Chez Lidl, la souffrance à tous les rayons [Article en commentaires]

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  1. **Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause. Premier volet d’une enquête en deux parties.**

    C’est un cri du cœur bien connu des auditrices et auditeurs prêtant une oreille distraite à leur radio : « On est mal, patron, on est mal… » Un slogan publicitaire qui inonde les ondes depuis 2015 pour vanter les prix et le choix offerts par les supermarchés Lidl. Un slogan qui, par un étrange retournement, pourrait aussi être le cri de ralliement de bon nombre des 45 000 salarié·es travaillant en France sous les couleurs de la célèbre enseigne jaune et bleu.

    Un peu partout dans le pays, des employé·es de Lidl souffrent. Dans l’un de ses 1 500 magasins, dans les 25 entrepôts géants desservant chacun une soixantaine de points de vente, et même au siège, partagé entre Rungis (Val-de-Marne) et Strasbourg (Bas-Rhin). À tous les niveaux de hiérarchie. Voilà la conclusion à laquelle Mediapart est arrivé, après plusieurs semaines d’enquête sur les conditions de travail chez ce géant de la grande distribution – septième par la taille en France, il se classe troisième enseigne alimentaire préférée des Français·es.

    Le plus souvent, ces souffrances restent en sourdine. Jusqu’à ce que les salarié·es lâchent prise et quittent l’entreprise. Ou qu’ils et elles craquent. C’est ce qui est arrivé à une employée du magasin de Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) fin octobre. Selon nos informations, elle a tenté de mettre fin à ses jours sur son lieu de travail et a dû être évacuée par les pompiers vers l’hôpital le plus proche.

    Dans le magasin, la tension était encore palpable parmi ses collègues quelques jours plus tard. La salariée se serait plainte à plusieurs reprises de l’attitude hostile de sa responsable à son égard. « Une enquête interne paritaire est en cours pour en connaître toutes les circonstances. La collaboratrice concernée est étroitement suivie et accompagnée par nos équipes RH et la médecine du travail », indique la direction.

    Dans toute entreprise, un tel événement doit être traité avec le plus grand sérieux. Chez Lidl, il repose de la plus crue des manières la question des relations sociales : l’entreprise a connu trois suicides directement liés au travail entre 2014 et 2021, et deux enquêtes sont menées de front par la justice pour des faits de harcèlement moral, mais aussi de discrimination syndicale, en son sein.

    Au cours de notre enquête, plusieurs salarié·es nous ont par ailleurs confié avoir fait face à des idées suicidaires, en raison de la manière dont ils et elles étaient traité·es par leur hiérarchie. Certain·es sont en arrêt depuis de longs mois et peuvent éprouver une forte anxiété à l’idée de reprendre. D’autres encore ont quitté l’entreprise, après une démission, un départ négocié à l’amiable ou un licenciement, parfois jugé abusif. Des procédures sont régulièrement engagées aux prud’hommes pour contester des licenciements ou des sanctions disciplinaires.

    **Le directeur des services informatiques visé par une enquête interne**

    Dans l’entreprise, le malaise est palpable. À tous les niveaux : selon nos informations, le directeur des services informatiques, basé à Strasbourg, a discrètement quitté son poste en 2020. Une enquête interne menée dans le cadre des instances représentatives du personnel ainsi que les conclusions d’une inspectrice du travail l’avaient personnellement mis en cause dans la gestion de son service.

    « Manque d’humanité », « dénigrement et pression » : ses pratiques étaient clairement mises en avant dans ce que l’Inspection du travail a qualifié de « trouble psychosocial » à l’œuvre dans ce service du siège. La direction a été appelée à procéder à une évaluation des risques psychosociaux et à établir un plan d’action pour y remédier. Le directeur a été muté.

    *Il y a ceux qui en meurent, et tous les autres qui souffrent en silence*

    Thierry Chantrenne, responsable national de la CGT Lidl

    Un militant syndical, très investi depuis plus de dix ans, glisse : « J’ai honte de travailler pour Lidl. Je ne sais pas si je vais pouvoir continuer, c’est affreux ici en ce moment. » « Actuellement, c’est très dur moralement », estime aussi Thierry Chantrenne, délégué syndical central de la CGT, lui-même directeur de magasin à Charleville-Mézières, dans les Ardennes.

    « Chez Lidl, il y a une culture du résultat à tout prix, à tous les niveaux. On prend des parts de marché, mais à quel prix ?, interroge-t-il. Combien de personnes restent sur le carreau ? Il y a ceux qui en meurent, et tous les autres qui souffrent en silence. À un moment, certains ouvrent les yeux, mais ils sont déjà amochés. »

    La perception d’Alain Haraczaj, délégué syndical central de la CFE-CGC, est un peu plus nuancée. « Nous sommes dans un secteur d’activité très concurrentiel et il y a une vraie tension chez Lidl. On ne met jamais le couvercle sur de tels sujets, dit-il. Pour autant, avec 45 000 salariés, il faut être prudent avant de tirer des généralités. Selon les directions régionales, la réactivité et la sensibilité à ces problématiques sont très disparates. »

    La direction, elle, l’assure, elle « n’approuve ni ne tolère en aucune manière des comportements contraires à la loi, aux valeurs de l’entreprise, susceptibles de porter atteinte au libre exercice du droit syndical et à la sécurité de ses salariés » [(lire dans les annexes de l’article l’intégralité de ses réponses, ainsi que toutes les questions que nous lui avons adressées)](https://s3.documentcloud.org/documents/21120697/questions-lidl.pdf).

    L’entreprise met en avant ses efforts en matière de formation : « Tous les chefs d’établissement et responsables ressources humaines répartis sur l’ensemble du territoire ont été formés au droit social, au dialogue social et à la bonne application des accords collectifs. »

  2. C’est ridicule de pointer du doigt telle ou telle enseigne. Ce type de maltraitance est systémique, pas mieux chez Carrefour, Amazon, etc. Qui peut citer une enseigne où les droits fondamentaux du salarié sont respectés ? Le chantage à l’emploi des grands groupes est relayé par l’administration, qui encourage l’inspection du travail à regarder ailleurs…

  3. C’est fou qu’il y ait encore des entreprises qui ont ce genre de fonctionnement toxique…Après tous les scandales qu’il y a eus, notamment avec la vague de suicides chez Orange…

    On a tellement d’outils aujourd’hui pour faire du management bienveillant, de la communication non violente, etc…et qui ont prouvé leur efficacité..
    Des formations sur ces outils devraient être obligatoires pour devenir manager, et les directions toxiques devraient être sanctionnées plus durement.

    Tellement triste qu’on en arrive à mettre fin à ses jours à cause de son entreprise, d’autant plus lorsqu’on est employé..

  4. La différence entre les pubs et les magasins en vrai… C’est toujours un bordel sans nom, y a JAMAIS l’article qu’on est venu chercher spécifiquement… Les 3 salariés sont sous l’eau et doivent tout faire là (caisse, mise en rayon, nettoyage, stock, etc…) où ils devraient être au moins le double.

  5. L’ambiance pourrie à Lidl se répercute même sur les clients.

    Caissière : – « Puis-je voir votre sac ?

    Moi : – Non. Seul un agent de sécurité peut le regarder.

    Caissière : – J’applique les règles que m’a enseignée la direction, monsieur ! » [Précision : la caissière dit ça sur un ton comme elle se croyait le shériff du magasin]

    Elle lâche l’affaire et elle m’a bien chauffé.

    En partant je lâche : « Dites à la direction qu’avant d’être de potentiels voleurs, on est également des clients. »

  6. J y ai bossé comme e.l.s.(employé libre service) ,c était vers 2005 ,j ai tenu six mois, puis je me suis débrouillé pour me faire licencier ,tout allait bien tant que j étais en cdd puis j ai signé en cdi

  7. Comme y’en a partout j’ai pense demander un job la bas, mais les caissieres disent qu’il faut passer par le site lidl, les managers de magasin pareil.

    La section recrutement du site est en mode lol-fun a base de pre entretien webcam puis session je sais pas quoi teletubbies j’ai ferme direct. Tout ca pour etre multitache dans un discount. Hors sol.

    J’vais pas trop commenter sur le rythme de travail (too soon) mais il semble que ca soit encore juste un probleme de manager de merde.. le mal du siecle ?

    A quand un article sur Action ?

  8. Bah en tous cas il y a pas longtemps j’ai acheté 58 paquets d’avoine , bizarrement les paquets avaient tous été barrés au marqueur et ils avaient le goût de chiottes.

  9. J’ai travaillé chez eux pendant 5 ans, pas en magasin mais sur entrepôt et c’était la merde aussi. Le chiffre et les résultats avant tout.
    Le but d’une entreprise c’est de faire du chiffre, je comprends ça mais faut pas oublier ton personnel dans l’affaire.

    Aucun regret à mettre tiré de là-bas

  10. J’ai travaillé à Lidl quand j’étais jeune et sans le sou.

    A cette époque, j’avais à moitié laissé tomber les études, pensant que c’était pas pour moi. Le travail m’attirait plus, ne serait-ce que pour le salaire.

    Pas de diplôme, je postule au Lidl près de chez moi, je suis pris direct. Mais j’ai vite déchanté, j’ai tenu 3 mois. Je me suis jamais senti aussi humilié de toute ma vie. Ca aura été la pire période de ma vie, je pleurais tout le temps (alors que j’avais quasiment jamais pleuré de ma vie…). Vraiment une expérience horrible avec les managers, la hiérarchie, les clients, les horaires, la charge de travail etc… rien n’allait, c’était un calvaire de se lever pour y aller.

    Au final, c’était un mal pour un bien quand même, parce que ça m’a poussé à reprendre les études sérieusement. Je me suis dit que ma vie ne pouvait pas se résumer à ça.

    Et depuis, je suis particulièrement gentil et bienveillant avec les gens qui travaillent dans les supermarchés. Pour moi, c’est un des métiers les plus affreux (et j’en ai fait des petits jobs de merde, croyez moi).

  11. Je déteste faire les courses à Lidl, les employés ont l’air tellement déprimés qu’au bout de 10 minutes ça me déprime aussi. Je comprends mieux pourquoi. Du coup j’irai ailleurs. (Et si un manager de Lidl passe ici, pas la peine d’engueuler vos employés parce qu’ils ont l’air déprimés et de faire des quota sourire, bande de chacals)

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