**« Extrême gauche » à l’Assemblée : la Macronie au royaume de l’absurde**
*En renvoyant systématiquement la Nupes à « l’extrême gauche », la Macronie continue de banaliser l’extrême droite qui, présente en force à l’Assemblée nationale, se félicite d’avoir autant de ventriloques.*
Benjamin Lucas a eu raison de se révolter. Le 3 août, le député de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et membre du parti Génération·s, est sorti de ses gonds sur le plateau de BFMTV. Face à lui, le député Renaissance (ex-LREM) Paul Midy se lançait dans un couplet ressassé ad nauseam par la majorité présidentielle, renvoyant dos à dos « l’extrême gauche et l’extrême droite » à l’Assemblée nationale – manière de se dispenser de débattre sur le fond, ce à quoi les macronistes doivent se réhabituer maintenant qu’ils n’ont plus la majorité absolue.
« C’est indigne ! Je ne me ferai plus traiter de militant d’extrême gauche, ni à l’Assemblée nationale ni sur les plateaux. Quand vous dites ça, vous banalisez ce qu’est l’extrême droite et vous préparez l’accession au pouvoir de Mme Le Pen ! »,[a rétorqué](https://twitter.com/BFMTV/status/1554911719394361344) l’ancien président du Mouvement des jeunes socialistes, député des Yvelines, à qui il ne serait jamais venu à l’idée de revendiquer le titre de marxiste-léniniste.
C’est pourtant devenu le psittacisme préféré du camp présidentiel. Avec la même ignorance historique qu’ils accusent Robespierre d’être un tyran sanguinaire ([lire à ce sujet](https://blogs.mediapart.fr/paul-chopelin/blog/300722/au-dela-des-legendes-noires-et-des-legendes-dorees-quel-hommage-pour-robespierre) le blog de l’historien Paul Chopelin, ou le récent livre de Joseph Andras, [Pour vous combattre](https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/pour-vous-combattre), qui dissipent ces lieux communs), ses représentants assignent à la Nupes – et à La France insoumise (LFI) en particulier – l’identité d’extrême gauche comme un stigmate infamant. Et peu leur importe de rejoindre à cette occasion la litanie haineuse des député·es du Rassemblement national (RN), champions en la matière.
**Les ventriloques de l’extrême droite**
Voici quelques exemples, glanés sur quelques jours de débats dans l’enceinte de l’hémicycle, qui témoignent du bon apprentissage de cette rhétorique confusionniste par l’ensemble des partis de droite.
Le 26 juillet, la députée Les Républicains (LR) Véronique Louwagie accuse « l’extrême gauche » – synonyme de Nupes, donc – de vouloir « prendre sur les pensions militaires ».
Le même jour, le député Renaissance Pieyre-Alexandre Anglade amalgame, comme il se doit, RN et Nupes dans la formule « les extrêmes » pour leur reprocher de vouloir « une sortie de l’Europe ».
Le 4 août, le député Renaissance Charles Sitzenstuhl ratiocine : « Les Français veulent que nous ne fassions pas ce que l’extrême gauche fait encore aujourd’hui : de l’obstruction systématique. »
Pour le dernier jour de la session parlementaire, le ministre du budget, Gabriel Attal, fait enfin dans l’originalité : « Il est apparu clairement que la responsabilité budgétaire est à trouver sur ces rangs [désignant ceux de Renaissance – ndlr], pas sur les rangs des extrêmes. » Et d’ajouter qu’il a constaté une « dérive malheureuse d’une certaine gauche passée à l’extrême, passée d’une forme de rêve à une triste philosophie ».
Dans un rappel au règlement, Benjamin Lucas le reprend à la volée, lui conseillant de « faire un stage en matière d’histoire de la République ».
De deux choses l’une, en effet : soit la Macronie a un sérieux problème de culture politique, soit elle joue sciemment un jeu dangereux dont se délecte une extrême droite en embuscade. Car il va de soi que ni la Nupes ni LFI en particulier – puisque c’est souvent d’elle qu’il s’agit – ne sont d’extrême gauche.
**Non, la Nupes n’est pas d’extrême gauche**
Nés historiquement de la crise du PCF et du stalinisme, ainsi que de Mai-68, les partis qui se revendiquent aujourd’hui d’extrême gauche, ou « communistes révolutionnaires » – le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Révolution permanente et Lutte ouvrière (LO) – n’ont grosso modo pas changé de discours.
« Au fond, la question électorale n’est pas centrale pour nous. En tant que révolutionnaires, nous militons pour une transformation radicale de la société. Nous luttons pour arracher le pouvoir économique et social à la bourgeoisie », écrit ainsi Arlette Laguiller, figure de proue de LO, dans la préface de son livre autobiographique, Toujours militante (Les Bons Caractères, 2020).
Ce que défendait aussi [Alain Krivine](https://www.mediapart.fr/journal/france/130322/alain-krivine-un-integre-en-revolution) (décédé le 12 mars 2022), le dirigeant historique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, ancêtre du NPA), dans Ça te passera avec l’âge (Flammarion, 2006) : « Dans un pays comme le nôtre, les élections peuvent changer les équipes en place, mais le vrai pouvoir reste aux mains de ceux qui possèdent et contrôlent la machine économique. […] Donner le pouvoir à la population et aux travailleurs rend inéluctable l’affrontement avec la minorité des privilégiés. » Bien qu’elle compte sur l’existence de mouvements sociaux puissants pour changer le rapport de force politique, la Nupes ne partage pas cette vision maximaliste.
C est bien joli de dire que la Nupes n est pas d extrême gauche, mais à la base LFI voulait accueillir à bras ouvert le NPA et exclure le PS. Et si aujourd’hui le NPA ne fait pas partie de l alliance, c est parce qu eux même ont refusé de s allier avec le PS. Personne ne les a mis dehors.
Alors certes de facto la nupes n a pas de vrai parti d extrême gauche en son sein, mais si par exemple LR entamait des tractations d alliance avec le RN je vois mal comment ils pourraient échapper à l amalgame avec l extrême droite. Même si les tractations finissaient par capoter
Extrême gauche est un gros mot maintenant ? LFI serait ou pas d’extrême gauche et alors ?
Les articles de Médiapart sont de plus en plus délirants. Honnêtement, j’avais pris l’habitude de voir des trucs assez chelous dans les blogs médiapart. Mais là c’est de plus en plus une bulle de folie et d’hypocrisie.
Quand il y a macronie dans le titre tu sais que l’article sera une bouse.
En même temps, si LFI ne passait pas son temps à traiter tous ceux à droite du PS de fachos d’extrême droite (ce qui, par ailleurs, est une des raisons de la dédiabolisation du FN), ils seraient peut-être pas considérés comme d’extrême-gauche eux-mêmes.
Votez pas pour les extrêmes (pas nous) votez pour des politiciens pragmatiques (nous).
La preuve qu’on est pas extrêmes : les deux autres nous détestent et on les appelle la droite et la gauche, c’est forcément qu’on est au centre et donc qu’on a raison.
Ben ils sont un peu tout a gauche du spectre politique, a l’extrême donc…
Du coup selon l’article (edit : l’edito) on est un parti d’extrême gauche que si on se revendique comme tel ? Avec comme but de renverser par la force (en l’occurrence par une révolution) la Veme République ? Et le fait que des membres d’un parti A aient adhéré précédemment à un parti B d’extrême gauche remplissant ses conditions n’est pas suffisant pour qualifier le parti A d’extrême ?
Pourquoi alors qualifier le RN d’extrême droite ?
Un peu fatigué du discours LFI « tout ce qui est à droite de nous est à droite, et l’extrême gauche commence à notre gauche »
L’extreme-centre pense que tout ce qui n’est pas comme lui est extreme aussi
Entre les centre gauche de NUPES qui n’assument visiblement pas leur alliance, les Insoumis qui traitent le centre de néolibéral, et LREM qui traite tout NUPES d’extrême gauche, on n’est pas sortis de la cour de récré.
Je me souviens qu’une députée ou cadre de la majorité avait dit que de voir toutes les forces représentées à l’assemblée était dangereux. Donc la démocratie est dangereuse?
Il y a 0 députés d’extrême gauche à l’assemblé surtout donc je comprend que ça l’agace.
la macronie tape beaucoup sur la gauche, surtout LFI, et en meme temps, propose au FN de faire “un bout de chemin ensemble” …
il leur faut donc denoncer avec vehemence .. “accuser les autres de ce dont on est coupables”
Venant de ceux qui taxent d’ultra libéraux les partis qui tolèrent la propriété privée…
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**« Extrême gauche » à l’Assemblée : la Macronie au royaume de l’absurde**
*En renvoyant systématiquement la Nupes à « l’extrême gauche », la Macronie continue de banaliser l’extrême droite qui, présente en force à l’Assemblée nationale, se félicite d’avoir autant de ventriloques.*
Benjamin Lucas a eu raison de se révolter. Le 3 août, le député de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) et membre du parti Génération·s, est sorti de ses gonds sur le plateau de BFMTV. Face à lui, le député Renaissance (ex-LREM) Paul Midy se lançait dans un couplet ressassé ad nauseam par la majorité présidentielle, renvoyant dos à dos « l’extrême gauche et l’extrême droite » à l’Assemblée nationale – manière de se dispenser de débattre sur le fond, ce à quoi les macronistes doivent se réhabituer maintenant qu’ils n’ont plus la majorité absolue.
« C’est indigne ! Je ne me ferai plus traiter de militant d’extrême gauche, ni à l’Assemblée nationale ni sur les plateaux. Quand vous dites ça, vous banalisez ce qu’est l’extrême droite et vous préparez l’accession au pouvoir de Mme Le Pen ! »,[a rétorqué](https://twitter.com/BFMTV/status/1554911719394361344) l’ancien président du Mouvement des jeunes socialistes, député des Yvelines, à qui il ne serait jamais venu à l’idée de revendiquer le titre de marxiste-léniniste.
C’est pourtant devenu le psittacisme préféré du camp présidentiel. Avec la même ignorance historique qu’ils accusent Robespierre d’être un tyran sanguinaire ([lire à ce sujet](https://blogs.mediapart.fr/paul-chopelin/blog/300722/au-dela-des-legendes-noires-et-des-legendes-dorees-quel-hommage-pour-robespierre) le blog de l’historien Paul Chopelin, ou le récent livre de Joseph Andras, [Pour vous combattre](https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/pour-vous-combattre), qui dissipent ces lieux communs), ses représentants assignent à la Nupes – et à La France insoumise (LFI) en particulier – l’identité d’extrême gauche comme un stigmate infamant. Et peu leur importe de rejoindre à cette occasion la litanie haineuse des député·es du Rassemblement national (RN), champions en la matière.
**Les ventriloques de l’extrême droite**
Voici quelques exemples, glanés sur quelques jours de débats dans l’enceinte de l’hémicycle, qui témoignent du bon apprentissage de cette rhétorique confusionniste par l’ensemble des partis de droite.
Le 26 juillet, la députée Les Républicains (LR) Véronique Louwagie accuse « l’extrême gauche » – synonyme de Nupes, donc – de vouloir « prendre sur les pensions militaires ».
Le 2 août, sur fond de procès en antisémitisme mené contre LFI – pour une proposition de résolution émanant du groupe communiste, [qualifiant la politique israélienne de politique d’apartheid](https://www.mediapart.fr/journal/france/020822/apartheid-israelien-le-debat-au-parlement-s-enlise-avant-meme-d-avoir-commence) –, le ministre de la justice Éric Dupond-Moretti se tourne vers les bancs de la Nupes pour adresser « un petit mot à l’extrême gauche ».
Le même jour, le député Renaissance Pieyre-Alexandre Anglade amalgame, comme il se doit, RN et Nupes dans la formule « les extrêmes » pour leur reprocher de vouloir « une sortie de l’Europe ».
Le 4 août, le député Renaissance Charles Sitzenstuhl ratiocine : « Les Français veulent que nous ne fassions pas ce que l’extrême gauche fait encore aujourd’hui : de l’obstruction systématique. »
Pour le dernier jour de la session parlementaire, le ministre du budget, Gabriel Attal, fait enfin dans l’originalité : « Il est apparu clairement que la responsabilité budgétaire est à trouver sur ces rangs [désignant ceux de Renaissance – ndlr], pas sur les rangs des extrêmes. » Et d’ajouter qu’il a constaté une « dérive malheureuse d’une certaine gauche passée à l’extrême, passée d’une forme de rêve à une triste philosophie ».
Dans un rappel au règlement, Benjamin Lucas le reprend à la volée, lui conseillant de « faire un stage en matière d’histoire de la République ».
De deux choses l’une, en effet : soit la Macronie a un sérieux problème de culture politique, soit elle joue sciemment un jeu dangereux dont se délecte une extrême droite en embuscade. Car il va de soi que ni la Nupes ni LFI en particulier – puisque c’est souvent d’elle qu’il s’agit – ne sont d’extrême gauche.
**Non, la Nupes n’est pas d’extrême gauche**
Nés historiquement de la crise du PCF et du stalinisme, ainsi que de Mai-68, les partis qui se revendiquent aujourd’hui d’extrême gauche, ou « communistes révolutionnaires » – le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Révolution permanente et Lutte ouvrière (LO) – n’ont grosso modo pas changé de discours.
À l’inverse des partis qui composent la Nupes, ils rejettent la voie électorale et parlementaire, et [misent sur](https://www.mediapart.fr/journal/france/240322/lutte-ouvriere-tient-sa-ligne-en-attendant-la-revolution) le renversement du capitalisme uniquement par la mobilisation populaire.
« Au fond, la question électorale n’est pas centrale pour nous. En tant que révolutionnaires, nous militons pour une transformation radicale de la société. Nous luttons pour arracher le pouvoir économique et social à la bourgeoisie », écrit ainsi Arlette Laguiller, figure de proue de LO, dans la préface de son livre autobiographique, Toujours militante (Les Bons Caractères, 2020).
Ce que défendait aussi [Alain Krivine](https://www.mediapart.fr/journal/france/130322/alain-krivine-un-integre-en-revolution) (décédé le 12 mars 2022), le dirigeant historique de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR, ancêtre du NPA), dans Ça te passera avec l’âge (Flammarion, 2006) : « Dans un pays comme le nôtre, les élections peuvent changer les équipes en place, mais le vrai pouvoir reste aux mains de ceux qui possèdent et contrôlent la machine économique. […] Donner le pouvoir à la population et aux travailleurs rend inéluctable l’affrontement avec la minorité des privilégiés. » Bien qu’elle compte sur l’existence de mouvements sociaux puissants pour changer le rapport de force politique, la Nupes ne partage pas cette vision maximaliste.
C est bien joli de dire que la Nupes n est pas d extrême gauche, mais à la base LFI voulait accueillir à bras ouvert le NPA et exclure le PS. Et si aujourd’hui le NPA ne fait pas partie de l alliance, c est parce qu eux même ont refusé de s allier avec le PS. Personne ne les a mis dehors.
Alors certes de facto la nupes n a pas de vrai parti d extrême gauche en son sein, mais si par exemple LR entamait des tractations d alliance avec le RN je vois mal comment ils pourraient échapper à l amalgame avec l extrême droite. Même si les tractations finissaient par capoter
Extrême gauche est un gros mot maintenant ? LFI serait ou pas d’extrême gauche et alors ?
Les articles de Médiapart sont de plus en plus délirants. Honnêtement, j’avais pris l’habitude de voir des trucs assez chelous dans les blogs médiapart. Mais là c’est de plus en plus une bulle de folie et d’hypocrisie.
Quand il y a macronie dans le titre tu sais que l’article sera une bouse.
En même temps, si LFI ne passait pas son temps à traiter tous ceux à droite du PS de fachos d’extrême droite (ce qui, par ailleurs, est une des raisons de la dédiabolisation du FN), ils seraient peut-être pas considérés comme d’extrême-gauche eux-mêmes.
Votez pas pour les extrêmes (pas nous) votez pour des politiciens pragmatiques (nous).
La preuve qu’on est pas extrêmes : les deux autres nous détestent et on les appelle la droite et la gauche, c’est forcément qu’on est au centre et donc qu’on a raison.
Ben ils sont un peu tout a gauche du spectre politique, a l’extrême donc…
Du coup selon l’article (edit : l’edito) on est un parti d’extrême gauche que si on se revendique comme tel ? Avec comme but de renverser par la force (en l’occurrence par une révolution) la Veme République ? Et le fait que des membres d’un parti A aient adhéré précédemment à un parti B d’extrême gauche remplissant ses conditions n’est pas suffisant pour qualifier le parti A d’extrême ?
Pourquoi alors qualifier le RN d’extrême droite ?
Un peu fatigué du discours LFI « tout ce qui est à droite de nous est à droite, et l’extrême gauche commence à notre gauche »
L’extreme-centre pense que tout ce qui n’est pas comme lui est extreme aussi
Entre les centre gauche de NUPES qui n’assument visiblement pas leur alliance, les Insoumis qui traitent le centre de néolibéral, et LREM qui traite tout NUPES d’extrême gauche, on n’est pas sortis de la cour de récré.
Je me souviens qu’une députée ou cadre de la majorité avait dit que de voir toutes les forces représentées à l’assemblée était dangereux. Donc la démocratie est dangereuse?
Il y a 0 députés d’extrême gauche à l’assemblé surtout donc je comprend que ça l’agace.
la macronie tape beaucoup sur la gauche, surtout LFI, et en meme temps, propose au FN de faire “un bout de chemin ensemble” …
il leur faut donc denoncer avec vehemence .. “accuser les autres de ce dont on est coupables”
Venant de ceux qui taxent d’ultra libéraux les partis qui tolèrent la propriété privée…