Sous un chapiteau plein à craquer et dans une ambiance électrique, deux prétendants à l’Élysée ont confronté leurs propositions, en vue de 2022, au Forum social.
À gauche, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. À droite, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse.
Est-il possible de réindustrialiser le pays ?
Valérie Pécresse On a laissé se désindustrialiser la France, à gauche comme à droite. Les usines, ça polluait, ça exploitait, donc il fallait une France sans usines. Mais nous avons perdu la moitié de nos emplois industriels. C’est une catastrophe. On le voit encore plus avec la crise du Covid. Il faut donc réindustrialiser, c’est une question de souveraineté. Certains d’entre vous pensent qu’il faut produire moins, pour la planète. Mais il faut produire plus et mieux, en faisant la transition écologique, et en payant mieux ceux qui produisent.
Fabien Roussel J’entends bien tous les candidats dire qu’il faut produire en France. Mais, rappelez-vous que, le premier, c’était Georges Marchais. Quand Peugeot décide de délocaliser la C5 en Chine, ou Renault d’y produire la Dacia Spring, ils le font avec le soutien de l’argent public. Ça ne doit plus exister. Il faut un moratoire contre les délocalisations, les interdire tout de suite. Et chaque euro public doit être conditionné à la relocalisation, au maintien des emplois et des savoir-faire, à l’égalité professionnelle hommes-femmes et à la préservation de nos ressources naturelles. Cent cinquante milliards d’euros sont versés tous les ans, cette manne doit nous permettre de retrouver une industrie forte.
Valérie Pécresse Moi, je vis dans un monde où il est très compliqué d’empêcher une entreprise privée, surtout internationale, de délocaliser. Je me suis battue avec Peugeot en vallée de la Seine qui faisait ce chantage : vous payez 20 millions ou on délocalise. Nous avons payé, mais à chaque fois nous conditionnons à l’emploi, et il faut faire rembourser quand les engagements sont rompus. Mais il restera des délocalisations de multinationales si l’on n’est pas compétitif. En revanche, nous devons instituer une préférence européenne avec plus de réciprocité dans les échanges. Il faut aussi dresser la liste des produits stratégiques qu’on ne peut plus produire en France. Et, comme les Américains, il nous faut une procédure d’agrément de tous les rachats d’entreprises par l’étranger.
Faut-il renégocier les traités européens et ceux de libre-échange ?
Fabien Roussel Ces traités sont nocifs pour chaque travailleur de l’UE, ils organisent le dumping social. On vient de délocaliser l’usine Bridgestone de mon Nord parce que la Commission européenne a accepté de subventionner l’agrandissement de celle de Hongrie. Cette Europe libérale nous divise et fait porter toute la responsabilité sur le coût du travail, alors que c’est le coût du capital qui nous fait le plus mal. Nous devons mettre un coup d’arrêt aux traités de libre-échange qui laissent nos portes grandes ouvertes sans aucune taxe.
Valérie Pécresse Ce n’est pas crédible. Ce que je demande, c’est la réciprocité, ce n’est pas « je ferme les frontières ». Sinon, le lendemain, nous aurons un président américain qui dira « je taxe le champagne, le vin, les produits agricoles, le luxe », et vous ne pourrez plus rien vendre. Donc, je suis pour la réciprocité, pas pour la fin des traités de libre-échange. Le jean fabriqué en Chine fait combien de milliers de kilomètres ? Créons une vraie taxe carbone qui permette de rétablir l’égalité de compétitivité entre nous. Et aussi de se préoccuper de sauver la planète.
Fabien Roussel Mais je n’ai pas dit que nous devrions arrêter d’importer ou d’exporter. J’ai dit qu’il fallait arrêter avec les traités de libre-échange où il n’y a plus de règles, plus de normes, plus de douane. Nous avons besoin de règles pour vivre ensemble, pour organiser le commerce en répondant d’abord aux besoins humains et de la planète, et pas à des multinationales dont l’obsession est de gagner de l’argent sur notre dos. Mettons de la coopération entre les États et les continents, plutôt que de la compétition.Comment augmenter les salaires aujourd’hui ?
Valérie Pécresse Ce qui me préoccupe, c’est que nous n’avons jamais eu autant de chômeurs et jamais autant de chefs d’entreprise qui cherchent des salariés. Il faut donc revaloriser le travail et remettre de l’ordre : je veux des emplois déclarés et en CDI. Mais comment augmenter les salaires de 10 %, comme je souhaite le faire ? Je propose de convaincre les entreprises de participer à hauteur d’un tiers, car elles ont reçu beaucoup d’aides de l’État et des régions. Je voudrais un autre tiers via des économies sur la dépense publique et un dernier tiers en baissant les cotisations sociales. Je sais que vous y êtes attaché, mais ce n’est pas normal que le Smic soit à 1 230 euros en net et à 1 630 euros en brut chargé.
Fabien Roussel Ce n’est pas une hausse de salaire que vous proposez, c’est un jeu de bonneteau. C’est nous qui allons la payer, car la baisse de la dépense publique, c’est moins d’argent pour nos écoles, nos hôpitaux, nos communes… Qui va dire « je gagne 10 % de plus mais mon école a moins de profs » ? Enfin, ce n’est pas possible ! Et ce que vous, vous appelez « charges », nous l’appelons « cotisations sociales ». C’est du salaire différé, cela nous permet d’accéder à la santé, à la carte Vitale et aux politiques familiales. Nous sommes même capables de les augmenter si, dans un grand débat avec les Français, nous leur disons que cela garantit un revenu étudiant pour nos jeunes et des retraites au-dessus de 1 200 euros !
Il faut quand même du courage à Pecresse pour aller débattre en terrain ennemi : en plein fête de l’huma.
Ca me rappelle les gauchistes qui viennent sur r/France ; je suis pas d’accord avec eux, mais c’est du courage 🙂
J’ai rarement lu des trucs autant à côté de la plaque et sans aucune cohérence, chapeau!
>Valérie Pécresse On a laissé se désindustrialiser la France, à gauche comme à droite. Les usines, ça polluait, ça exploitait, donc il fallait une France sans usines.
Donc en fait on va polluer et vous exploiter. Mais c’est pour la FRANCE, MONSIEUR !
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extrait youtube https://www.youtube.com/watch?v=bNCfx8RYB6E&t=8s
Sous un chapiteau plein à craquer et dans une ambiance électrique, deux prétendants à l’Élysée ont confronté leurs propositions, en vue de 2022, au Forum social.
À gauche, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. À droite, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse.
Est-il possible de réindustrialiser le pays ?
Valérie Pécresse On a laissé se désindustrialiser la France, à gauche comme à droite. Les usines, ça polluait, ça exploitait, donc il fallait une France sans usines. Mais nous avons perdu la moitié de nos emplois industriels. C’est une catastrophe. On le voit encore plus avec la crise du Covid. Il faut donc réindustrialiser, c’est une question de souveraineté. Certains d’entre vous pensent qu’il faut produire moins, pour la planète. Mais il faut produire plus et mieux, en faisant la transition écologique, et en payant mieux ceux qui produisent.
Fabien Roussel J’entends bien tous les candidats dire qu’il faut produire en France. Mais, rappelez-vous que, le premier, c’était Georges Marchais. Quand Peugeot décide de délocaliser la C5 en Chine, ou Renault d’y produire la Dacia Spring, ils le font avec le soutien de l’argent public. Ça ne doit plus exister. Il faut un moratoire contre les délocalisations, les interdire tout de suite. Et chaque euro public doit être conditionné à la relocalisation, au maintien des emplois et des savoir-faire, à l’égalité professionnelle hommes-femmes et à la préservation de nos ressources naturelles. Cent cinquante milliards d’euros sont versés tous les ans, cette manne doit nous permettre de retrouver une industrie forte.
Valérie Pécresse Moi, je vis dans un monde où il est très compliqué d’empêcher une entreprise privée, surtout internationale, de délocaliser. Je me suis battue avec Peugeot en vallée de la Seine qui faisait ce chantage : vous payez 20 millions ou on délocalise. Nous avons payé, mais à chaque fois nous conditionnons à l’emploi, et il faut faire rembourser quand les engagements sont rompus. Mais il restera des délocalisations de multinationales si l’on n’est pas compétitif. En revanche, nous devons instituer une préférence européenne avec plus de réciprocité dans les échanges. Il faut aussi dresser la liste des produits stratégiques qu’on ne peut plus produire en France. Et, comme les Américains, il nous faut une procédure d’agrément de tous les rachats d’entreprises par l’étranger.
Faut-il renégocier les traités européens et ceux de libre-échange ?
Fabien Roussel Ces traités sont nocifs pour chaque travailleur de l’UE, ils organisent le dumping social. On vient de délocaliser l’usine Bridgestone de mon Nord parce que la Commission européenne a accepté de subventionner l’agrandissement de celle de Hongrie. Cette Europe libérale nous divise et fait porter toute la responsabilité sur le coût du travail, alors que c’est le coût du capital qui nous fait le plus mal. Nous devons mettre un coup d’arrêt aux traités de libre-échange qui laissent nos portes grandes ouvertes sans aucune taxe.
Valérie Pécresse Ce n’est pas crédible. Ce que je demande, c’est la réciprocité, ce n’est pas « je ferme les frontières ». Sinon, le lendemain, nous aurons un président américain qui dira « je taxe le champagne, le vin, les produits agricoles, le luxe », et vous ne pourrez plus rien vendre. Donc, je suis pour la réciprocité, pas pour la fin des traités de libre-échange. Le jean fabriqué en Chine fait combien de milliers de kilomètres ? Créons une vraie taxe carbone qui permette de rétablir l’égalité de compétitivité entre nous. Et aussi de se préoccuper de sauver la planète.
Fabien Roussel Mais je n’ai pas dit que nous devrions arrêter d’importer ou d’exporter. J’ai dit qu’il fallait arrêter avec les traités de libre-échange où il n’y a plus de règles, plus de normes, plus de douane. Nous avons besoin de règles pour vivre ensemble, pour organiser le commerce en répondant d’abord aux besoins humains et de la planète, et pas à des multinationales dont l’obsession est de gagner de l’argent sur notre dos. Mettons de la coopération entre les États et les continents, plutôt que de la compétition.Comment augmenter les salaires aujourd’hui ?
Valérie Pécresse Ce qui me préoccupe, c’est que nous n’avons jamais eu autant de chômeurs et jamais autant de chefs d’entreprise qui cherchent des salariés. Il faut donc revaloriser le travail et remettre de l’ordre : je veux des emplois déclarés et en CDI. Mais comment augmenter les salaires de 10 %, comme je souhaite le faire ? Je propose de convaincre les entreprises de participer à hauteur d’un tiers, car elles ont reçu beaucoup d’aides de l’État et des régions. Je voudrais un autre tiers via des économies sur la dépense publique et un dernier tiers en baissant les cotisations sociales. Je sais que vous y êtes attaché, mais ce n’est pas normal que le Smic soit à 1 230 euros en net et à 1 630 euros en brut chargé.
Fabien Roussel Ce n’est pas une hausse de salaire que vous proposez, c’est un jeu de bonneteau. C’est nous qui allons la payer, car la baisse de la dépense publique, c’est moins d’argent pour nos écoles, nos hôpitaux, nos communes… Qui va dire « je gagne 10 % de plus mais mon école a moins de profs » ? Enfin, ce n’est pas possible ! Et ce que vous, vous appelez « charges », nous l’appelons « cotisations sociales ». C’est du salaire différé, cela nous permet d’accéder à la santé, à la carte Vitale et aux politiques familiales. Nous sommes même capables de les augmenter si, dans un grand débat avec les Français, nous leur disons que cela garantit un revenu étudiant pour nos jeunes et des retraites au-dessus de 1 200 euros !
Il faut quand même du courage à Pecresse pour aller débattre en terrain ennemi : en plein fête de l’huma.
Ca me rappelle les gauchistes qui viennent sur r/France ; je suis pas d’accord avec eux, mais c’est du courage 🙂
J’ai rarement lu des trucs autant à côté de la plaque et sans aucune cohérence, chapeau!
>Valérie Pécresse On a laissé se désindustrialiser la France, à gauche comme à droite. Les usines, ça polluait, ça exploitait, donc il fallait une France sans usines.
Donc en fait on va polluer et vous exploiter. Mais c’est pour la FRANCE, MONSIEUR !