Et pendant ce temps, Keir Starmer semble surtout ne vouloir rien faire :/
> **Transports, logistique, avocats… Le pays connaît sa vague de grèves la plus importante depuis des décennies.**
> La colère a fini par déborder, mercredi 3 août, dans l’entrepôt Amazon de Tilbury, à l’est de Londres, quand la direction a annoncé l’offre faite aux salariés : 35 pence (41 centimes d’euro) supplémentaires pour les manutentionnaires de base, portant leur salaire à 11,45 livres (13,55 euros) de l’heure. Soit 3 % d’augmentation, alors que l’inflation au Royaume-Uni a atteint 9,4 % en juin.
> Cette nouvelle a suscité l’émoi à la cantine d’entreprise. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent des cadres tentant d’apaiser le courroux ambiant. En vain. Une large partie des employés ont refusé de retourner à leur poste, ce qui a perturbé le fonctionnement de l’entrepôt pendant quarante-huit heures. La tension s’est propagée et des grèves sauvages ont brièvement atteint les sites de Coventry et de Bristol.
> *« Les gens sont dans des situations financières tellement tendues… Je vois tant de désespoir,* explique Steve Garelick, représentant du syndicat GMB, qui suit la situation sur place. *Alors, quand on leur propose 35 pence, bien sûr qu’ils sont en colère. »* Il a remis une lettre au siège britannique du géant de l’e-commerce réclamant d’augmenter les salaires de base à 15 livres de l’heure. Amazon répond qu’il a *« augmenté les salaires à un minimum compris entre 10,50 livres et 11,45 livres par heure, suivant les lieux, ce qui représente une hausse de 29 % depuis 2018 ».*
> Le cas d’Amazon est symptomatique d’un mouvement de mécontentement social aussi large qu’inédit outre-Manche. Samedi 13 août, neuf compagnies de train – l’essentiel des trains britanniques – seront en grève. C’est la quatrième fois depuis le 20 juin que le système ferroviaire est immobilisé, deux syndicats alternant les débrayages. Ceux-ci ont également eu lieu dans les bus, le métro de Londres, certaines universités, des pubs, ainsi qu’à BT (anciennement British Telecom).
> Même les avocats protestent depuis fin juin, faisant grève une semaine sur deux, afin d’obtenir une hausse des honoraires pour les dossiers commis d’office. *« C’est l’été du mécontentement »*, estime M. Garelick, un terme qui fait écho à l’hiver du mécontentement de 1979, lorsque le pays était paralysé du fait d’arrêts de travail aussi bien dans les usines que du côté des éboueurs ou des fossoyeurs.
> **« Les syndicats ont été mis à genoux »**
> Ce n’est qu’un début. Les facteurs et les dockers ont annoncé des grèves pour le courant du mois d’août. Mardi 9 août, le Royal College of Nursing, le syndicat des infirmières, a, pour la première fois de son histoire plus que centenaire, recommandé à ses adhérents de cesser le travail, dans le cadre d’un mouvement qui devrait se dérouler en octobre. L’éducation nationale prépare aussi des actions sociales à l’automne.
> De mémoire de syndicaliste britannique, on n’avait pas vu cela depuis des décennies. « En 2011, il y avait bien eu d’importantes grèves, mais ce n’était pas de la même ampleur », rappelle Kevin Rowan, du Trades Union Congress, la principale confédération syndicale britannique. A l’époque, les manifestations se focalisaient contre l’austérité mise en place par le gouvernement de David Cameron et elles venaient presque exclusivement de la fonction publique. En ce qui concerne les grèves de train, il faut remonter à 1989 pour retrouver une contestation de la même ampleur.
> Chaque fois, le problème est le même : *« Avec l’inflation à 10 %, les conducteurs de train voient leur salaire réel baisser pour la troisième année de suite*, souligne Mick Whelan, le secrétaire général du syndicat Aslef, qui représente 21 000 conducteurs de train, à l’origine de la grève de samedi. *Nous voulons simplement une hausse qui suive le coût de la vie, pour pouvoir acheter en 2022 ce que nous pouvions acheter en 2021. Il n’est pas déraisonnable de demander à son employeur de ne pas perdre en pouvoir d’achat trois années d’affilée. »* Les négociations ne sont pas publiques et dépendent de chaque compagnie ferroviaire, mais celles-ci offrent des augmentations autour de 3 %, bien inférieures à l’inflation.
> *« Ce qui est nouveau, c’est qu’on voit aussi des salariés des secteurs précaires rejoindre ces mouvements*, poursuit M. Whelan, se référant à ce qui se passe chez Amazon. *De plus, les Britanniques, qui d’habitude ne soutiennent pas les grèves dans les transports publics, sont cette fois-ci derrière nous. »* Les sondages semblent lui donner en partie raison. Fin juin, 45 % des citoyens soutenaient la grève des trains, tandis que 37 % s’y opposaient.
> Cet *« été du mécontentement »* marque un virage dans le lent déclin des syndicats britanniques. En 1995, ceux-ci comptaient 13 millions de membres. Ils sont aujourd’hui moitié moins (6,4 millions). Le nombre de jours de grève s’est également effondré : 30 millions en 1979, 4 millions en 1989, et moins de 300 000 par an ces dernières années. *« Les dernières décennies ont été très dures. Les syndicats ont été mis à genoux*, note Sian Moore, *spécialiste des relations industrielles à l’université de Greenwich. Mais c’est en train de changer. Ils retrouvent de la voix et le nombre de leurs adhérents s’est stabilisé [depuis 2016]. »*
> **Le climat social est en train d’évoluer**
> Pour les syndicats britanniques, la rupture est venue des années de Margaret Thatcher (1979-1990). La Dame de fer a tenu tête aux gigantesques grèves des mineurs (1984-1985) et des ouvriers du livre (1986), qui ont chacune duré un an. Afin de mater ces mouvements, elle a introduit deux lois draconiennes. Désormais, un syndicat a l’obligation d’organiser un vote de ses adhérents pour déclencher un débrayage. Pour les très grandes entreprises, il s’agit d’un processus lourd, qui prend des semaines.
> La deuxième loi est l’interdiction des grèves de solidarité : les éboueurs, par exemple, n’ont pas le droit d’arrêter le travail en soutien aux cheminots. Depuis, les gouvernements successifs ont encore renforcé ces lois. David Cameron a ainsi introduit l’obligation d’avoir au moins 50 % de participation lors des votes pour l’organisation des grèves. « Nous avons les lois syndicales les plus dures d’Europe », dénonce Mick Whelan.
> Malgré ces contraintes, le climat social est en train d’évoluer. Les syndicats se sont adaptés, apprenant à utiliser l’organisation d’un vote de grève comme un outil de négociation avec le patronat. Une fois acquise l’approbation de leurs adhérents, même s’ils ne l’utilisent pas et ne déclenchent pas de grève, ils peuvent menacer de son déclenchement immédiat.
> Traditionnellement présents dans les grandes industries lourdes et la fonction publique, les syndicats se sont également ouverts à de nouveaux secteurs. A GMB, Steve Garelick, qui travaille sur le dossier d’Amazon, est ainsi spécialiste de la gig economy, ces nouvelles formes de travail très précaires, et a débuté dans ce métier en défendant les chauffeurs d’Uber.
> De petits syndicats experts dans ces domaines ont aussi vu le jour, se tournant notamment vers la main-d’œuvre immigrée. Enfin, de nouveaux responsables syndicaux, plus militants, ont émergé : *« La direction des syndicats est plus disposée qu’avant à écouter ses adhérents »*, observe Kevin Rowan, du Trades Union Congress. Avec l’inflation galopante, tout est en place pour qu’un automne du mécontentement succède à l’été.
Rien dans le slip…
Si les mêmes scandales arrivaient en France ca serait gilets écarlates…
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Et pendant ce temps, Keir Starmer semble surtout ne vouloir rien faire :/
> **Transports, logistique, avocats… Le pays connaît sa vague de grèves la plus importante depuis des décennies.**
> La colère a fini par déborder, mercredi 3 août, dans l’entrepôt Amazon de Tilbury, à l’est de Londres, quand la direction a annoncé l’offre faite aux salariés : 35 pence (41 centimes d’euro) supplémentaires pour les manutentionnaires de base, portant leur salaire à 11,45 livres (13,55 euros) de l’heure. Soit 3 % d’augmentation, alors que l’inflation au Royaume-Uni a atteint 9,4 % en juin.
> Cette nouvelle a suscité l’émoi à la cantine d’entreprise. Des vidéos postées sur les réseaux sociaux montrent des cadres tentant d’apaiser le courroux ambiant. En vain. Une large partie des employés ont refusé de retourner à leur poste, ce qui a perturbé le fonctionnement de l’entrepôt pendant quarante-huit heures. La tension s’est propagée et des grèves sauvages ont brièvement atteint les sites de Coventry et de Bristol.
> *« Les gens sont dans des situations financières tellement tendues… Je vois tant de désespoir,* explique Steve Garelick, représentant du syndicat GMB, qui suit la situation sur place. *Alors, quand on leur propose 35 pence, bien sûr qu’ils sont en colère. »* Il a remis une lettre au siège britannique du géant de l’e-commerce réclamant d’augmenter les salaires de base à 15 livres de l’heure. Amazon répond qu’il a *« augmenté les salaires à un minimum compris entre 10,50 livres et 11,45 livres par heure, suivant les lieux, ce qui représente une hausse de 29 % depuis 2018 ».*
> Le cas d’Amazon est symptomatique d’un mouvement de mécontentement social aussi large qu’inédit outre-Manche. Samedi 13 août, neuf compagnies de train – l’essentiel des trains britanniques – seront en grève. C’est la quatrième fois depuis le 20 juin que le système ferroviaire est immobilisé, deux syndicats alternant les débrayages. Ceux-ci ont également eu lieu dans les bus, le métro de Londres, certaines universités, des pubs, ainsi qu’à BT (anciennement British Telecom).
> Même les avocats protestent depuis fin juin, faisant grève une semaine sur deux, afin d’obtenir une hausse des honoraires pour les dossiers commis d’office. *« C’est l’été du mécontentement »*, estime M. Garelick, un terme qui fait écho à l’hiver du mécontentement de 1979, lorsque le pays était paralysé du fait d’arrêts de travail aussi bien dans les usines que du côté des éboueurs ou des fossoyeurs.
> **« Les syndicats ont été mis à genoux »**
> Ce n’est qu’un début. Les facteurs et les dockers ont annoncé des grèves pour le courant du mois d’août. Mardi 9 août, le Royal College of Nursing, le syndicat des infirmières, a, pour la première fois de son histoire plus que centenaire, recommandé à ses adhérents de cesser le travail, dans le cadre d’un mouvement qui devrait se dérouler en octobre. L’éducation nationale prépare aussi des actions sociales à l’automne.
> De mémoire de syndicaliste britannique, on n’avait pas vu cela depuis des décennies. « En 2011, il y avait bien eu d’importantes grèves, mais ce n’était pas de la même ampleur », rappelle Kevin Rowan, du Trades Union Congress, la principale confédération syndicale britannique. A l’époque, les manifestations se focalisaient contre l’austérité mise en place par le gouvernement de David Cameron et elles venaient presque exclusivement de la fonction publique. En ce qui concerne les grèves de train, il faut remonter à 1989 pour retrouver une contestation de la même ampleur.
> Chaque fois, le problème est le même : *« Avec l’inflation à 10 %, les conducteurs de train voient leur salaire réel baisser pour la troisième année de suite*, souligne Mick Whelan, le secrétaire général du syndicat Aslef, qui représente 21 000 conducteurs de train, à l’origine de la grève de samedi. *Nous voulons simplement une hausse qui suive le coût de la vie, pour pouvoir acheter en 2022 ce que nous pouvions acheter en 2021. Il n’est pas déraisonnable de demander à son employeur de ne pas perdre en pouvoir d’achat trois années d’affilée. »* Les négociations ne sont pas publiques et dépendent de chaque compagnie ferroviaire, mais celles-ci offrent des augmentations autour de 3 %, bien inférieures à l’inflation.
> *« Ce qui est nouveau, c’est qu’on voit aussi des salariés des secteurs précaires rejoindre ces mouvements*, poursuit M. Whelan, se référant à ce qui se passe chez Amazon. *De plus, les Britanniques, qui d’habitude ne soutiennent pas les grèves dans les transports publics, sont cette fois-ci derrière nous. »* Les sondages semblent lui donner en partie raison. Fin juin, 45 % des citoyens soutenaient la grève des trains, tandis que 37 % s’y opposaient.
> Cet *« été du mécontentement »* marque un virage dans le lent déclin des syndicats britanniques. En 1995, ceux-ci comptaient 13 millions de membres. Ils sont aujourd’hui moitié moins (6,4 millions). Le nombre de jours de grève s’est également effondré : 30 millions en 1979, 4 millions en 1989, et moins de 300 000 par an ces dernières années. *« Les dernières décennies ont été très dures. Les syndicats ont été mis à genoux*, note Sian Moore, *spécialiste des relations industrielles à l’université de Greenwich. Mais c’est en train de changer. Ils retrouvent de la voix et le nombre de leurs adhérents s’est stabilisé [depuis 2016]. »*
> **Le climat social est en train d’évoluer**
> Pour les syndicats britanniques, la rupture est venue des années de Margaret Thatcher (1979-1990). La Dame de fer a tenu tête aux gigantesques grèves des mineurs (1984-1985) et des ouvriers du livre (1986), qui ont chacune duré un an. Afin de mater ces mouvements, elle a introduit deux lois draconiennes. Désormais, un syndicat a l’obligation d’organiser un vote de ses adhérents pour déclencher un débrayage. Pour les très grandes entreprises, il s’agit d’un processus lourd, qui prend des semaines.
> La deuxième loi est l’interdiction des grèves de solidarité : les éboueurs, par exemple, n’ont pas le droit d’arrêter le travail en soutien aux cheminots. Depuis, les gouvernements successifs ont encore renforcé ces lois. David Cameron a ainsi introduit l’obligation d’avoir au moins 50 % de participation lors des votes pour l’organisation des grèves. « Nous avons les lois syndicales les plus dures d’Europe », dénonce Mick Whelan.
> Malgré ces contraintes, le climat social est en train d’évoluer. Les syndicats se sont adaptés, apprenant à utiliser l’organisation d’un vote de grève comme un outil de négociation avec le patronat. Une fois acquise l’approbation de leurs adhérents, même s’ils ne l’utilisent pas et ne déclenchent pas de grève, ils peuvent menacer de son déclenchement immédiat.
> Traditionnellement présents dans les grandes industries lourdes et la fonction publique, les syndicats se sont également ouverts à de nouveaux secteurs. A GMB, Steve Garelick, qui travaille sur le dossier d’Amazon, est ainsi spécialiste de la gig economy, ces nouvelles formes de travail très précaires, et a débuté dans ce métier en défendant les chauffeurs d’Uber.
> De petits syndicats experts dans ces domaines ont aussi vu le jour, se tournant notamment vers la main-d’œuvre immigrée. Enfin, de nouveaux responsables syndicaux, plus militants, ont émergé : *« La direction des syndicats est plus disposée qu’avant à écouter ses adhérents »*, observe Kevin Rowan, du Trades Union Congress. Avec l’inflation galopante, tout est en place pour qu’un automne du mécontentement succède à l’été.
Rien dans le slip…
Si les mêmes scandales arrivaient en France ca serait gilets écarlates…