> **En Crimée, des explosions sur une base russe embarrassantes pour le Kremlin**
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> Emmanuel Grynszpan
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> La péninsule, dont l’annexion par la Russie en 2014 fait la fierté de Vladimir Poutine, a jusqu’ici été épargnée par le conflit.
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> Le rêve d’une Crimée sanctuarisée et isolée de la guerre par Moscou a volé en éclats. La péninsule annexée par la Russie en 2014 a été le théâtre, mardi 9 août, d’une série d’explosions sur un aérodrome militaire très utilisé par l’aviation russe pour tirer des missiles de croisière contre l’Ukraine. L’origine reste encore incertaine, mais la version la plus probable est celle d’une première attaque effectuée avec succès par l’armée ukrainienne, peut-être grâce à des missiles de longue portée livrés par un allié occidental. Ce qui signifierait le franchissement d’une ligne rouge définie par Vladimir Poutine, à savoir l’usage d’armes occidentales contre ce que la Russie juge faire partie de son territoire national.
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> Outre son importance symbolique pour le chef du Kremlin, la Crimée abrite le siège de la flotte russe de la mer Noire, considérée par Moscou comme vitale pour sa défense. Pressentant le danger croissant d’une attaque, la Russie a déjà transféré une partie de sa flotte vers le port de Novorossiïsk, plus au sud, au mois de juillet.
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> Mardi, un grand nombre de vidéos publiées sur les réseaux sociaux a fourni des indices sur ce qui s’est passé sur la base d’aviation navale de Saky, sur la côte sud de la Crimée. Les témoins ont commencé à filmer les événements après ce qu’on devine avoir été une première explosion. Une longue colonne de fumée noire monte en diagonale dans le ciel bleu azur lorsque surviennent deux énormes explosions presque simultanées à au moins cent mètres de distance l’une de l’autre. Deux boules de feu s’élèvent rapidement dans une forme de champignon typique. Cette quasi-concomitance évoque les frappes de missiles tirés en salve.
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> **De nombreux bâtiments civils fortement endommagés**
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> Or, la base de Saky se trouve à environ 210 km de la zone la plus proche sous contrôle ukrainien. Très peu d’armes dans l’arsenal ukrainien permettent des frappes aussi éloignées et surtout aussi précises. Le missile antinavires ukrainien Neptune peut couvrir la distance et atteindre un objectif terrestre, mais Kiev n’en a qu’un tout petit nombre destiné en principe à protéger les côtes dans la région d’Odessa d’un débarquement. En outre, il s’agit d’un missile subsonique, donc vulnérable aux défenses sol-air russes.
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> L’incident aurait provoqué le départ de très nombreux estivants, jusqu’à former un long bouchon au niveau du pont de Crimée, dans le sens des retours vers la Russie
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> Ce qui saute aux yeux, c’est l’ampleur des dégâts matériels. De nombreux bâtiments civils ont été fortement endommagés et des dizaines de voitures garées à plusieurs centaines de mètres de l’aérodrome sont calcinées. Une brève vidéo, filmée elle à l’intérieur de l’aérodrome, montre un avion de combat Su-24 presque méconnaissable et dont les ailes ont disparu. Sur un cliché satellite pris quelques heures avant les explosions, trente-sept avions de combat et six hélicoptères étaient visibles sur le tarmac.
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> D’autres vidéos diffusées depuis la plage, à quelques kilomètres de là, montrent des vacanciers sidérés par la violence des explosions et quittant précipitamment les lieux. L’incident aurait provoqué le départ de très nombreux estivants, jusqu’à former un long bouchon au niveau du pont de Crimée, dans le sens des retours vers la Russie.
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> **« Ce n’est qu’un début »**
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> Les autorités russes ont immédiatement cherché à minimiser la portée de l’événement, parlant de « détonation spontanée de munitions », et écartant l’hypothèse d’une attaque ukrainienne réussie. « Aucune trace de missile ukrainien n’a été retrouvée », répètent les officiels. Le bilan des explosions serait d’un mort et de quinze blessés, selon le ministère local de la santé. « Cela rappelle le naufrage du croiseur Moskva, estime le politologue russe Andreï Kolesnikov. L’Ukraine ne doit en aucun cas être montrée comme efficace dans le récit russe. Seule l’armée russe est capable de mener des frappes chirurgicales. Les touristes russes doivent continuer à croire que la Crimée est intouchable et que les soldats russes sont infaillibles. » Le Moskva, navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, a sombré le 14 avril après avoir été touché par deux missiles Neptune ukrainiens, mais Moscou a toujours maintenu sa version, selon laquelle un incendie accidentel aurait été la cause du naufrage.
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> De leur côté, les autorités ukrainiennes ne revendiquent pas l’attaque, qui pourrait aussi être l’œuvre de saboteurs, mais Kiev avait attendu plusieurs jours avant de s’attribuer la destruction du Moskva. Dans son adresse nocturne, mardi soir, le président Volodymyr Zelensky s’est contenté d’une allusion voilée : « Cette guerre russe contre l’Ukraine et contre toute l’Europe libre a commencé avec la Crimée et s’achèvera par la libération de la Crimée. » Sur son compte Twitter, Mykhaïlo Podolyak, l’un de ses conseillers, se montrait un peu plus direct : « L’avenir de la Crimée est d’être une perle de la mer Noire, un parc national à la nature unique et une station balnéaire mondiale. Pas une base militaire pour les terroristes. Ce n’est qu’un début. »
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> Les médias ukrainiens spéculent, eux, sur l’utilisation de missiles guidés de longue portée supersoniques américains. Washington n’a pas officiellement livré ces armes à l’Ukraine, de crainte qu’elles ne soient utilisées contre le territoire russe et entraînent une nouvelle escalade. Kiev tenterait-il de tester les limites de la ligne rouge ? Sur les réseaux sociaux, mardi, de nombreux Ukrainiens exultaient à la vue des images de la panique des touristes russes.
Cette base russe est bien détaillée sur Openstreetmap.org
Il y a même un bâtiment “underground command post and communication center”. lol
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> **En Crimée, des explosions sur une base russe embarrassantes pour le Kremlin**
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> Emmanuel Grynszpan
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> La péninsule, dont l’annexion par la Russie en 2014 fait la fierté de Vladimir Poutine, a jusqu’ici été épargnée par le conflit.
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> Le rêve d’une Crimée sanctuarisée et isolée de la guerre par Moscou a volé en éclats. La péninsule annexée par la Russie en 2014 a été le théâtre, mardi 9 août, d’une série d’explosions sur un aérodrome militaire très utilisé par l’aviation russe pour tirer des missiles de croisière contre l’Ukraine. L’origine reste encore incertaine, mais la version la plus probable est celle d’une première attaque effectuée avec succès par l’armée ukrainienne, peut-être grâce à des missiles de longue portée livrés par un allié occidental. Ce qui signifierait le franchissement d’une ligne rouge définie par Vladimir Poutine, à savoir l’usage d’armes occidentales contre ce que la Russie juge faire partie de son territoire national.
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> Outre son importance symbolique pour le chef du Kremlin, la Crimée abrite le siège de la flotte russe de la mer Noire, considérée par Moscou comme vitale pour sa défense. Pressentant le danger croissant d’une attaque, la Russie a déjà transféré une partie de sa flotte vers le port de Novorossiïsk, plus au sud, au mois de juillet.
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> Mardi, un grand nombre de vidéos publiées sur les réseaux sociaux a fourni des indices sur ce qui s’est passé sur la base d’aviation navale de Saky, sur la côte sud de la Crimée. Les témoins ont commencé à filmer les événements après ce qu’on devine avoir été une première explosion. Une longue colonne de fumée noire monte en diagonale dans le ciel bleu azur lorsque surviennent deux énormes explosions presque simultanées à au moins cent mètres de distance l’une de l’autre. Deux boules de feu s’élèvent rapidement dans une forme de champignon typique. Cette quasi-concomitance évoque les frappes de missiles tirés en salve.
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> **De nombreux bâtiments civils fortement endommagés**
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> Or, la base de Saky se trouve à environ 210 km de la zone la plus proche sous contrôle ukrainien. Très peu d’armes dans l’arsenal ukrainien permettent des frappes aussi éloignées et surtout aussi précises. Le missile antinavires ukrainien Neptune peut couvrir la distance et atteindre un objectif terrestre, mais Kiev n’en a qu’un tout petit nombre destiné en principe à protéger les côtes dans la région d’Odessa d’un débarquement. En outre, il s’agit d’un missile subsonique, donc vulnérable aux défenses sol-air russes.
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> L’incident aurait provoqué le départ de très nombreux estivants, jusqu’à former un long bouchon au niveau du pont de Crimée, dans le sens des retours vers la Russie
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> Ce qui saute aux yeux, c’est l’ampleur des dégâts matériels. De nombreux bâtiments civils ont été fortement endommagés et des dizaines de voitures garées à plusieurs centaines de mètres de l’aérodrome sont calcinées. Une brève vidéo, filmée elle à l’intérieur de l’aérodrome, montre un avion de combat Su-24 presque méconnaissable et dont les ailes ont disparu. Sur un cliché satellite pris quelques heures avant les explosions, trente-sept avions de combat et six hélicoptères étaient visibles sur le tarmac.
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> D’autres vidéos diffusées depuis la plage, à quelques kilomètres de là, montrent des vacanciers sidérés par la violence des explosions et quittant précipitamment les lieux. L’incident aurait provoqué le départ de très nombreux estivants, jusqu’à former un long bouchon au niveau du pont de Crimée, dans le sens des retours vers la Russie.
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> **« Ce n’est qu’un début »**
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> Les autorités russes ont immédiatement cherché à minimiser la portée de l’événement, parlant de « détonation spontanée de munitions », et écartant l’hypothèse d’une attaque ukrainienne réussie. « Aucune trace de missile ukrainien n’a été retrouvée », répètent les officiels. Le bilan des explosions serait d’un mort et de quinze blessés, selon le ministère local de la santé. « Cela rappelle le naufrage du croiseur Moskva, estime le politologue russe Andreï Kolesnikov. L’Ukraine ne doit en aucun cas être montrée comme efficace dans le récit russe. Seule l’armée russe est capable de mener des frappes chirurgicales. Les touristes russes doivent continuer à croire que la Crimée est intouchable et que les soldats russes sont infaillibles. » Le Moskva, navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, a sombré le 14 avril après avoir été touché par deux missiles Neptune ukrainiens, mais Moscou a toujours maintenu sa version, selon laquelle un incendie accidentel aurait été la cause du naufrage.
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> De leur côté, les autorités ukrainiennes ne revendiquent pas l’attaque, qui pourrait aussi être l’œuvre de saboteurs, mais Kiev avait attendu plusieurs jours avant de s’attribuer la destruction du Moskva. Dans son adresse nocturne, mardi soir, le président Volodymyr Zelensky s’est contenté d’une allusion voilée : « Cette guerre russe contre l’Ukraine et contre toute l’Europe libre a commencé avec la Crimée et s’achèvera par la libération de la Crimée. » Sur son compte Twitter, Mykhaïlo Podolyak, l’un de ses conseillers, se montrait un peu plus direct : « L’avenir de la Crimée est d’être une perle de la mer Noire, un parc national à la nature unique et une station balnéaire mondiale. Pas une base militaire pour les terroristes. Ce n’est qu’un début. »
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> Les médias ukrainiens spéculent, eux, sur l’utilisation de missiles guidés de longue portée supersoniques américains. Washington n’a pas officiellement livré ces armes à l’Ukraine, de crainte qu’elles ne soient utilisées contre le territoire russe et entraînent une nouvelle escalade. Kiev tenterait-il de tester les limites de la ligne rouge ? Sur les réseaux sociaux, mardi, de nombreux Ukrainiens exultaient à la vue des images de la panique des touristes russes.
Cette base russe est bien détaillée sur Openstreetmap.org
Il y a même un bâtiment “underground command post and communication center”. lol