Alors qu’ils ont maximisé comme des dingues pendant des années ces classements, ce changement de stratégie est étonnant. Mais l’article (le début) semble focaliser sur les sciences sociales.
Est-ce que quelqu’un aurait la suite siouplait?
Possible d’avoir l’article ?
Dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, la Chine souffle le chaud et le froid. Dix-neuf ans après avoir inventé le classement de Shanghaï, le pays s’apprête à faire machine arrière, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, à l’occasion d’une visite à l’université du Peuple, à Pékin, le 25 avril. La Chine ne veut plus mesurer ses universités aux autres, notamment américaines : elle décidera désormais par elle-même des critères d’excellence devant prévaloir au sein des établissements, critères hérités « du gène rouge », selon le président-secrétaire général du comité central du Parti communiste.
Selon l’agence de presse Xinhuanet, lors de son discours, Xi Jinping a estimé nécessaire de « s’enraciner dans le sol chinois pour construire des universités de premier rang mondial aux caractéristiques chinoises, et [se] frayer une nouvelle voie pour y parvenir, au lieu d’imiter les autres ou de copier simplement les standards et modèles des universités étrangères ». L’objectif est assumé : il faut « que la philosophie et les sciences sociales aux caractéristiques chinoises puissent prendre réellement leur place dans le milieu académique mondial ».
Quelques jours plus tard, le 9 mai, les universités du Peuple, de Lanzhou et de Nanjing (classée dans la tranche 101e/150e en 2021, l’une des dix premières chinoises) ont annoncé leur décision de se retirer des classements internationaux. Techniquement, les données de ces trois établissements ne doivent donc pas être collectées, même s’il paraît difficile d’interdire à la société privée Shanghai Ranking de traiter des données publiques.
Le classement publié lundi 15 août en atteste pourtant, la meilleure des trois, Nanjing, ne figurant plus dans le palmarès des 1 000 premières. « Ce qui serait plus fort, c’est que des universités comme Tsinghua ou l’université de Pékin [les deux premières du pays] soient contraintes de sortir elles aussi », indique Alessia Lefébure, sociologue, autrice en 2020 de l’ouvrage Les Mandarins 2.0 (Presses de Science Po).
« Stratégie proche de la guerre froide »
Directrice d’Agro Rennes-Angers, cette ancienne représentante de Sciences Po en Chine rappelle que les universités chinoises en tête des classements étaient totalement inconnues en Europe jusque dans les années 1990. « Il n’a pas été évident d’imposer leur notoriété, d’atteindre une capacité à produire de la recherche et à attirer les étudiants étrangers pour autre chose que des cours de langue et civilisation, mais aussi de grands partenaires scientifiques pour contribuer au développement économique de la Chine, détaille-t-elle. C’est de l’ordre du miracle, ce qu’a réalisé la Chine en trente ans par ses politiques publiques. »
Plus qu’un désir d’autarcie – à l’image de Mao Zedong lors du « grand bond en avant » aboutissant à la grande famine de 1958 à 1962 –, il faut davantage voir dans ce revirement un signal politique. « Nous sommes entrés dans une stratégie proche de la guerre froide. Le Parti communiste lance des messages nationalistes autour de l’indépendance intellectuelle, académique et scientifique de la Chine et signifie au passage à ses universités qu’elles ne doivent pas trop investir dans leurs partenariats en Occident », décrypte Jean-Yves Mérindol, ancien président d’université (Strasbourg puis Sorbonne-Paris-Cité).
Pour l’ancien haut fonctionnaire au ministère de la recherche Jean-François Cervel, « l’ère des classements universitaires mondiaux libres et ouverts dans une perspective de large mobilité est désormais close ». Lui succède brutalement « [un affrontement] entre une logique de science universelle au service des avancées de la connaissance et de ses usages et une logique de science au service de la puissance nationale », estime-t-il.
La repolarisation en cours, opposant deux blocs pro- et anti-Occident, « dépasse l’implicite de ces dernières années, fait de cyberguerre et de corruption des élites ». « On est passé à la guerre réelle, en Ukraine, et on voit très bien que la plupart des pays du monde penchent du côté de Vladimir Poutine, en Asie, en Afrique ou en Amérique latine », appuie Jean-François Cervel.
Lequel des deux modèles sera le plus efficace pour produire de la recherche amenant à des innovations de rupture ?, interroge l’ex-haut fonctionnaire, qui plaide pour que l’investissement technologique et académique soit massivement développé à l’échelle communautaire, par le biais des universités européennes. « Il ne s’agit rien moins que de savoir comment va s’organiser la gouvernance du monde », estime Jean-François Cervel. La réponse pourrait intervenir en 2049, date à laquelle Xi Jinping, qui a placé la science au cœur du « rêve chinois », a pour ambition de hisser son pays au rang de « principale puissance innovante » au monde, pour mieux célébrer le centième anniversaire de la Chine communiste.
Les dirigeants chinois sont clairement en train d’essayer de s’éloigner de l’occident, culturellement comme économiquement. Culturellement, c’est particulièrement flagrant dans l’éducation, où les contenus sont de plus en plus harmonisés. Les cours d’anglais sont petit à petit remis en question aussi.
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Alors qu’ils ont maximisé comme des dingues pendant des années ces classements, ce changement de stratégie est étonnant. Mais l’article (le début) semble focaliser sur les sciences sociales.
Est-ce que quelqu’un aurait la suite siouplait?
Possible d’avoir l’article ?
Dans le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche, la Chine souffle le chaud et le froid. Dix-neuf ans après avoir inventé le classement de Shanghaï, le pays s’apprête à faire machine arrière, comme l’a clairement exprimé Xi Jinping, à l’occasion d’une visite à l’université du Peuple, à Pékin, le 25 avril. La Chine ne veut plus mesurer ses universités aux autres, notamment américaines : elle décidera désormais par elle-même des critères d’excellence devant prévaloir au sein des établissements, critères hérités « du gène rouge », selon le président-secrétaire général du comité central du Parti communiste.
Selon l’agence de presse Xinhuanet, lors de son discours, Xi Jinping a estimé nécessaire de « s’enraciner dans le sol chinois pour construire des universités de premier rang mondial aux caractéristiques chinoises, et [se] frayer une nouvelle voie pour y parvenir, au lieu d’imiter les autres ou de copier simplement les standards et modèles des universités étrangères ». L’objectif est assumé : il faut « que la philosophie et les sciences sociales aux caractéristiques chinoises puissent prendre réellement leur place dans le milieu académique mondial ».
Quelques jours plus tard, le 9 mai, les universités du Peuple, de Lanzhou et de Nanjing (classée dans la tranche 101e/150e en 2021, l’une des dix premières chinoises) ont annoncé leur décision de se retirer des classements internationaux. Techniquement, les données de ces trois établissements ne doivent donc pas être collectées, même s’il paraît difficile d’interdire à la société privée Shanghai Ranking de traiter des données publiques.
Le classement publié lundi 15 août en atteste pourtant, la meilleure des trois, Nanjing, ne figurant plus dans le palmarès des 1 000 premières. « Ce qui serait plus fort, c’est que des universités comme Tsinghua ou l’université de Pékin [les deux premières du pays] soient contraintes de sortir elles aussi », indique Alessia Lefébure, sociologue, autrice en 2020 de l’ouvrage Les Mandarins 2.0 (Presses de Science Po).
« Stratégie proche de la guerre froide »
Directrice d’Agro Rennes-Angers, cette ancienne représentante de Sciences Po en Chine rappelle que les universités chinoises en tête des classements étaient totalement inconnues en Europe jusque dans les années 1990. « Il n’a pas été évident d’imposer leur notoriété, d’atteindre une capacité à produire de la recherche et à attirer les étudiants étrangers pour autre chose que des cours de langue et civilisation, mais aussi de grands partenaires scientifiques pour contribuer au développement économique de la Chine, détaille-t-elle. C’est de l’ordre du miracle, ce qu’a réalisé la Chine en trente ans par ses politiques publiques. »
Plus qu’un désir d’autarcie – à l’image de Mao Zedong lors du « grand bond en avant » aboutissant à la grande famine de 1958 à 1962 –, il faut davantage voir dans ce revirement un signal politique. « Nous sommes entrés dans une stratégie proche de la guerre froide. Le Parti communiste lance des messages nationalistes autour de l’indépendance intellectuelle, académique et scientifique de la Chine et signifie au passage à ses universités qu’elles ne doivent pas trop investir dans leurs partenariats en Occident », décrypte Jean-Yves Mérindol, ancien président d’université (Strasbourg puis Sorbonne-Paris-Cité).
Pour l’ancien haut fonctionnaire au ministère de la recherche Jean-François Cervel, « l’ère des classements universitaires mondiaux libres et ouverts dans une perspective de large mobilité est désormais close ». Lui succède brutalement « [un affrontement] entre une logique de science universelle au service des avancées de la connaissance et de ses usages et une logique de science au service de la puissance nationale », estime-t-il.
La repolarisation en cours, opposant deux blocs pro- et anti-Occident, « dépasse l’implicite de ces dernières années, fait de cyberguerre et de corruption des élites ». « On est passé à la guerre réelle, en Ukraine, et on voit très bien que la plupart des pays du monde penchent du côté de Vladimir Poutine, en Asie, en Afrique ou en Amérique latine », appuie Jean-François Cervel.
Lequel des deux modèles sera le plus efficace pour produire de la recherche amenant à des innovations de rupture ?, interroge l’ex-haut fonctionnaire, qui plaide pour que l’investissement technologique et académique soit massivement développé à l’échelle communautaire, par le biais des universités européennes. « Il ne s’agit rien moins que de savoir comment va s’organiser la gouvernance du monde », estime Jean-François Cervel. La réponse pourrait intervenir en 2049, date à laquelle Xi Jinping, qui a placé la science au cœur du « rêve chinois », a pour ambition de hisser son pays au rang de « principale puissance innovante » au monde, pour mieux célébrer le centième anniversaire de la Chine communiste.
Les dirigeants chinois sont clairement en train d’essayer de s’éloigner de l’occident, culturellement comme économiquement. Culturellement, c’est particulièrement flagrant dans l’éducation, où les contenus sont de plus en plus harmonisés. Les cours d’anglais sont petit à petit remis en question aussi.