Seychelles : les nouvelles autorités disent vouloir en finir avec la corruption et l’omerta

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  1. **Seychelles : les nouvelles autorités disent vouloir en finir avec la corruption et l’omerta**

    **Un an après la première alternance démocratique de son histoire, la nouvelle politique à l’œuvre dans le plus petit pays d’Afrique rompt avec un demi-siècle d’opacité. Les enquêtes de la jeune commission anticorruption démarrent sur les chapeaux de roues tandis que les parlementaires devraient se pencher prochainement sur les livraisons d’armes aux génocidaires rwandais.**

    **Bruxelles (Belgique).**– « On cherche beaucoup d’argent et on a retrouvé beaucoup d’armes. On est très ambitieux », résume d’une traite Wavel Ramkalawan en traversant le patio du luxueux hôtel bruxellois où Mediapart le rencontrait à la mi-février. Son élection à la présidence de la République des Seychelles en octobre 2021 a mis fin à quarante-trois ans de règne sans partage du clan affairiste de feu l’ancien dictateur France-Albert René et de ses successeurs.

    Avant d’être élu, Wavel Ramkalawan a été prêtre de l’Église anglicane. « Je le suis toujours. Je fête cette année trente-huit ans d’ordination. Pas mal hein !? Tu étais né, toi ? », demande-t-il avec un sourire blagueur. C’est d’ailleurs un incident lié à sa fonction religieuse qui a déclenché son engagement politique en 1989. L’un de ses sermons radiodiffusés avait déclenché l’ire du dictateur France-Albert René.

    « J’ai dit que c’était l’heure de libérer ce peuple. C’était le texte du livre de l’Exode. Je disais aussi que l’on ne pouvait pas continuer avec l’abus des droits. Enfin je parlais de ce qu’il se passait dans ce pays… Quand j’ai fait ce sermon, France-Albert René m’a interdit l’accès à la radio. Il ne voulait plus entendre ma voix. Même pour lire la Bible », raconte Wavel Ramkalawan qui manque de s’étouffer de rire.

    S’ensuit une lutte patiente et non violente qui durera près de trente ans avec la corruption en ligne de mire. À mesure que leur popularité grandit, les opposants endurent les intimidations et la violence du régime. Jusqu’à ce que leur parti, Linyon Demokratik Seselwa (« Union démocratique seychelloise »), remporte la majorité parlementaire en 2016 puis la présidence en 2020.

    « Je dirais qu’à partir de 2016 nous avons pu mener notre programme. C’est là que la transition a commencé. Danny Faure [président des Seychelles entre 2016 et 2020 – ndlr] n’était pas quelqu’un de dur. Il cherchait le compromis. C’était l’ouverture, analyse Wavel Ramkalawan. Quand les résultats de l’élection présidentielle ont été annoncés, nous avons parlé comme des amis. C’était une transition paisible. »

    Une transition apaisée qui n’empêche pas l’opposition d’être vent debout contre le nouveau président qu’elle accuse régulièrement de censure. « Leurs conférences de presse sont diffusées en direct à la télévision. Moi, je n’avais pas tout ça », rigole Wavel Ramkalawan. Depuis notre entretien, la Seychelles Broadcasting Corporation (SBC, la télévision nationale) a néanmoins temporairement suspendu la diffusion en direct de ces événements en raison de leur virulence alléguée.

    « Nous nous demandons chaque jour quelle est aujourd’hui la philosophie des successeurs de France-Albert René. On ne voit pas de stratégie claire. Mais cela ne veut pas dire que l’opposition ne fait pas son travail. Ils posent des questions, critiquent les décisions du gouvernement… Ils découvrent la démocratie difficilement », observe le président seychellois.

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