Le paradoxe de Fermi : réflexions sur la vie ailleurs… et sur Terre

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  1. **Les œuvres de fiction fourmillent de vies extraterrestres. Si la vie a émergé ailleurs, nous n’en avons encore jamais détecté le moindre indice. Plus qu’un simple jeu intellectuel, résoudre le paradoxe de Fermi sur l’existence de la vie extraterrestre invite à s’interroger sur notre compréhension de l’Univers et le futur de l’humanité. Des idées récentes conduisent à des solutions étonnantes.**

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    *Jean-Paul Delahaye*

    *20 juillet 2022|  POUR LA SCIENCE N° 538|  Temps de lecture : 15 mn*

    Durant l’été 1950, au laboratoire américain de Los Alamos, les physiciens Emil Konopinski, Edward Teller, Herbert York et Enrico Fermi discutaient autour d’un repas. Le chercheur italien, Prix Nobel en 1938, posa une question à la fois provocante et sérieuse qui a marqué et continue de marquer les esprits : « Mais où sont-ils tous ? » À une époque où les soucoupes volantes étaient en vogue, le sujet de l’existence des extraterrestres était brûlant d’actualité. La remarque de Fermi s’énonce plus justement sous la forme d’un paradoxe : on devrait les voir, mais on ne les voit pas.

    Pour être un peu plus précis, ce paradoxe résulte de deux lignes de raisonnements incompatibles. (a) La vie sur Terre ne peut pas être exceptionnelle. Le nombre d’étoiles dans la Galaxie étant très grand, celui d’espèces intelligentes devrait être assez important. En effet, les systèmes planétaires sont assez stables, ce qui donne le temps à l’évolution de la vie d’aboutir à une civilisation avancée capable de se déplacer dans la galaxie ou de nous transmettre des signaux. Il n’y a donc aucun doute que des extraterrestres sont passés depuis longtemps sur Terre ou au moins qu’ils nous ont fait parvenir des messages. (b) Il n’existe aucune preuve sérieuse que des extraterrestres sont venus sur Terre nous rendre visite et nous n’avons pas reçu de signaux provenant de l’extérieur de la Terre. Il y a une contradiction entre (a) et (b). C’est le paradoxe de Fermi.

    Nous ne chercherons pas à discuter de près la branche (b) du paradoxe. L’hypothèse de la venue d’extraterrestres repose sur des arguments souvent trop suspects ou incohérents, associés à un manque de preuves matérielles. Les scientifiques la considèrent donc comme trop faible.

    La branche (a) fait cependant du paradoxe de Fermi un problème fascinant, dont de nombreux scientifiques se sont emparés avec sérieux depuis soixante-dix ans. Tenter de le résoudre ouvre des pistes dans divers domaines, de l’astrophysique, à la biochimie en passant par les mathématiques. Des travaux récents continuent d’ailleurs d’alimenter ces réflexions. Ils offrent parfois un éclairage pertinent sur l’évolution de l’humanité et son rapport à la Terre.

    De quoi se composent les éléments de la branche (a) du paradoxe ? Tout d’abord, l’affirmation que, si elles existent, les espèces extraterrestres ont eu le temps de venir sur Terre résulte d’un simple calcul. La Voie lactée, d’un rayon d’environ 50 000 années-lumière, s’est formée il y a 13 milliards d’années. Même en se déplaçant à un millième de la vitesse de la lumière, une civilisation qui serait apparue il y a cinq milliards d’années aurait eu l’occasion de nous rendre visite, quel que soit l’endroit où elle se trouve par rapport à nous. De plus, si l’apparition de la vie n’est pas rare, ce n’est pas une, mais un très grand nombre de vies extraterrestres qui ont eu le temps de venir nous voir ou de nous contacter !

    Cette idée de la rencontre avec une espèce venue d’une autre planète a inspiré de nombreuses œuvres de fiction, dont quelques films incontournables comme E. T., l’Extra-Terrestre, de Steven Spielberg (1982), ou encore Premier Contact, de Denis Villeneuve (2016). Mais certains auteurs de fiction ont également exploré les raisons de l’absence de contact. Par exemple, le mathématicien Jean-Pierre Boudine, dans son roman d’anticipation Le Paradoxe de Fermi (2002, réédité en 2015), met en scène l’effondrement de l’humanité. Serait-ce le destin de toute civilisation avancée ?

    Cette hypothèse est une piste parmi tant d’autres. Nous n’allons pas les examiner toutes en détail, car nous en avons recensé plusieurs dizaines. Mais nous pouvons les regrouper en trois grandes catégories : l’apparition de la vie est très rare et nous sommes réellement seuls dans la Galaxie ; la vie apparaît facilement, mais ne persiste jamais assez longtemps pour conduire à des civilisations avancées aptes à parcourir le cosmos ou à communiquer efficacement à travers la Galaxie ; il y a bien un grand nombre de vies extraterrestres dans la Galaxie, mais aucune ne souhaite venir sur Terre ou nous informer de son existence par l’envoi de signaux.

    Notez que nous ne nous intéressons qu’à la Voie lactée car les voyages et les communications d’une galaxie à une autre sont bien plus difficiles à imaginer. Par conséquent, le paradoxe de Fermi n’est plus aussi clair les concernant, même s’il reste possible, le plus souvent, d’appliquer les hypothèses présentées à toutes les galaxies.

    La première catégorie de solutions au paradoxe considère que l’apparition de la vie est très rare et qu’ainsi, malgré le grand nombre d’étoiles dans la Voie lactée, la probabilité de voir émerger une civilisation avancée est trop faible. L’astrophysicien Frank Drake a résumé en une équation les conditions nécessaires pour voir s’établir une vie intelligente dans la Galaxie.

  2. Je suis étonné qu’on présente toujours ça comme un paradoxe, alors qu’on ne compte plus les “grand filtres” (jamais entendu parler de “pièges cosmiques”) et que l’on se dirige nous même tout droit vers un de ces filtres : la destruction de notre environnement d’habitation avant d’avoir pu s’en rendre indépendant.
    Là encore, aucune raison de penser que l’on soit spéciaux : les exemples de civilisations passées ayant exploité toutes les ressources de leur environnement avant de s’effondrer ne manquent pas, tu fous une colonie bactérie dans une boite de pétri c’est le même mécanisme, ça fait partie des résultats attendus pour toute espèce qui cherche à s’étendre.
    Commencons par essayer de passer le premier filtre qui nous est présenté avant de s’étonner que personne n’ait réussi à passer tous les filtres que l’on imagine.

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