Quand Salman Rushdie lançait un cri d’alarme dans « l’Obs » : « Il faut arrêter cet aveuglement stupide »

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  1. Salman Rushdie qui vit sous la menace d’une fatwa depuis 1989, a été poignardé vendredi lors d’une conférence aux Etats-Unis. En 2017, il lançait dans « l’Obs » un cri d’alarme en direction de l’Occident. « Cessons, disait-il, de refuser de voir la réalité des origines du djihadisme »

    33 ans sous la menace d’une fatwa qui réclame sa mort. Salman Rushdie, auteur mondialement connu du livre « Les Versets sataniques », est la cible depuis plus de 30 ans d’une fatwa de l’Iran. Il a été poignardé vendredi 12 août lors d’une conférence littéraire dans l’Etat de New York. Hospitalisé, il a été placé sous respirateur et va « probablement perdre un œil », selon son agent.

    Après la France et la Belgique, la Grande-Bretagne, où vous avez vécu longtemps, est à nouveau prise pour cible par les terroristes. Selon vous, le djihadisme procède-t-il d’une radicalisation de l’islam ou d’une révolte nihiliste qui s’est cristallisée sur l’islam ?

    Je suis en désaccord fondamental avec ces gens de gauche qui font tout pour dissocier le fondamentalisme de l’islam. Depuis cinquante ans, l’islam s’est radicalisé. Côté chiite, il y a eu l’imam Khomeini et sa révolution islamique. Dans le monde sunnite, il y a eu l’Arabie saoudite, qui a utilisé ses immenses ressources pour financer la diffusion de ce fanatisme qu’est le wahhabisme. Mais cette évolution historique a eu lieu au sein de l’islam et non à l’extérieur. Quand les gens de Daech se font sauter, ils le font en disant « Allahou Akbar » , alors comment peut-on dès lors dire que cela n’a rien à voir avec l’islam ? Il faut arrêter cet aveuglement stupide. Bien entendu, je comprends que la raison de ce déni est d’éviter la stigmatisation de l’islam. Mais, précisément, pour éviter cette stigmatisation, il est bien plus efficace de reconnaître la nature du problème et de le traiter. Ce que je trouve consternant, c’est d’entendre Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche… C’est très inquiétant, vraiment, de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche. C’est pour cela que je vous mets en garde, cela va poser un problème à l’avenir, à moins que nous ne changions notre façon d’appréhender les choses.

    C’est très bien de rappeler que la plupart des musulmans ne sont pas des extrémistes. Il était également vrai que la plupart des Russes n’étaient pas des partisans du Goulag ou que la plupart des Allemands n’étaient pas des nazis. Pourtant, l’Union soviétique et l’Allemagne hitlérienne ont bien existé. Ainsi, lorsqu’une déviance grandit à l’intérieur d’un système, elle peut le dévorer, et tel est ce qui se passe avec le fondamentalisme en islam. Je me souviens d’ailleurs que, quand j’ai commencé à être la cible des attaques des islamistes, quelques journalistes américains de gauche avaient apporté leur soutien à l’imam Khomeini parce qu’il luttait contre le pouvoir hégémonique de l’Ouest. Le présupposé constant de la gauche, c’est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse : en quoi une telle situation est-elle de notre faute ? Je me souviens aussi de mes querelles avec Derrida sur ce sujet et sur tous les sujets du reste !

  2. >Ce que je trouve consternant, c’est d’entendre Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche… C’est très inquiétant, vraiment, de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche. C’est pour cela que je vous mets en garde, cela va poser un problème à l’avenir, à moins que nous ne changions notre façon d’appréhender les choses.

    Marine le Pen a mis 20 ans à “épurer” son discours pour qu’il se droitise. Elle reste la fille du FN, la seule différence entre elle et son père, c’est qu’elle a compris les codes.

    Pour une partie de la gauche, ce n’est pas un problème d’analyse, c’est de l’opportunisme électoral. Suffit de prendre les tweets condamnant sa tentative d’assassinat ou bien l’assassinat de Samuel Patty. Des anguilles, ils évitent tous le mot islamiste. Certains n’ont pas assez d’info malgré une fatwa vieille de 30 ans, et d’autres ne prennent même pas la peine d’écrire un mot pour un romancier qui a osé critiquer une religion alors qu’ils sont h24 sur Twitter.

    C’est presque indécent pour les victimes et les électeurs.

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    >​ C’est à nouveau l’âge d’or du journalisme. Le nombre de scandales découverts en si peu de temps par le « Washington Post » et le « New York Times » !

    Mes yeux ont fait trois tours dans leurs orbites tellement c’est wtf comme phrase, pour rappel [le WP a posté des “fake news” (l’adage de Trump) proclamant que la France est raciste.](https://www.lefigaro.fr/vox/monde/pourquoi-la-fake-news-d-une-journaliste-du-washington-post-sur-les-musulmans-francais-n-est-pas-anecdotique-20201123) [Le NYT n’est pas mieux avec ses titres victimisant le tueur de Samuel Patty.](https://www.midilibre.fr/2020/10/19/professeur-decapite-le-titre-du-new-york-times-qui-victimise-le-tueur-fait-scandale-9149662.php) Il y a d’autres exemples, mais ces deux là m’ont vachement marqué.

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