**Tribune.** Sur quelle lecture de l’histoire de France se fonde la politique étrangère d’Eric Zemmour ? Dans *Mélancolie française* (Fayard-Denoël), une méditation sur l’histoire diplomatique française parue en 2010, Zemmour dresse un portrait constamment décliniste, et souvent incohérent, de l’histoire de notre pays. Pas de grandeur gaullienne, l’histoire de France de Zemmour est jalonnée d’« *échecs* » et de « *renoncements* ». Les dirigeants français se trompent continuellement de combats, manipulés par leur propre aveuglement et par des dirigeants étrangers perfides, plus intelligents en somme.
Le déclassement n’a pas commencé il y a quarante ans – date à laquelle démarre son *Suicide français* (Albin Michel, 2014) –, ni en 1940, voire en 1815 ou en 1789. Dans l’œuvre de Zemmour, ce déclassement est inscrit dans l’ADN de notre pays depuis le « *désastreux* » traité de Verdun de 843, qui a partagé l’éphémère Empire carolingien entre les petits-fils de Charlemagne.
Toute l’histoire de France se résume en un échec : l’ambition frustrée de reconstituer cet empire – « Rome », comme l’écrit Zemmour –, sous l’égide de Paris. Mise en échec par des « Carthage » *[l’ennemi héréditaire de l’Empire romain]* successives, en particulier les puissances maritimes commerciales – l’Angleterre, puis les Etats-Unis –, la France de Zemmour ne parvient jamais à reconstituer ses frontières naturelles et voit le monde se construire sans elle.
Lire Zemmour, c’est découvrir une obsession pour le déclin qui confine à la haine de soi, y compris lors d’épisodes victorieux de notre histoire. Le traité d’Utrecht de 1713, qui acheva la guerre de Succession d’Espagne et mit fin à l’encerclement Habsbourg de la France entre l’Autriche et l’Espagne, qui menaçait notre pays depuis Charles Quint ? Une aubaine pour l’Angleterre, qui émergera de ces divisions continentales comme la puissance dominante des mers. La première guerre mondiale ? Une erreur : il eût fallu s’allier avec l’Allemagne contre la véritable ennemie, l’Angleterre.
**Combat perdu**
Ce constat l’amène à des considérations stupéfiantes, comparables à sa réhabilitation de Vichy. Il en vient à regretter la victoire française lors de la première guerre mondiale contre une Allemagne qui aurait pu reconstituer l’unité carolingienne de l’Europe face au libéralisme anglo-saxon : « *Notre plus grande “erreur” fut sans doute notre victoire héroïque de la bataille de la Marne. Alors nous aurions économisé un million et demi de vies (…). En cas de défaite française dès 1914, pas de révolution russe, pas de fascisme, pas de nazisme, pas d’holocauste des juifs, pas d’intervention américaine en 1917 ou en 1944. La pax germanica aurait régné sur le continent.* » A noter que les interventions américaines sont mises au même rang que le nazisme ou la révolution russe…
Comment enrayer ce déclin permanent ? Le livre s’achève sur deux chapitres décousus. Le premier sur l’opportunité de profiter de la crise politique belge pour se saisir de la Wallonie (les frontières naturelles, encore elles). Le second, sans surprise, sur la nouvelle menace contre « Rome » : les « invasions barbares », l’islam et l’immigration. Mais rien n’y fera, selon l’auteur : notre pays est en déclin structurel, en proie aux lois d’airain de la démographie. Le combat est perdu. D’où la « mélancolie ».
Etrange paradoxe que ce discours qui prétend rejeter la repentance mais trouve si peu à célébrer dans l’histoire de France ou son incarnation contemporaine. Jacques Bainville, l’historien proche de l’Action française que Zemmour aime citer, mais dont *L’Histoire de France* dénigre nettement moins les dirigeants français, du moins avant la Révolution, mettait déjà en garde contre cette « *admiration de l’ennemi* » qu’il reprochait aux Français à l’égard de la Prusse de Fréderic II à Bismarck. Zemmour exagère, aujourd’hui comme hier, la naïveté des dirigeants français et l’habileté de nos adversaires. Comment prétendre préparer un pays à son avenir lorsque l’on est convaincu qu’il est condamné au déclin ?
A partir du moment où il a critiqué les journalistes dans sa candidature, il s’est auti-inclus.
Benjamin Haddad membre de l’institut Montaigne et de l’Atlantic Council, le gros libéral débile qui feint de découvrir la nature de l’extrême droite (mais s’en accommode sans soucis quand elle est au pouvoir de Bogota à Tel Aviv en passant par Paris et Washington).
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C est surtout perdre 18euros
**Tribune.** Sur quelle lecture de l’histoire de France se fonde la politique étrangère d’Eric Zemmour ? Dans *Mélancolie française* (Fayard-Denoël), une méditation sur l’histoire diplomatique française parue en 2010, Zemmour dresse un portrait constamment décliniste, et souvent incohérent, de l’histoire de notre pays. Pas de grandeur gaullienne, l’histoire de France de Zemmour est jalonnée d’« *échecs* » et de « *renoncements* ». Les dirigeants français se trompent continuellement de combats, manipulés par leur propre aveuglement et par des dirigeants étrangers perfides, plus intelligents en somme.
Le déclassement n’a pas commencé il y a quarante ans – date à laquelle démarre son *Suicide français* (Albin Michel, 2014) –, ni en 1940, voire en 1815 ou en 1789. Dans l’œuvre de Zemmour, ce déclassement est inscrit dans l’ADN de notre pays depuis le « *désastreux* » traité de Verdun de 843, qui a partagé l’éphémère Empire carolingien entre les petits-fils de Charlemagne.
Toute l’histoire de France se résume en un échec : l’ambition frustrée de reconstituer cet empire – « Rome », comme l’écrit Zemmour –, sous l’égide de Paris. Mise en échec par des « Carthage » *[l’ennemi héréditaire de l’Empire romain]* successives, en particulier les puissances maritimes commerciales – l’Angleterre, puis les Etats-Unis –, la France de Zemmour ne parvient jamais à reconstituer ses frontières naturelles et voit le monde se construire sans elle.
Lire Zemmour, c’est découvrir une obsession pour le déclin qui confine à la haine de soi, y compris lors d’épisodes victorieux de notre histoire. Le traité d’Utrecht de 1713, qui acheva la guerre de Succession d’Espagne et mit fin à l’encerclement Habsbourg de la France entre l’Autriche et l’Espagne, qui menaçait notre pays depuis Charles Quint ? Une aubaine pour l’Angleterre, qui émergera de ces divisions continentales comme la puissance dominante des mers. La première guerre mondiale ? Une erreur : il eût fallu s’allier avec l’Allemagne contre la véritable ennemie, l’Angleterre.
**Combat perdu**
Ce constat l’amène à des considérations stupéfiantes, comparables à sa réhabilitation de Vichy. Il en vient à regretter la victoire française lors de la première guerre mondiale contre une Allemagne qui aurait pu reconstituer l’unité carolingienne de l’Europe face au libéralisme anglo-saxon : « *Notre plus grande “erreur” fut sans doute notre victoire héroïque de la bataille de la Marne. Alors nous aurions économisé un million et demi de vies (…). En cas de défaite française dès 1914, pas de révolution russe, pas de fascisme, pas de nazisme, pas d’holocauste des juifs, pas d’intervention américaine en 1917 ou en 1944. La pax germanica aurait régné sur le continent.* » A noter que les interventions américaines sont mises au même rang que le nazisme ou la révolution russe…
Comment enrayer ce déclin permanent ? Le livre s’achève sur deux chapitres décousus. Le premier sur l’opportunité de profiter de la crise politique belge pour se saisir de la Wallonie (les frontières naturelles, encore elles). Le second, sans surprise, sur la nouvelle menace contre « Rome » : les « invasions barbares », l’islam et l’immigration. Mais rien n’y fera, selon l’auteur : notre pays est en déclin structurel, en proie aux lois d’airain de la démographie. Le combat est perdu. D’où la « mélancolie ».
Etrange paradoxe que ce discours qui prétend rejeter la repentance mais trouve si peu à célébrer dans l’histoire de France ou son incarnation contemporaine. Jacques Bainville, l’historien proche de l’Action française que Zemmour aime citer, mais dont *L’Histoire de France* dénigre nettement moins les dirigeants français, du moins avant la Révolution, mettait déjà en garde contre cette « *admiration de l’ennemi* » qu’il reprochait aux Français à l’égard de la Prusse de Fréderic II à Bismarck. Zemmour exagère, aujourd’hui comme hier, la naïveté des dirigeants français et l’habileté de nos adversaires. Comment prétendre préparer un pays à son avenir lorsque l’on est convaincu qu’il est condamné au déclin ?
A partir du moment où il a critiqué les journalistes dans sa candidature, il s’est auti-inclus.
Bon, sans que ça invalide direct son texte (assez convenu je trouve), faut pas oublier qui est l’auteur
https://www.lexpress.fr/actualite/politique/benjamin-haddad-ancien-conseiller-national-de-l-ump-en-marche-avec-macron_1874738.html
Benjamin Haddad membre de l’institut Montaigne et de l’Atlantic Council, le gros libéral débile qui feint de découvrir la nature de l’extrême droite (mais s’en accommode sans soucis quand elle est au pouvoir de Bogota à Tel Aviv en passant par Paris et Washington).