Une direction accusée, une rédaction brisée : l’enquête qui met le feu au « Canard enchaîné »

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  1. **Une direction accusée, une rédaction brisée : l’enquête qui met le feu au « Canard enchaîné »**

    **Accusée d’avoir rétribué durant vingt-quatre ans la compagne d’un dessinateur historique pour un emploi fictif, la direction du « Canard enchaîné » plaide « un montage un peu acrobatique », mais dément toute fraude. Depuis leur manoir dans l’Orne, le couple en cause assure qu’ils ont « travaillé ensemble », tandis que la rédaction se déchire publiquement. La police, elle, enquête.**

    La direction du Canard enchaîné a-t-elle commis l’irréparable ? L’annonce par Le Monde et Radio France de l’ouverture d’une enquête judiciaire pour « abus de biens sociaux » et « recel », visant le possible emploi fictif pendant plus de vingt ans de la compagne du dessinateur et administrateur historique du Canard enchaîné, André Escaro, a fracturé comme jamais cette semaine l’équipe du journal satirique.

    Six journalistes administrateurs du titre – dont le président Michel Gaillard et le directeur délégué Nicolas Brimo – ont cosigné, mercredi 31 août, à la une, un texte d’explication au nom d’un « comité d’administration du Canard », une entité jamais apparue jusqu’alors, justifiant le versement de ces salaires. Tout en reconnaissant un « montage un peu acrobatique », la direction indique avoir voulu pérenniser la collaboration du dessinateur après son départ à la retraite, tout en lui assurant l’aide de sa femme.

    Dans la foulée, une quinzaine de journalistes et dessinateurs ont pris la plume pour dénoncer publiquement cette défense, qu’ils jugent intenable. « Le droit social français ne prévoit pas de rémunérer un salarié à la place d’un autre », ont sèchement réagi les opposants, parmi lesquels plusieurs figures du journal, comme Claude Angeli, ancien rédacteur en chef chargé des enquêtes, et des dessinateurs de renom (Pancho, Wozniak, Cardon, etc.).

    La mèche, qui met aujourd’hui le feu au Canard enchaîné, a été allumée le 10 mai dernier par le journaliste Christophe Nobili, créateur il y a peu d’une section syndicale SNJ-CGT au sein du journal. Ce jour-là, le journaliste, qui est aussi actionnaire du titre, a dénoncé les faits dans une plainte déposée au parquet de Paris, faisant valoir son statut de lanceur d’alerte en vertu des dispositions de la loi Sapin 2.

    Ironie de l’histoire, Christophe Nobili est l’un des auteurs de l’enquête sur l’emploi fictif de l’épouse de l’ancien premier ministre et candidat à la présidentielle François Fillon. Un autre coauteur des révélations sur le couple Fillon et qui a aussi démonté naguère les systèmes chiraquiens, Hervé Liffran, s’est quant à lui rangé du côté de la direction.

    En devenant délégué syndical, Christophe Nobili a découvert que la compagne du dessinateur André Escaro, 94 ans, administrateur jusqu’au mois de juin dernier du Canard enchaîné, avait été rémunérée depuis 1996 par le journal sans que la rédaction et ses cadres en aient été informés, et sans que sa collaboration ne soit connue. Dans un journal comme le Canard, spécialisé depuis les années soixante-dix sur les questions d’intégrité publique, le dossier, évidemment, fait mal.

    Selon les chiffres qui circulent en interne, c’est une somme de 1,5 million d’euros net, soit environ 3 millions avec les charges, que l’hebdomadaire aurait déboursée de 1996 à 2019 au bénéfice de la femme d’André Escaro ; somme à laquelle il faut ajouter des piges versées entre 2020 et 2022 après le départ à la retraite de cette dernière, qui touche aussi une retraite complémentaire du journal.

  2. P’tain les gens qui bossent au Canard ont l’air d’être des personnes avec des convictions, ça doit être dur de faire un boulot avec cette motivation à coeur pour le voir saborder par sa direction.

    Par contre, pétition pour que “fillonesque” rentre dans le langage courant.

  3. >D’après elle, la compagne d’Escaro aurait été rétribuée afin que ce dernier poursuive son activité d’illustrateur après son départ en retraite – le cumul emploi-retraite n’étant alors pas autorisé.

    Je pense qu’il a toujours existé des façons légales de rémunérer un illustrateur, même retraité…

    Peut-être moins intéressantes fiscalement, évidemment. D’ailleurs c’est peut être comme ça que ça va se régler.

    On va considérer que les 3 millions en question constituent des piges, on recalcule tout sur cette base, et bien évidemment on corrige le montant de la retraite de madame, puisqu’il faut annuler 24 ans de cotisations.

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