi-juillet. Un document qui confirme notamment que si le terrorisme jihadiste reste la principale menace, quoique moins virulente qu’au cours de la dernière décennie, les services de sécurité du Vieux Continent doivent désormais aussi faire face à celle que représentent les guerriers autoproclamés de la «race blanche».

    «Les acteurs isolés associés à l’extrémisme violent jihadiste et d’extrême droite restent la plus grande menace associée aux attentats terroristes» , analyse la directrice exécutive d’Europol, Catherine De Bolle, en introduction du rapport. La France compte plus du tiers des interpellations recensées l’an passé (140 sur 388). Dans le détail, 96 concernent des dossiers jihadistes (69 % du total français), 29 d’extrême droite (21 %), 12 indépendantistes ou assimilés (9 %) et trois d’extrême gauche (2 %). Autres chiffres : en 2021, l’Hexagone totalisait 37 % des interpellations en Europe en lien avec des affaires de terrorisme jihadiste (contre 46 % en 2019 et 39 % en 2020) et 45 % de celles concernant le terrorisme d’extrême droite (33 % il y a trois ans).

    **La pandémie de Covid, synonyme de forte hausse de la «présence en ligne et d’isolement social»**

    «L’environnement en ligne joue un rôle clé à cet égard, car il facilite l'(auto) radicalisation et la diffusion de la propagande terroriste» , écrit la directrice exécutive d’Europol Catherine De Bolle. Ses services détaillent?: «Les sites web, les blogs, les médias sociaux et diverses applications de messagerie cryptée ont joué un rôle majeur dans la diffusion de matériel de propagande pendant la crise» avec, concernant l’extrême droite, des «connexions et réseaux internationaux en ligne, avec des contacts aux Etats-Unis» . Plusieurs manuels terroristes ont notamment été écrits et diffusés sur Internet par la mouvance l’an passé. Europol souligne également que la pandémie a en outre été synonyme de forte hausse de la «présence en ligne et d’isolement social» , ce qui a «accru la sensibilité des individus à la radicalisation».

    Au niveau européen, «64 personnes soupçonnées d’être impliquées dans des activités terroristes d’extrême droite ont été arrêtées dans neuf Etats membres. Il s’agit d’une augmentation par rapport aux 34 interpellations de 2020 et aux 21 interpellations de 2019. L’une des augmentations les plus importantes du nombre d’interpellations a eu lieu en France (29 interpellations en 2021, contre cinq en 2020 et sept en 2019), peut-être liée à l’intensification de la propagande des groupes accélérationnistes transnationaux ciblant les groupes d’extrême droite français, et à l’impact des enquêtes réussies des forces de l’ordre qui ont eu lieu en 2020 et 2021» , pointe Europol.

    Une surreprésentation de la France qui n’étonne pas Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme, joint par Libé . «Il y a un regain du terrorisme d’extrême droite en France depuis plusieurs années. Il s’explique à la fois par l’irruption de conflits extérieurs comme l’Ukraine, où se retrouvent des individus de cette mouvance, la montée en puissance de l’islamisme radical et la persistance des velléités de violences contre les juifs et les francs-maçons. A cela s’agrègent des individus qui s’inscrivent dans la mouvance complotiste. Depuis 2017, les services de sécurité français ont déjoué huit projets d’attentats liés à l’extrême droite et ont ouvert onze enquêtes» , explique-t-il.

    **«Gamification de la propagande»**

    L’accélérationnisme, «doté d’un potentiel important d’incitation à la violence», souligne le rapport dans son chapitre consacré à l’extrême droite, était l’une des «idéologies les plus en vue en 2021» . Celle-ci promeut l’action destinée à préparer et précipiter la guerre civile raciale, expression rendue célèbre dans la mouvance par un livre du racialiste français Guillaume Faye . Europol souligne en outre que le «courant de la Nouvelle Droite» , dont Faye était l’un des principaux théoriciens, a des ramifications «opérant dans toute l’Europe» et cite le mouvement identitaire initié par les Français de Génération identitaire (groupe dissous l’an passé pour son racisme et sa violence ). «Bien qu’elle ne soit pas extrémiste ou violente en soi, la Nouvelle Droite a le potentiel d’inciter à la haine et à la violence», alerte Europol.

    «La radicalisation des très jeunes hommes, souvent encore mineurs, est très préoccupante», soulignent enfin les auteurs du rapport dans le chapitre dédié à l’extrême droite. Celui-ci met en exergue une propagande ciblant ce public notamment sur les «applications et plateformes de jeu» , mais aussi par l’utilisation de jeux vidéo, créés ou détournés par la mouvance à des fins de communication. Le rapport parle de «gamification de la propagande, par exemple à travers la création d’utopies fascistes où le jeu de rôle raciste est facilité dans les jeux vidéo».

    «L’extrême droite radicale utilise les canaux qui ont marché pour l’islamisme radical. Il y a un certain mimétisme dans les outils de propagande prisés par ces deux mouvances et notamment sur les plateformes utilisées par les jeunes» , s’inquiète Jean-Charles Brisard.

    L’extrême droite a su surfer sur la pandémie pour diffuser sa propagande, souligne le rapport d’Europol, qui précise que «la (préparation des) attaques et incidents s’est poursuivie malgré les restrictions liées au Covid-19, lesquelles, dans certains cas, l’ont motivée». Dès le début de la crise, extrémistes de droite comme de gauche s’en sont emparés pour diffuser «de nouveaux sujets de propagande, […] notamment les théories du complot sur l’origine de la pandémie, la désinformation sur le déploiement de la vaccination et les allégations de surveillance de masse par les autorités». Pour la directrice exécutive d’Europol, Catherine De Bolle, «l’impact sociétal de la pandémie de Covid-19 restera avec nous pendant un certain temps et nous devons rester vigilants quant à certains des défis à long terme qui découlent de cette crise sans précédent».

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